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mercredi 12 janvier 2011

Notre corps est-il un hologramme ?


Invention géniale et métaphore qui tombe à pic, l’hologramme peut aider à comprendre la nature intime de la matière, ou de la conscience. La photographie holographique permet d’enregistrer sur une plaque sensible toutes les informations lumineuses utiles à reproduire l’image en trois dimensions de l’objet photographié. Il n’y pas d’image lisible, sur une telle photo, mais une espèce de magma grisâtre représentant les interférences entre le faisceau des ondes laser réfléchies par l’objet, et un faisceau de référence. Ce n’est qu’en éclairant cet hologramme à nouveau à l’aide d’un laser de la même longueur d’onde que l’on restitue l’image dans ses trois dimensions spatiales. Le plus étonnant réside dans le fait qu’une image holographique demeure intacte et entière même si l’on coupe l’hologramme en deux, en quatre, en huit, etc. Chaque partie restitue le tout. C’est cette propriété d’organisation où “ tout est dans tout ” qui inspira à certains scientifiques comme Karl Pribram ou David Bohm des théories révolutionnaires, dites “ holistiques ”, expliquant en premier lieu le fonctionnement neurophysiologique de la mémoire, puis l’univers lui-même. Mais peut-on dire pour autant que nos yeux, nos oreilles ou la plante de nos pieds sont holographiques, sous prétexte que notre corps entier s’y trouve représenté ?


Un bon modèle pour la mémoire, mais pour le corps ?


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David Bohm et Karl Pribram
Fermez les yeux et pensez à votre mère. Vous la voyez ? C’est un hologramme. Dans votre tête ! C’est du moins l’hypothèse, toujours valable car non disqualifiée, énoncée dans les années 70 par le neurochirurgien américano-tchèque de l’université de Standford Karl Pribram (1). Selon lui, le souvenir d’un événement est réparti, comme la lumière sur une photo holographique, dans toutes les zones du cerveau ; et chacune d’entre elles est capable de le restituer. Toutefois, la mémoire ne fonctionne pas - comme on le croit trop souvent - à la manière d’une caméra, fut-elle holographique, c’est à dire en enregistrant les images des événements, mais comme un ordinateur, qui engramme les calculs ayant permis la représentation de l’événement au moment de la perception. Et c’est ensuite, en relisant ces calculs, enregistrés de manière holographique dans l’ensemble du cerveau, que l’on se “ souvient ”.
Après la mémoire, c’est toute la connaissance, toute l’organisation cérébrale, qui commencèrent à être comprise à partir de cette théorie, avant que le paradigme holistique ne prenne vraiment naissance avec le concept d’holomouvement créé par David Bohm.
David Bohm disait en substance que la physique révèle un univers indivisible, un tout inséparable, que chacun de nous contient l’entier, et que nous partageons une même et unique conscience, de telle sorte que si l’un de nous avance, il entraîne tous les autres à changer.
A sa suite, Rupert Sheldrake parle de champs morphogénétiques, une invisible trame qui connecte toute vie sur la terre, par exemple sous forme de transmission à distance de comportements à l’intérieur de certaines espèces minérales ou animales, tendant ainsi à expliquer le mécanisme de l’apprentissage et de l’automatisme corporel. Cette trame influencerait toutes les structures, que ce soit celle des organismes vivants ou celle de la matière inanimée, en les informant.
Ainsi, grâce à ce nouveau paradigme holistique, en concevant le monde sous l’angle de l’unité nous passons du statut d’observateurs à celui de co-créateurs. Comme l’annonçait Krishnamurti, en changeant notre façon de penser, nous changeons notre réalité.
Pour séduisante qu’elle soit, cette théorie holistique n’en souffre pas moins de ce que Ken Wilber appelle des “ confusions catégorielles symptomatisant une incapacité structurelle à transcender la dualité du mental ”. En d’autres termes, le mental, même scientifiquement organisé, ne peut pas appréhender “ Cela ” qui le dépasse, que l’on nomme “ Cela ” Esprit, Réel, Tout... ou même Dieu. Or, c’est précisément ce à quoi prétend le paradigme holistique. S’il est en effet possible d’élaborer une image fiable du niveau physique depuis le niveau mental, ou - performance plus rare - de comprendre le niveau mental depuis le niveau Esprit, il demeure en revanche impossible de comprendre l’Esprit depuis le mental. C’est, en tout cas, ce que les Traditions spirituelles enseignent depuis toujours.
Les fondateurs du paradigme holistique se sont d’ailleurs abreuvés à ces Traditions, mais en se contentant d’y chercher des modèles susceptibles de les guider dans l’élaboration de leur théories. Peu à peu, bien sûr, ils reviennent sur les erreurs de perspective commises par tout mental spiritualiste débutant, mais leur démarche globale reste celle du scientifique, qui consiste à s’approcher sans fin de la réalité sans jamais l’atteindre, exactement comme le fou qui court après l’horizon ou, pour reprendre la belle image employée par Nisargadatta Maharaj, qui veut arrêter l’homme qui le précède en essayant de saisir son ombre.
Tout point de vue mental est erroné, surtout lorsqu’il tente d’appréhender des niveaux de réalité qui le dépassent. Après la théologie et, plus généralement, la religiosité, le paradigme holistique suscite donc la production d’univers mentaux qui sont autant de reflets déformés de cette Réalité que seul l’effacement du mental, précisément, permettrait de révéler.
Pire encore, la vulgarisation de ce nouveau paradigme des sciences a entraîné l’apparition de reflets de reflets... et, aujourd’hui, tout est devenu holistique : la médecine, l’ostéopathie, la dentisterie, la psychologie, la radiesthésie, l’esthétique, le massage, la gymnastique, le jeu d’échec, l’agriculture, l’astrologie, la numérologie, etc., etc. Rien de plus normal, d’ailleurs, puisque “ tout est dans tout et réciproquement ”, comme disait Alphonse Allais ; mais il n’en demeure pas moins que la déclinaison de la racine “ holo ” fait l’objet de quelques abus.


Un infini qui finit bien


A défaut de pouvoir instaurer dans le monde le lâcher-prise du mental d’un coup de baguette magique, tout au moins peut-on conseiller de distinguer entre les différents niveaux où s’exercerait l’holisme.
En physique, par exemple, on admet que le nouveau paradigme explique bien des phénomènes au niveau quantique, mais qu’à un niveau plus local la géométrie euclidienne est largement suffisante. Il y a donc discontinuité dans l’application possible de la théorie holistique.
De la même manière, l’univers n’est pas si uniformément fractal qu’on voudrait le croire. Toute fractale, malgré l’impression d’infini qui s’en dégage, a un début et une fin. S’il est vrai que le contour d’un littoral présente de nombreuses similitudes structurelles à cinq mille, dix mille ou cinquante mille mètres d’altitude, il arrive un moment où ce que l’on voit est une planète ronde ou, en se rapprochant, une plage couverte de touristes.
La métaphore de l’hologramme, quant à elle, est certainement valable, comme on l’a vu, au niveau du fonctionnement cérébral. Elle l’est sans doute encore au niveau de l’ADN puisque le corps humain est constitué de milliards de cellules et que dans chacune d’entre elles on retrouve cette même molécule délivrant une même information. Par extension, elle l’est aussi au niveau de la cellule qui, par clonage, permet de reconstituer l’individu entier. Mais au-delà, sauf exceptions, il ne peut plus en être question.
Ces exceptions - qui d’ailleurs n’en sont pas - pourraient, il est vrai, nous faire croire que le corps est un hologramme. Ainsi par exemple, l’iridologie a-t-elle révélé dans l’iris de l’œil une espèce de cartographie vivante de l’organisme tout entier, de même que l’auriculothérapie l’a découverte dans le pavillon de l’oreille ou la réflexologie dans la plante des pieds... Mais, à ce jour, on n’a pas trouvé de semblables connexions dans le genou, pas plus que dans le poignet, la fesse, la langue, le mollet, le biceps ou la nuque. Or, pour que l’on puisse parler d’hologramme, il faudrait qu’il soit possible de lire le tout dans toutes les parties.
Au niveau du monde des observations immédiates, là où l’infini prend fin, le corps cesse donc d’être un hologramme - comme la plage de nos vacances cesse d’être de la dentelle fractale - même s’il reste évidemment partie du tout et conserve des relations, quelquefois privilégiées, avec des éléments externes et internes. En analysant le sang ou l’urine, par exemple, on pourra se renseigner sur de nombreux fonctionnements organiques, mais cela ne fait pas du sang ou de l’urine des hologrammes, pas plus qu’une gare n’est un hologramme parce qu’elle reçoit des habitants de toutes les régions. En fait, les métaphores les plus appropriées, concernant notamment l’iris de l’œil, seraient probablement celles de la photographie ou, mieux encore, de la vidéo. Il n’empêche : il est remarquable que l’on puisse en dire long sur la santé d’un individu, seulement en observant le fond de son œil, et que l’on puisse soigner la totalité de son organisme, seulement en le piquant en différents points de l’oreille, ou de la plante des pieds !

L’œil, moniteur de l’organisme


Certaines parties du corps sont des zones d’aboutissement ou de passage de très nombreuses terminaisons nerveuses ou canaux énergétiques. Toujours à l’image d’une gare où arrivent des trains d’un peu partout, ou d’un écran d’ordinateur affichant des données acheminées par Internet, l’iris de l’œil reçoit des informations en provenance de toutes les zones du corps.
La re-découverte de l’iridologie a d’ailleurs été due à un phénomène qui peut tout à fait s’apparenter à la technique vidéo. Ignaz von Peczeli, médecin hongrois, maintenait tant bien que mal par les pattes un hibou qui venait de l’attaquer. L’homme et l’oiseau étaient face à face, les yeux dans les yeux, lorsque Peczeli brisa involontairement une des pattes de l’animal. Instantanément, une tache apparut dans l’œil du hibou, exactement comme elle aurait pu se pixeliser sur un écran.
Ainsi, l’iris n’est qu’un moniteur... ce qui ne fait pas du corps un hologramme ! Par contre, l’iridologie, en tant que technique de diagnostic du terrain, peut indéniablement être qualifiée d’holistique, au sens médical et actuel du terme, vu qu’elle inclue aussi bien les aspects physiologiques que psychologiques des pathologies en devenir.
Rien d’étonnant, d’ailleurs, puisque cette science est directement issue de la Tradition, et que son histoire remonte, bien avant Peczeli, à la nuit des temps, avec des Chinois, deux mille ans avant J.C., des Chaldéens, des Grecs affirmant à la suite d’Hippocrate que “ tels sont les yeux, tel est le corps ”, et surtout des Egyptiens qui attachaient tellement d’importance à l’œil qu’ils en firent un symbole divin.
L’œil Oudjat, autrement dit l’œil sain, était, dans la mythologie, celui qu’Osiris avait perdu durant la guerre contre Seth, et que le Dieu Toth reconstitua par magie. Composé de soixante quatre parties, comme les hexagrammes du Yi King, cet œil était, pour le peuple, symbole de vigueur et de santé... et bien sûr de protection contre le mauvais œil. Mais, pour les détenteurs de Gnose de l’ancienne Egypte, il évoquait évidemment la Conscience, le Témoin, celui qui voit.
Puis, après que les Chaldéens aient projeté pour la première fois le corps humain dans l’iris, la Tradition occidentale divisa ce corps en douze parties, en rapport avec les douze signes du zodiaque, inscrivant notamment le Christ dans la roue zodiacale de la fresque de la basilique de Vézelay, ce qui, beaucoup plus récemment, inspira aux fondateurs de l’iridologie traditionnelle moderne un iris zodiacal dans lequel il n’y avait plus qu’à vérifier que les organes correspondant aux diverses parties du corps se trouvaient bien à leur place. Bien sûr, il existe d’autres grilles de lecture de l’iris, comme la topographie annulaire qui subdivise différents systèmes organiques et fonctionnels en sept cercles concentriques ; mais la topographie radiale en douze secteurs reste une spécificité de l’iridologie traditionnelle qui voit non seulement douze organes (cerveau, larynx, œsophage, poumons, cœur, estomac, foie, pancréas, colon, reins, prostate-utérus, et bassin) dans l’iris, mais également des tendances psychologiques, comme la confiance en soi pour le premier secteur, ou les préoccupations économiques pour le deuxième, les relations familiales pour le troisième, etc.
Organique, psychologique et cosmique, l’iridologie traditionnelle relève bien d’une vision holistique.

(JPG)En brisant involontairement la patte d’un hibou, le Dr Ignaz von Peczeli vit soudain apparaître une tâche sur l’iris de celui-ci. L’iridologie moderne venait de naître.


L’oreille, tableau de dispatching énergétique


L’auriculothérapie, elle aussi, plonge ses racines dans une Tradition ancestrale, celle de la Chine, où l’on retrouve, notamment dans un livre médical de près de deux mille cinq cents ans, le Huang Di Neijing, des traitements par les points d’acupuncture de l’oreille. Plus tard, Wang Huaiyin écrira que “ les cinq organes et les six viscères ainsi que les douze méridiens sont en liaison avec l’oreille ”. Ce sera sur cette affirmation que l’oreille deviendra une zone acupuncturale privilégiée.
Toutefois, il faudra attendre l’époque moderne pour qu’une cartographie complète des points d’acupuncture auriculaires soit mondialement acceptée. C’est le docteur Nogier, un médecin lyonnais, qui, en 1957, la publiera ; mais les quarante deux points qu’il avait recensés, par le prompt renfort des expérimentations des chercheurs chinois, s’enrichiront de plus de cent cinquante autres dans les années soixante dix.
De la même manière que dans l’iris de l’iridologie, le corps est ici entièrement représenté dans le pavillon de l’oreille, mais cette fois-ci sous la forme d’une sorte de fœtus, la tête en bas, c’est à dire dans le lobe, et le siège en haut. Là encore, des points correspondent à des organes comme les poumons, la rate ou le foie, et d’autres à des parties du corps comme les épaules, le coude ou le genou...
Méthode de diagnostic, l’auriculothérapie permet de détecter les pathologies par des réactions de douleur du sujet à la pression ou à la stimulation électrique des points. Mais, avantage sur l’iridologie, lorsqu’on pique ces même points à l’aide d’une aiguille, une circulation énergétique saine est rétablie dans les organes correspondants.
L’auriculothérapie fait donc de l’oreille une espèce de tableau de bord, de dispatching à partir duquel il est possible d’observer les différents dysfonctionnements organiques et de commander de nouveau réglages énergétiques.

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Pressentie par les chinois, mais véritablement fondée en 1957 par le médecin lyonnais Nogier, l’auriculothérapie révèle que chaque oreille est un "écran" où se projettent toutes les zones du corps


Tout votre corps sous la plante de vos pieds


C’est également le cas de la plante des pieds où plus de soixante douze mille terminaisons nerveuses envoient des informations au cerveau, et où les organes et zones du corps se trouvent projetés en différents secteurs. Ainsi par exemple, le gros orteil abrite-t-il la tête, le talon la région pelvienne, la partie interne du pied la colonne vertébrale, les coussinets métatarsiens les poumons, etc. Remontant une fois encore à l’Egypte pharaonique et à la Chine ancienne, la réflexologie plantaire a été modernisée par le docteur William Fitzgerald, un oto-rhino-laryngologiste américain du début du siècle, et par une de ses disciples, Eunice Ingham, qui dressa et publia, en 1960, une topographie des points réflexes toujours valable de nos jours.
Pleinement holistique, cette réflexologie s’inscrit indéniablement parmi les techniques capables de dynamiser le système immunologique, de régulariser l’énergie des organes, et même d’améliorer l’état psychologique du sujet.

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Soixante douze millions de terminaisons nerveuses relient chaque plante de pieds au cerveau et, par lui, au reste du corps.


En conclusion


Comme on l’a vu, ce n’est pas parce que le terme "holistique", dans son acception médicale moderne, convient parfaitement à l’iridologie, l’auriculothérapie et la réflexologie, que le corps, au niveau où il s’offre à notre perception naturelle, peut être conçu comme un hologramme.
Il convient, en effet, de distinguer, d’une part, entre les niveaux incontestablement holographiques de la cellule, de la molécule et de l’atome, qui fondent notre structure biologique mais restent en dehors de notre perception consciente ordinaire et, d’autre part, le corps matériel tel qu’il est vécu au quotidien ou analysé par le physiologiste. Là, même si l’on sait que l’atome est plein de vide, un coup de marteau sur les doigts continue de faire mal, et l’on ne peut toujours pas traverser les murs.
C’est à ce niveau que la formidable stratégie par laquelle la conscience s’illusionne passe à l’abordage de notre cognition.
Et il n’est plus question d’hologramme, mais d’une mécanique suffisamment lourde et concrète pour ancrer la conscience dans un semblant de stabilité... le temps d’une vie.


(1) Si vous voulez des détails sur l’hypothèse de Pribram et sur la façon dont il y est parvenu, lisez le chapitre « La grande inversion tout au bout de la science », dans La Source Noire, de Patrice Van Eersel (Grasset et Livre de Poche).

mercredi 22 décembre 2010

L’Univers, l’hologramme et nous

source : rhubarbe
Le modèle holographique de l’univers fut proposé dans les années 60 par le grand physicien David Bohm suite à ses travaux dans le domaine de la physique quantique et ses nombreuses conversations avec Einstein lorsqu’il était à l’université de Princeton. Mais ce même modèle fut co-construit à la même période de manière tout à fait indépendante par le neurophysiologiste américain Karl Pribram suite à ses travaux sur le fonctionnement du cerveau et, notamment, la mémoire.
La rencontre des deux approches dans le courant des années 70 fut le point de départ d’intenses réflexions sur ce modèle dont la pertinence semblait couvrir aussi bien notre cerveau que la cosmologie et l’univers des particules. Même si on ne peut pas encore parler, aujourd’hui, de réelle théorie holographique de l’univers, la pertinence du modèle se vérifie de plus en plus. Alors, de quoi s’agit-il ?
D’abord quelques mots sur la notion d’hologramme :théorisé en 1948 par le physicien hongrois Dennis Gabor (récompensé pour cela par un prix Nobel de physique) un hologramme est une image virtuelle tridimensionnelle produite à partir d’un film bidimensionnel contenant cette même image sous la forme d’un motif d’interférences créé à partir de l’objet photographié et une source de lumière ad hoc (un laser). Des explications bien plus complètes existent sur Internet, mais pour l’instant il suffit de savoir qu’un hologramme a des caractéristiques très différentes d’une image classique, notamment le fait que chaque partie de l’image interférentielle (2D) contient l’entièreté de l’information : si on fait un hologramme d’une fleur, que l’on coupe ensuite le film en deux et que l’on recrée l’hologramme, on aura toujours une fleur complète (en fait deux fleurs, une par moitié de film), mais avec une résolution inférieure à l’original.
C’est cette caractéristique qui frappa Karl Pribram :en effet quoi qu’il arrive à notre cerveau, nous nous souvenons toujours d’objets complets, mais avec plus ou moins de détail. Nous n’oublions jamais la moitié de notre famille ou la moitié d’un bon repas entre amis, simplement notre souvenir peut être plus ou moins précis. Notre cerveau et en particulier notre mémoire fonctionnerait ainsi sur le principe holographique, le motif interférentiel étant généré par les signaux électriques de nos neurones. Le biologiste Paul Pietsch a mené de nombreuses expériences sur la mémoire des salamandres et à pu démontrer qu’effectivement la mémoire est non-locale et fonctionne indépendamment des modifications de structure du cerveau.
Dans le domaine de la physique le modèle holographique apporte des réponses à des problèmes ardus de physique quantique, par exemple le problème de la « communication non locale » entre particules. En effet il est démontré que deux particules ayant une même origine semblent capable de communiquer (avoir des spins en phase) de manière instantanée indépendament de la distance qui les sépare, ce qui viole directement une loi fondamentale de la relativité qui dit que rien ne peut aller plus vite que la lumière. En 1982 le physicien français Alain Aspect fit une expérience majeure en prouvant définitivement cette faculté de communication instantanée théorisée par la physique quantique, à laquelle n’existe aucune explication convaincante.Du point de vue de Bohm et du modèle holographique par contre, l’explication serait la suivante : les deux particules ne sont en fait qu’une seule et même « chose » dont nous voyons deux images (comme un sujet filmé par deux caméras à des angles différents). Ce que nous voyons ne serait que l’image virtuelle holographique d’une réalité plus fondamentale. De manière plus générale, notre réalité serait un vaste hologramme tridimensionnel + temps, une image animée que notre cerveau peut interpréter projetée à partir d’une source bidimensionnelle qui serait l’enveloppe interne de l’Univers.
En d’autres termes, nous vivons dans un océan de motifs interférentiels générés à la frontière de l’Univers à partir d’une réalité que nous ne pouvons percevoir directement. Ce modèle permet d’appréhender de nombreux phénomènes physiques et psychiques totalement incompatibles avec les modèles mécanistes classiques car, comme dans un hologramme de source humaine classique, des mises au point différentes d’une même image permettent d’accéder à différents niveau de cette image. Si l’ensemble de l’image est contenue dans chacune de ses parties (ce qui est le cas d’un hologramme classique) et que l’on peut varier la « mise au point » (par exemple en prenant certains substances hallucinogènes, ou par des exercices de contrôle mental) on peut accéder à des horizons allant du plus petit au plus grand. Le psychiatre Stanislav Grof a développé cette approche dans son ouvrage de référence  Psychologie Transpersonnelle, que je recommande chaudement.
Du point de vue de la physique, outre une possible explication de l’expérience d’Aspect et une refondation générale de la physique quantique comme n’étant que « l’image » de processus sousjacents, le modèle holographique trouve une réelle pertinence dans l’étude des trous noirs et pourrait également expliquer certaines bizarreries récentes en recherche cosmologique.
Je vous invite juste maintenant à faire un petit break, prendre un whisky, respirer un grand coup car il va falloir s’accrocher un petit peu, les trous noirs c’est pas de la daube.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la capacité informationelle (nombre de bits d’information qu’il peut contenir) d’un trou noir n’est pas définie par son volume mais par sa surface. Quelles sont les implications de ce surprenant résultat ? En 1993 le prix Nobel Gerard ‘tHoof, puis le physicien Leonard Susskind en 1995 développèrent le concept de « limite holographique » entre deux formes d’univers, d’une part l’univers A de x dimensions et d’autre part l’univers B de (x+1) dimensions, B étant la projection holographique de A. Cette équivalence holographique a une équivalence physique, par exemple la description d’un phénomène en A par la théorie des champs quantiques est équivalente à la description du même phénomène en B par la théorie des cordes. Ces équivalences, ou correspondances holographiques, sont aujourd’hui bien documentées. Mais surtout cela implique que la surface de notre trou noir (qui est une limite de notre espace-temps car nous ne pouvons pas savoir ce qui se passe à l’intérieur) est l’équivalent de mon univers A ci-dessus, avec une correspondance holographique en B qui est en fait le niveau de radiation du trou noir. Information en A (surface) =radiation en B (projection).
De ceci on peut tirer une hypothèse aussi générale qu’importante : une théorie globale basée sur le principe holographique ne serait pas concernée par des particules ou des champs ni même l’espace-temps mais par l’échange d’information. La « particule » de base serait l’unité d’information que nous traitons ensuite afin de recréer une forme de réalité physique. Si on extrapole à notre univers, A serait la surface internede la « bulle », et B sa projection holographique dont nous faisons nous-mêmes partie. Toute l’information qui nous est disponible existe préalablement au niveau de A, la surface.
Pouvons-nous en faire la démonstration expérimentale ? Peut être. En 2008 une expérience allemande appelée GEO600 essayait de trouver des traces de vagues gravitationnelles, mais se trouvait confrontée à un inexplicable niveau de bruit l’empêchant de mener à bien ses mesures. Au même moment Craig Hogan, physicien et directeur du Fermilab Center for Particle Astrophysics planchait sur la même question. Apprenant que GEO600 avait effectivement un problème de bruit inexplicable, il expliqua aux Allemand que GEO600 était tellement sensible qu’il détectait sans doute le « grain » de l’espace-temps, un peu comme zoomer sur une photo permet de détecter le « grain » correspondant à la limite de la résolution de l’appareil. Sauf que ce « grain » de l’espace-temps n’est pas du à une image classique mais à une image holographique. Pour Hogan, à moins de découvrir une autre cause pour ce bruit, GEO600 pourrait bien être une première démonstration expérimentale du modèle holographique.
Mais pourquoi il y aurait-il du grain ? Parce que le niveau d’information constitutif de l’univers est fixé par sa surface, qui est évidemment plus réduite que son volume. Pour que l’information de la surface remplisse le volume par le biais d’une forme de projection holographique, il s’ensuit que les « unités d’information » au sein du volume sont plus grandes, plus « graineuses » que les unités de surface (qui elles sont des unitésde surface de Planck, soit 10exp-66 cm2).
Enfin pour terminer et reboucler sur les trous noirs dont l’étude est très liée au modèle holographique, une étude publiée en mars 2010 par Nicodem Poplawski de l’Université d’Indiana examine la possibilité que le cœur des trous noirs ne soient pas une singularité (comme le dit la relativité générale) en utilisant une variante de cette théorie prenant en compte le spin (moment angulaire) des particules absorbées par un trou noir. Cette approche met en œuvre une propriété particulière de la matière appelée torsion, agissant comme un ressort anti-gravitationnel et permettant à la matière au sein du trou noir de « rebondir » dans une phase d’expansion ultrarapide. Comme le postule la théorie du Big Bang…. Il n’y aurait alors plus de singularité. Mais quoi ? Peut être un univers complet…
C’est ce que postule le chercheur, en ajoutant que la rotation du trou noir devrait imposer une direction préférentielle à notre espace-temps, en violation de la symétrie de Lorentz. Violation qui pourrait se traduire par une oscillation – effectivement observée- des neutrinos d’un type à l’autre. Notre univers pourrait donc être encapsulé dans un trou noir. Et nous savons maintenant que la capacité d’information d’un trou noir est dérivée de sa surface. Je propose donc le pas suivant : notre univers serait la projection holographique au sein du trou noir de l’information contenu à sasurface. Et chaque trou noir que nous observons nous-mêmes pourrait être la signature d’un autre univers fonctionnant sur le même principe.