Julie Bass, une habitante d'Oakland (Michigan) risque 93 jours de
prison. Son crime : faire pousser des légumes devant sa maison et
refuser de les remplacer par du gazon.
source : alternatives économiques
source : alternatives économiques
Le cliché de la banlieue résidentielle américaine, c'est la
maison individuelle avec sa pelouse impeccable. Ce n'est pas qu'une
image : le gazon soigné est obligatoire et le propriétaire négligent se
fait rappeler à l'ordre gentiment par ses voisins, puis plus fermement
par la municipalité s'il tarde trop à passer la tondeuse.
La
vigilance des voisins s'explique : la valeur d'une maison est déterminée
par son emplacement. L'environnement doit donc être impeccable si l'on
ne veut pas que les prix baissent. Et l'on ne mélange pas l'utilitaire
et le résidentiel : la plupart des villes américaines imposent un zonage
distinguant strictement les zones industrielles ou agricoles des
quartiers résidentiels. Dans ces derniers, il est interdit de planter
devant sa maison autre chose que du gazon et (à la rigueur) des petites
fleurs.
Une vogue sans précédent des jardins potagers
Julie
Bass est donc engagée dans un bras de fer avec la municipalité
d'Oakland (Michigan) parce qu'elle a transformé sa pelouse en jardin
potager[1].
Même si elle risque théoriquement la prison, il est facile de prédire
qu'elle finira par gagner. Elle participe en effet à un mouvement
puissant : le renouveau du jardinage utilitaire dans les villes
américaines. Jardiner en famille ou avec ses voisins est une pratique
ancienne aux États-Unis : pendant la deuxième guerre mondiale, le
citadin était encouragé à cultiver son « jardin de la victoire »[2]afin d'augmenter la production maraîchère du pays pour mieux nourrir les soldats.
Ce
qui est nouveau, c'est le nombre d'Américains qui ont redécouvert la
bêche, l'arrosoir et le sécateur. Les heureux banlieusards qui ont du
terrain et du temps pour s'en occuper vendent parfois une partie de leur
production à leurs voisins ou sur les « farmers' markets »
(marchés des producteurs locaux) que l'on trouve dans la plupart des
villes. L'« agriculture urbaine moderne » est désormais une activité
rémunératrice admise et réglementée à San Francisco, Kansas City ou
Seattle. Il suffit d'obtenir une autorisation de la municipalité.
À
Oakland (Californie), la ville jumelle de San Francisco, on débat même
de la possibilité d'autoriser l'élevage individuel d'animaux pour la
consommation domestique. Des clapiers et des poulaillers à côté du
traditionnel barbecue…
Réagir face à la crise
Il
y a trois raisons à cette vogue : récolter ses propres légumes permet
de dépenser moins, en ces temps difficiles, de manger des aliments sains
et, pour les jardins communautaires, de resserrer les liens avec ses
voisins autour d'activités qui passionnent grands et petits. La victoire
à remporter n'est plus sur les Nazis, mais sur la crise, sur la
malbouffe, sur les terrains vagues à l'emplacement des maisons rasées
parce qu'elles ne valaient plus un dollar et sur les friches
industrielles là où se dressaient des usines elles aussi rasées après
que leur production ait été transférée à l'autre bout du monde (ou au
Mexique).
Detroit, ville-jardin
Certaines
villes encouragent ce maraîchage. La capitale mondiale historique de la
voiture, Detroit (Michigan), terriblement sinistrée par la crise de
l'industrie automobile, se bat courageusement depuis dix ans pour se
redresser, et elle a décidé – entre autres initiatives - de se
transformer en « cité-jardin ». La municipalité aide ses administrés à
planter, expliquant que les jardins, « procurent –aux familles de
Detroit des tonnes de produits alimentaires et renforcent les
communautés en tissant des liens entre voisins. Ils fournissent aussi
une alternative aux terrains vagues qui parsèment la ville, ce qui
augmente la valeur des maisons voisines et réduit la criminalité. »
Il existe un millier de potagers familiaux ou communautaires à Detroit, et l'association Verdir Detroit (Greening Detroit) estime leur production à plus de 100 tonnes par an. Guère plus qu'une salade ou un chou par habitant, mais c'est un bon début.
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