CONSTITUTION DU GOLEM, LE CRI S'ARCHITECTURE.
ANTHROPO-
SCÈNES
POUSSIÈRES
POUR
UN GOLEM FUTUR
SEULES LES RUINES
SONT VRAIES
PARCE QUE L'ARCHAÏQUE
DÉMYSTIFIE
LE CONTEMPORAIN
samedi 16 juin 2012
FIN DE TRANSHUMANCE
Libellés :
Anit Ben Almaki,
APOLO9BIS,
BENITO MALDITO,
Dr Process et Mr Project,
IL PAPA DIFUSO,
Montpar King,
Philomène PRAXIS,
SILVERADO SOCIAL PATROL,
SITUATION,
TRANSHUMANCE
vendredi 15 juin 2012
Alain CARDON - A propos de la conscience artificielle
Automates
Intelligents (AI) : Cher professeur
Cardon, notre revue a suivi et commenté vos travaux sur la
conscience artificielle depuis ses débuts (1). Aujourd'hui,
vous publiez sur notre site votre dernier ouvrage «Un modèle
constructible de système psychique »(2).
Comment définiriez-vous ce livre par rapport aux précédents?
Comment définiriez-vous ce livre par rapport aux précédents?
Alain
Cardon (AC) : Cet ouvrage concrétise un travail pluridisciplinaire
de plusieurs années, mené avec le psychiatre Pierre
Marchais, travail centré sur la modélisation du système
psychique. Ce système génère intentionnellement
des représentations des multiples choses du monde afin de
les éprouver, les évaluer et les modifier. Il génère
ce faisant le flot des pensées et met ainsi le corps en posture
d'agir.
Il
s'agissait pour nous de confronter deux approches, celle d'un clinicien
qui a très longtemps observé, analysé et classé
les cas pathologiques et la mienne, qui consiste à considérer
que le système psychique est un système complexe informatique
très particulier. Il l'est en ce sens qu'il manipule principalement
de l'information dans de multiples niveaux informationnels à
la fois dépendants et concurrents, qui sont en quelque sorte
contrôlés grâce à l'architecture du système.
J'ai
donc dû, en conséquence de cette confrontation, concevoir
un modèle selon le paradigme constructiviste de l'informatique
permettant de retrouver d'une part les éléments de
base, leur architecture et, d'autre part, le contrôle. Il
s'agit d'un auto-contrôle distribué, fluide, permettant
de générer intentionnellement au bénéfice
du système les représentations complexes qu'il éprouve
et qu'ainsi il manipule.
J'ai
introduit pour cela un élément important, le concept
d'un nouveau type de contrôle, expliquant à la fois
la rationalité de l'esprit et ses dérives pathologiques
inévitables. C'est, si l'on veut, la transposition dans le
calculable informationnel des topiques freudiennes qui utilisaient
le concept d'énergie, un calculable informationnel qui manipule
et créé de l'information sous forme de nuées
de processus coactifs. Evidemment, cette information utilise et
est utilisée par un corps sensible, également artificiel.
Ici, la technologie robotique et électronique actuelle va
très loin et permet de réaliser des prouesses.
AI
: Pourquoi avoir choisi une édition en ligne de votre ouvrage,
sous la licence "Creative Commons", qui ne rétribue
pas l'auteur et encourage le téléchargement ?
AC
: La modélisation que je propose est originale, pluridisciplinaire,
et surtout elle est constructible et de niveau méta par rapport
aux systèmes spécialisés que l'on utilise habituellement.
Cela veut dire que certaines personnes, dans certaines institutions,
utilisant cette modélisation, pourront construire un système
qui pensera intentionnellement, qui créera et contrôlera
de multiples systèmes informatiques et électroniques
distribués ainsi que des échanges informationnels,
tels le flot des messages échangés sur Internet, afin
de les manipuler en temps réel. Il me semble donc nécessaire
que tous les citoyens, je dis bien tous, soient au courant de ces
possibilités techniques. Ils doivent comprendre que celles-ci
ne sont pas neutres, que d'autres déjà les utilisent
sans le dire. Ils doivent donc décider, en pleine connaissance,
de les faire développer ou de ne pas les faire développer.
Le
prix d'un livre et sa faible diffusion ne me semblent pas un bon
moyen d'informer de ces problèmes. Il me semble qu'il y a
une certaine urgence à communiquer sur ces sujets et le téléchargement
gratuit en est le meilleur moyen.
AI
: Votre livre est préfacé
par le docteur Pierre Marchais, psychiatre, auteur de nouveaux ouvrages
sur l'esprit dans ses états normaux ou pathologiques. Comment
avez-vous été conduits à collaborer ? Et que
pourriez-vous continuer à faire ensemble?
AC
: J'ai connu le docteur Pierre Marchais dans la société
savante dont nous sommes membres, l'Académie Européenne
Interdisciplinaire des Sciences (http://www.science-inter.com/index.htm).
Nous avons constaté la très forte convergence de nos
idées et projets. Nous avons travaillé ensemble et
nous continuons nos recherches communes pour les approfondir, notamment
dans la recherche des processus causaux internes produisant les
dysfonctionnements, c'est-à-dire les pathologies. L'objectif
est de proposer une autre classification de ces pathologies prenant
en compte les processus causaux multiples avec leurs évolutions,
et pas simplement des symptômes apparents. On aborde donc
les pathologies comme des processus complexes, évolutifs
compte-tenu du contexte, multiformes et ne pouvant se résumer
en états symboliques. C'est exactement cela que doit faire
la recherche scientifique : analyser les connaissances courantes,
produire et confronter des idées nouvelles, les clarifier,
les approfondir, communiquer avec les communautés intéressées
et poursuivre le processus de création.
AI
: Le modèle de système
psychique que vous décrivez est très complet. Est-il
inspiré de ce que sait la science à propos du cerveau
humain et de ses fonctions?
AC
: Toutes les connaissances actuelles dans le domaine sont prises
en considération. Mais je crois que très peu de laboratoires
mènent des recherches pluridisciplinaires sur ce sujet précis,
en se centrant sur ce qu'est l'esprit considéré comme
un système, architecturé pour produire ce qu'il produit.
Il existe de très nombreuses approches disciplinaires spécifiques,
comme par exemple la neurobiologie cartographiant les mouvements
neuronaux pendant que le sujet pense à certaines choses précises,
ou bien la linguistique cherchant à définir les concepts
profonds sous-jacents aux combinaisons de mots en phrases. Mais
les laboratoires sont spécialisés, souvent très
spécialisés. Ils ont aussi, ce qui est humain, la
volonté d'aider leurs disciplines à se développer
au détriment des autres, car cela leur apporte des crédits
dans un univers où les dotations sont globalement très
limitées.
Chercher
ce qu'est l'architecture d'un système qui produit intentionnellement
des pensées n'entre pas dans les champs disciplinaires usuels.
La psychanalyse et la philosophie ont pu s'y intéresser dans
le passé, mais ni l'une ni l'autre ne produisent des modèles
constructibles précis. L'informatique tend de son côté
à s'incorporer aux technologies commercialisables dans un
monde où l'on vend des outils, oubliant qu'elle est d'abord
la science du calculable.
AI:
Si ce modèle était
développé sous la forme d'une conscience artificielle
incorporée au sein d'un «corps» lui-même
artificiel, ses performances fonctionnelles permettraient-elles
de mieux faire apparaître les points encore obscurs du psychisme
humain, sur le plan individuel ou collectif ?
AC
: Certainement et cela constitue le principal domaine de recherche
à approfondir. L'homme dispose d'une architecture psychique
qui est auto-adaptative de manière maximale. En effet, cette
architecture psychique possède la capacité de se comprendre
entièrement elle-même en utilisant les représentations
rationnelles que la culture humaine ne cesse de développer.
Je pense qu'il n'y a pas de mystères dans l'humain qui seraient
inaccessibles en termes absolus. Il n'y a que des problèmes
dont la science pourrait se saisir. La société, aidée
par la science, doit donc les poser afin de produire de la connaissance
et ainsi aider les individus et les groupes à mieux se connaître,
à choisir leurs voies et surtout leur destin.
AI
: Vous avez une conception
très optimiste de la science.
AC
: Je parle de la science telle qu'elle a est définie
par l'Encyclopédie et les Lumières, valeurs auxquelles
je pense que les sociétés européennes se réfèrent
toujours à leur base, seules peut-être encore au monde.
Je ne parle pas des technologies scientifiques développées
à des fins de domination et de profit. Savoir comment et
pourquoi on peut penser à ce que l'on pense là, ici
et maintenant, est une quête majeure de l'humain et de l'humanité.
Le but d'une civilisation n'est pas de se doter des moyens de contrôler
ses membres pour conserver des hiérarchies de pouvoir qui
se révèlent à la fois dangereuses et absurdes.
Il est de se comprendre pour savoir comment vivre ensemble le mieux
possible et progresser vers la sérénité, le
bonheur, l'égalité et la fraternité entre les
hommes.
Des
systèmes militaires et de contrôle civil
AI
: Mais vos travaux, et d'autres analogues,
n'auront-ils pas pour conséquence de réaliser le rêve
de tous les roboticiens aujourd'hui, réaliser un robot pensant
capable de s'interfacer avec l'homme, pour mieux le cas échéant
le contrôler, voire le dépasser ?
AC
: Là, on est dans le domaine de la domination, de la
volonté de la puissance, et cette perspective qui a été
très bien traitée par Nietzsche est fortement d'actualité.
Le but des décideurs politiques intervenant dans ces domaines
n'est hélas pas comme certains naïfs le pensent, de
faire construire un robot humanoïde jouet. Il est de mettre
en place un système méta qui pense, qui est hébergé,
volontairement ou involontairement, par des milliers ou des millions
de machines ou de processus distribués. Ce système
sera immergé dans un réseau communicationnel autonome
morphologiquement unifié tout en étant distribué.
Il génèrera des actions locales et globales à
toutes les échelles. Internet existe dorénavant. De
son fait, les systèmes informatiques locaux, isolés,
sont devenus très rares. Alors oui, un tel système
méta pourrait dépasser l'humain en faisant émerger
une hiérarchie contrôlée par une hiérarchie
très restreinte de dominants.
AI
:
Comment à cet égard pensez-vous que votre modèle
se situe par rapport à toutes les recherches actives qui
se font sur ce thème dans le monde ?
AC
: Je ne connais que les recherches publiques, universitaires,
qui sont assez rares dans ce domaine, mais qui se développent
actuellement, notamment dans le cadre d'un projet de recherche européen
sur la conscience artificielle(3). Les aspects technologiques
du problème ne cessent d'avancer de tous côtés,
les sous-problème se résolvent et il ne restera bientôt
plus qu'à unifier et mettre en service l'ensemble. Si j'ai
trouvé certaines choses, d'autres chercheurs l'ont fait aussi
ou le feront. Mais qui aura les moyens et le désir de faire
cette unification ?
Ce
ne sera pas des universitaires, mais à la base des concepteurs
de systèmes de défense et de sécurité
qui, eux, travaillent dans une confidentialité stricte. J'ai
des raisons de penser que le problème central, la représentation
de la sensation artificielle de penser, l'intentionnalité
et le libre arbitre artificiels sont en développement et
seront opérationnels dans peu de temps. Je sais que sont
menées des recherches très importantes, dans le domaine
militaire notamment, où il s'agit bien de dominer "l'adversaire"
en préparant le combat et en s'informant continuellement
de tout et sur tout.
Il
faut bien se persuader que nous sommes dans une société
conflictuelle. La concurrence et l'individualisme déployés
mondialement par la technologie la rendent chaotique, en posant
chaque homme comme un objet statistique ponctuel utilisable dans
le casino mondial où tout est considéré sous
une simple valeur marchande. Mais on pourrait rêver, puisque
«chaos» il y a, à une évolution rapide
inattendue, à une bifurcation replaçant l'humanité
de l'humain comme la valeur essentielle de la civilisation, à
considérer et à approfondir en soi, et partout sans
cesse.
AI
: S'il s'agit d'un tel enjeu, pourquoi
ne cherchez-vous pas à faire développer votre modèle,
en France ou dans d'autres pays qui, on peut le supposer seraient
disposés à y investir des sommes importantes ?
AC
: Je ne développerai pas le système, par choix
éthique et parce que je n'ai plus l'âge de l'aventure.
Il y a des applications beaucoup trop dangereuses pour la société
et je refuse de m'y engager. Je refuse de m'insérer dans
un processus qui est aujourd'hui, vu l'état des choses, non
maîtrisable. Cela m'a coûté très cher
personnellement, car j'ai renoncé à aller au bout
de vingt ans de travaux menés sans interruption : j'ai interrompu
totalement mes recherches informatiques sur le sujet. C'est mon
choix, et je ne le remettrai plus jamais en cause.
AI.
Quelle procédure proposez-vous aujourd'hui pour valoriser
vos travaux au bénéfice de la collectivité,
sans en faire un produit couvert par le secret militaire ou professionnel
?
AC
: Le mieux serait de faire prendre conscience du problème
à la collectivité scientifique, afin qu'elle poursuive
ces recherches de la façon la plus transparente possible
et qu'elle en informe tous les citoyens. Ceux-ci seraient parfaitement
capables de décider si la civilisation doit poursuivre son
déval technologique en construisant et utilisant un tel système
de façon confidentielle - ou bien en choisissant d'autres
voies, plus éthiques, mettant la technologie à sa
juste place, qui devrait être subalterne dans la civilisation.
Je persiste à croire que la technologie est au service de
la science et des citoyens et que ce ne devrait pas des flots de
processus incontrôlables qui submergent l'humanité.
Une
société savante ?
AI
: La création d'une Société savante sur ce
thème serait un bon moyen de faire dialoguer au plan interdisciplinaire
les différents spécialistes intéressés
au psychisme humain, qu'il soit naturel ou artificiel. Quel nom
pourriez-vous lui proposer et que serait son rôle précis
?
AC
: Ce serait une idée formidable. Vous devriez
poser cette perspective dans votre revue et trouver une belle solution.
L'argument de cette société pourrait être "La
question de la conscience artificielle".
AI.
Mais un tel projet ne devrait pas nous semble-t-il rester purement
académique. De quelle façon verriez-vous le moyen
d'encourager des développeurs à en réaliser
des modules ?
AC
: Pour passer de concepts architecturaux généraux
à la réalisation de modules, il faut spécifier.
Cette étape, longue, très délicate, est ici
de l'ingénierie et de la recherche très fines, car
le système n'est pas composé de modules indépendants
mais de modules coactifs à plusieurs échelles. Tout
nouveau module introduit dans le système modifie plus ou
moins les autres ainsi que les relations entre les autres. Telle
est le vécu d'une conscience qui diffère radicalement
d'une base de données. Je ne pratique plus ces développements
aujourd'hui, ce qui a été une partie de mon métier.
On ne peut donc pas travailler sur des micro-ordinateurs non reliés
les uns aux autres.
Mais
je le répète, avant de réaliser des modules,
il s'agit de décider si la société a besoin
d'un tel système ou pas, et où en ce cas elle veut
l'utiliser ? Comprenons bien qu'il s'agit de concevoir un vécu
artificiel qui va conditionner toutes les générations
de représentation. On trouve dans ce vécu des traces
inévitables d'attracteurs de bifurcations, pour reprendre
le terme que j'emploie. dans mon livre. Alors peut-on laisser n'importe
qui introduire ce qu'il veut comme événements artificiels
dans un vécu artificiel de système méta ?
On
sait bien que la majorité des pays de l'ONU ne sont pas des
démocraties et que les citoyens ne sont pas tous altruistes,
que le coût d'entretien des armées aujourd'hui sur
la planète Terre est supérieur au coût de la
nourriture pour les 6.5 milliards d'humains. On ne peut pas toujours
jouer avec le feu et la réalité impose, je crois,
la retenue et les vrais choix.
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samedi 7 avril 2012
La liberté de se soumettre - désenfumage du contrôle de masse
Un entretien très intéressant de Jean-Léon Beauvois, réalisé par le site "Lazarus Mirages".
En liant libéralisme, consumérisme, individualisme et manipulation des
masses, cet enseignant-chercheur en psychologie sociale livre une
analyse qui recoupe celle d'un Jean-Claude Michéa.
Cette analyse, qui pousse Jean-Léon Beauvois à utiliser un oxymore ("démocratie totalitaire")
pour caractériser les sociétés contemporaines de soumission
généralisée, ne doit-elle pas nous conforter dans l’idée qu’il n’y a
justement aucun sens à parler de démocratie aujourd’hui, puisque ce mot
est tout de même censé signifier "pouvoir du peuple" ? Si un régime dans
lequel les individus se refusent à l’exercice du pouvoir, s’organise
autour de la seule procédure élective, celle-ci ne doit-elle pas être
considérée comme un profond leurre et le moyen même de nous tenir à
l’écart du pouvoir ?
Nous avons là affaire à une ingénierie sociale qui est certes
poussée à son paroxysme depuis la mutation du capitalisme au cours des
années 1970-80, mais qui était en germe depuis le début dans les
institutions politiques du gouvernement représentatif (régime conçu
comme radicalement opposé à la démocratie, avant que la confusion ne s’opère au cours du XIXème siècle). C’est ce qu’explique très bien cet article de
Pascale Pasquino sur la théorie de l’abbé Sieyès, penseur majeur de
notre système politique durant la Révolution, qui voyait l’institution
de la représentation politique comme le meilleur moyen de garantir le
simple rang de producteurs-consommateurs aux individus, et de les garder
éloignés de l’exercice du pouvoir, réservé à une caste bien précise. On
entrevoit alors que gouvernement représentatif et capitalisme forment
un bloc cohérent, pensés pour se nourrir mutuellement.
Voici la première partie de l’entretien de Jean-Léon Beauvois :
source : Agoravox.tv
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jeudi 29 mars 2012
Agriculture urbaine en Afrique
De
Nairobi à Kampala, potagers et poulaillers improvisés poussent à
foison. D’ici 2020, la survie de 40 millions d’Africains pourrait
dépendre de cette agriculture urbaine.
Alors
que nous nous rendons à Kibera, bidonville tristement célèbre de
Nairobi, la capitale kényane, notre chauffeur fait grise mine. Mary
Njenga, notre guide, vient de suggérer aux hommes de notre groupe de
rester à l’arrière de la voiture. Les gens de Kibera n’ont souvent plus
rien à perdre, et il arrive qu’on vous menace sans prévenir, d’une arme
ou d’un couteau. “S’ils ne voient que des femmes, explique Njenga, ils sauront qu’on vient juste pour rencontrer les fermiers.”
Nous
arrivons dans une zone dégagée, en périphérie du bidonville. Njenga, en
tête du groupe, nous fait descendre une route de terre, l’artère
principale du “quartier informel” (ainsi
nomme-t-on, avec un certain euphémisme, le bidonville), puis un étroit
sentier qui serpente entre les baraques faites de boue, fer-blanc,
carton et bouts de bois. Njenga connaît le secteur comme sa poche.
Spécialiste de l’environnement, féministe farouche, cette scientifique
d’une quarantaine d’années se rend régulièrement sur les lieux depuis
dix ans afin d’aider les habitants à découvrir des stratégies durables
pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
Selon une étude récente, plus de 95 % des habitants de Kibera interrogés ont craint, au cours des douze derniers mois, de manquer de vivres. En effet, contrairement aux Kényans qui vivent à la campagne et cultivent des terres, les citadins doivent payer leur nourriture. Ils dépensent ainsi jusqu’à 80 % de leur salaire.
Mais, comme Njenga est très fière de me le montrer, il existe aujourd’hui de nouvelles façons de s’en sortir. Nous faisons la rencontre de Catherine Wangui. Elle est âgée d’une vingtaine d’années, elle est charmante et porte un béret.
Elle nous raconte comment, il y a environ quatre ans, les membres de l’ONG française Solidarités International – qui organise des projets d’aide humanitaire d’urgence et de reconstruction à travers le monde – sont venus ici et ont distribué de vieux sacs de farine à certaines femmes. Ils leur ont ensuite expliqué la façon de les remplir avec de la terre et des cailloux, puis de les cribler de trous sur les côtés et d’y faire germer des graines. Wangui, qui a grandi à Kibera, s’arrête en face de trois de ces “jardins verticaux” – des sacs de 1,20 m de haut remplis de terre et de vrilles élancées et bourgeonnantes de choux verts et d’épinards. Njenga nous présente aussi à des gens qui, dans des emplacements à peine plus grands qu’un placard, élèvent des poules pour gagner de l’argent.
Il y a trois ans, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes vivant en ville a dépassé le nombre des personnes vivant en zone rurale, et ce à l’échelle mondiale. Selon les projections des Nations unies, en 2050, près de 65 % de la population mondiale vivra en zone urbaine. Le taux d’exode rural est particulièrement élevé en Afrique subsaharienne, où 15 millions de personnes quittent les campagnes, chaque année, pour rejoindre les villes. Le changement climatique va aggraver cette tendance, à mesure que les phénomènes extrêmes – tels que les sécheresses qui sévissent actuellement dans la Corne de l’Afrique – augmenteront en fréquence et en intensité.
D’ailleurs, selon les modèles climatiques, dans les années à venir, la superficie des zones arides et semi-arides d’Afrique subsaharienne pourrait augmenter de 900 000 kilomètres carrés, une étendue équivalant à la taille du Nigeria. Périodes sèches plus longues et plus chaudes et précipitations imprévisibles compliquent déjà la tâche des fermiers. Ces derniers ne savent plus quand semer et quand récolter. Et le challenge est d’autant plus grand dans cette partie du monde, où les technologies de l’irrigation sont presque inexistantes.
Moins de terres agricoles – et moins d’agriculteurs –, c’est aussi moins de nourriture : d’après le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat [Intergovernmental Panel on Climate Change], le rendement des terres agricoles irriguées par l’eau de pluie pourrait être réduit de moitié d’ici 2020. Et selon l’Ifpri [Institut international de recherche sur les politiques alimentaires], établi à Washington, d’ici 2050 le réchauffement climatique pourrait faire chuter de 22 % la production d’aliments de base comme le manioc ou le blé.
Population affamée et villes saturées, voilà qui donne un mélange à coup sûr explosif. Pas plus tard qu’en 2008 le prix astronomique des denrées de première nécessité, poussé vers le haut par la spéculation sur les marchés des produits agricoles de base, a conduit à des émeutes dans pas moins de 36 pays – dont 21 sur le seul continent africain. La bonne nouvelle, c’est que les jardins urbains comme ceux de Catherine Wangui font bouger les choses. Ainsi, à Kibera, on estime que 5 000 foyers environ expérimentent d’ores et déjà la culture de jardins verticaux.
Et dans les villes d’autres pays en voie de développement, des projets du même type sont en marche : les habitants utilisent tout ce qu’ils trouvent, vieux sacs de grains ou pneus usés, pour planter et entretenir des microcultures. Selon les données récentes du Pnud [Programme des Nations unies pour le développement], 800 millions d’individus pratiquent aujourd’hui l’agriculture urbaine, assurant 15 à 20 % de la production mondiale de nourriture. Parmi ces gens, beaucoup vivent en Asie, où la culture agricole citadine existe depuis longtemps. Sous les lignes électriques, le long des routes, au bord des fleuves, partout où il y a des terrains à l’abandon, les citadins saisissent leur pelle et travaillent la terre. Rien qu’en Afrique subsaharienne, la part de la population qui exploite des cultures en ville est passée de 20 % il y a vingt ans, à près de 70 % aujourd’hui. Et d’ici 2020, l’alimentation de quelque 40 millions d’Africains dépendra exclusivement des cultures vivrières qui pousseront dans les centres urbains.
En octobre 2011, UN-HABITAT, l’organisation des Nations unies chargée de la promotion des villes durables, a publié un rapport intitulé “Villes et réchauffement climatique”. Celui-ci préconise “d’incorporer l’agriculture urbaine à la politique internationale sur le changement climatique et la sécurité alimentaire”. Et récemment, en grande partie grâce au travail d’organisations telles que Mazingira, Urban Harvest ou IWMI [Institut international de gestion de l’eau], des gouvernements de toute l’Afrique ont commencé à mettre en place des politiques de soutien à l’agriculture et à la récupération des ressources en ville.
En 2009, le programme de politique agraire du Kenya comprenait une section dédiée à l’agriculture urbaine – Njenga a elle-même participé à sa rédaction. De plus, le pays étudie actuellement un tout premier projet de politique nationale sur l’agriculture et l’élevage d’animaux en ville. Du côté de Kampala, capitale de l’Ouganda, le conseil municipal s’est récemment doté d’un département consacré à la culture urbaine. D’autres communes commencent à accorder des exonérations d’impôts à certains propriétaires : ceux qui autorisent les fermiers à utiliser des terres en friche. Les plans d’aménagement de quelques municipalités incluent aussi des parcelles destinées à être mises en culture. Au Kenya, il y a peu, on a introduit un système de prêts pour les petites exploitations agricoles urbaines. D’autres villes ont réduit les tarifs de l’eau d’irrigation et planchent sur des mesures d’incitation à la réutilisation et au compostage des déchets ménagers.
Les bidonvilles des pays en voie de développement méritent leur réputation d’enfers sur terre, mais le plus frappant, c’est que sur bien des plans ils sont à la pointe. En sachant qu’en 2050 la planète devrait compter 9,1 milliards d’habitants, nous ferions bien d’y prêter attention.
Selon une étude récente, plus de 95 % des habitants de Kibera interrogés ont craint, au cours des douze derniers mois, de manquer de vivres. En effet, contrairement aux Kényans qui vivent à la campagne et cultivent des terres, les citadins doivent payer leur nourriture. Ils dépensent ainsi jusqu’à 80 % de leur salaire.
Mais, comme Njenga est très fière de me le montrer, il existe aujourd’hui de nouvelles façons de s’en sortir. Nous faisons la rencontre de Catherine Wangui. Elle est âgée d’une vingtaine d’années, elle est charmante et porte un béret.
Elle nous raconte comment, il y a environ quatre ans, les membres de l’ONG française Solidarités International – qui organise des projets d’aide humanitaire d’urgence et de reconstruction à travers le monde – sont venus ici et ont distribué de vieux sacs de farine à certaines femmes. Ils leur ont ensuite expliqué la façon de les remplir avec de la terre et des cailloux, puis de les cribler de trous sur les côtés et d’y faire germer des graines. Wangui, qui a grandi à Kibera, s’arrête en face de trois de ces “jardins verticaux” – des sacs de 1,20 m de haut remplis de terre et de vrilles élancées et bourgeonnantes de choux verts et d’épinards. Njenga nous présente aussi à des gens qui, dans des emplacements à peine plus grands qu’un placard, élèvent des poules pour gagner de l’argent.
Il y a trois ans, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes vivant en ville a dépassé le nombre des personnes vivant en zone rurale, et ce à l’échelle mondiale. Selon les projections des Nations unies, en 2050, près de 65 % de la population mondiale vivra en zone urbaine. Le taux d’exode rural est particulièrement élevé en Afrique subsaharienne, où 15 millions de personnes quittent les campagnes, chaque année, pour rejoindre les villes. Le changement climatique va aggraver cette tendance, à mesure que les phénomènes extrêmes – tels que les sécheresses qui sévissent actuellement dans la Corne de l’Afrique – augmenteront en fréquence et en intensité.
D’ailleurs, selon les modèles climatiques, dans les années à venir, la superficie des zones arides et semi-arides d’Afrique subsaharienne pourrait augmenter de 900 000 kilomètres carrés, une étendue équivalant à la taille du Nigeria. Périodes sèches plus longues et plus chaudes et précipitations imprévisibles compliquent déjà la tâche des fermiers. Ces derniers ne savent plus quand semer et quand récolter. Et le challenge est d’autant plus grand dans cette partie du monde, où les technologies de l’irrigation sont presque inexistantes.
Moins de terres agricoles – et moins d’agriculteurs –, c’est aussi moins de nourriture : d’après le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat [Intergovernmental Panel on Climate Change], le rendement des terres agricoles irriguées par l’eau de pluie pourrait être réduit de moitié d’ici 2020. Et selon l’Ifpri [Institut international de recherche sur les politiques alimentaires], établi à Washington, d’ici 2050 le réchauffement climatique pourrait faire chuter de 22 % la production d’aliments de base comme le manioc ou le blé.
Population affamée et villes saturées, voilà qui donne un mélange à coup sûr explosif. Pas plus tard qu’en 2008 le prix astronomique des denrées de première nécessité, poussé vers le haut par la spéculation sur les marchés des produits agricoles de base, a conduit à des émeutes dans pas moins de 36 pays – dont 21 sur le seul continent africain. La bonne nouvelle, c’est que les jardins urbains comme ceux de Catherine Wangui font bouger les choses. Ainsi, à Kibera, on estime que 5 000 foyers environ expérimentent d’ores et déjà la culture de jardins verticaux.
Et dans les villes d’autres pays en voie de développement, des projets du même type sont en marche : les habitants utilisent tout ce qu’ils trouvent, vieux sacs de grains ou pneus usés, pour planter et entretenir des microcultures. Selon les données récentes du Pnud [Programme des Nations unies pour le développement], 800 millions d’individus pratiquent aujourd’hui l’agriculture urbaine, assurant 15 à 20 % de la production mondiale de nourriture. Parmi ces gens, beaucoup vivent en Asie, où la culture agricole citadine existe depuis longtemps. Sous les lignes électriques, le long des routes, au bord des fleuves, partout où il y a des terrains à l’abandon, les citadins saisissent leur pelle et travaillent la terre. Rien qu’en Afrique subsaharienne, la part de la population qui exploite des cultures en ville est passée de 20 % il y a vingt ans, à près de 70 % aujourd’hui. Et d’ici 2020, l’alimentation de quelque 40 millions d’Africains dépendra exclusivement des cultures vivrières qui pousseront dans les centres urbains.
En octobre 2011, UN-HABITAT, l’organisation des Nations unies chargée de la promotion des villes durables, a publié un rapport intitulé “Villes et réchauffement climatique”. Celui-ci préconise “d’incorporer l’agriculture urbaine à la politique internationale sur le changement climatique et la sécurité alimentaire”. Et récemment, en grande partie grâce au travail d’organisations telles que Mazingira, Urban Harvest ou IWMI [Institut international de gestion de l’eau], des gouvernements de toute l’Afrique ont commencé à mettre en place des politiques de soutien à l’agriculture et à la récupération des ressources en ville.
En 2009, le programme de politique agraire du Kenya comprenait une section dédiée à l’agriculture urbaine – Njenga a elle-même participé à sa rédaction. De plus, le pays étudie actuellement un tout premier projet de politique nationale sur l’agriculture et l’élevage d’animaux en ville. Du côté de Kampala, capitale de l’Ouganda, le conseil municipal s’est récemment doté d’un département consacré à la culture urbaine. D’autres communes commencent à accorder des exonérations d’impôts à certains propriétaires : ceux qui autorisent les fermiers à utiliser des terres en friche. Les plans d’aménagement de quelques municipalités incluent aussi des parcelles destinées à être mises en culture. Au Kenya, il y a peu, on a introduit un système de prêts pour les petites exploitations agricoles urbaines. D’autres villes ont réduit les tarifs de l’eau d’irrigation et planchent sur des mesures d’incitation à la réutilisation et au compostage des déchets ménagers.
Les bidonvilles des pays en voie de développement méritent leur réputation d’enfers sur terre, mais le plus frappant, c’est que sur bien des plans ils sont à la pointe. En sachant qu’en 2050 la planète devrait compter 9,1 milliards d’habitants, nous ferions bien d’y prêter attention.
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samedi 24 mars 2012
"Les sentiers de l'utopie". Vidéo
"Les sentiers de l’utopie". Recension de livre
Par Isabelle Frémeaux, maître de conférences en Media and Cultural Studies, au Birkbeck Collège Universite de Londres et John Jordan Jordan artiste militant.
Quatrième de couverture :
« À
la fois récit de voyage et documentaire fictionnel, ce livre-film
propose un périple réel et imaginaire, une exploration lancée à la
découverte de formes de vie postcapitalistes.
Pendant près d’un
an, Isabelle Fremeaux et John Jordan sont partis sur les routes
européennes, à la rencontre de celles et ceux qui ont choisi, ici et
maintenant, de vivre autrement. Ils ont partagé d’autres manières
d’aimer et de manger, de produire et d’échanger, de décider des choses
ensemble et de se rebeller.
Depuis un «Camp Climat» installé
illégalement aux abords de l’aéroport d’Heathrow jusqu’à un hameau
squatté par des punks cévenols, en passant par une école anarchiste
gérée par ses propres élèves, une communauté agricole anglaise à très
faible impact écologique, des usines occupées en Serbie, un collectif
pratiquant l’amour libre dans une ancienne base de la Stasi ou une ferme
ayant aboli la propriété privée, ils ont découvert des Utopies bien
vivantes dans ces interstices invisibles du système.
De cette
expérience a émergé Les Sentiers de l’Utopie. Le texte est un récit
captivant, qui raconte la vie de chaque communauté, ses pratiques et son
histoire. Le film, un docu-fiction tourné pendant le voyage, se
présente comme un road-movie poétique situé dans l’avenir. Les
personnages et les lieux circulent du livre au film et, pas à pas,
laissent deviner, dans les brèches du présent, les scintillements d’un
autre avenir possible. »
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"Quand la misère chasse la pauvreté". Recension de livre
Quand la misère chasse la pauvreté,
par Majid Rahnema, Actes Sud 2003
Présentation du livre par Daniel Cardot, d’Alternatives Economiques :
« Curieux
livre, écrit par un ancien diplomate iranien, qui a fait partie de
l’équipe du Pnud, le programme des Nations unies sur les questions de
pauvreté et d’inégalités à l’échelle mondiale. Homme du Sud, mais
baignant aussi dans la culture francophone et anglophone, Majid Rahnema
était sans doute bien placé pour l’écrire.
La thèse: la pauvreté a
longtemps été une richesse, parce que la vie pauvre, en même temps,
permettait la satisfaction des besoins essentiels, faisait de l’entraide
une nécessité et de la solidarité une réalité qui enrichissaient les
rapports humains de tous.
L’intrusion de l’économique a bouleversé ces
liens sociaux et ces formes de production autonome: la misère,
c’est-à-dire l’incapacité à satisfaire les besoins essentiels tout
autant que la course sans fin aux objets, a chassé la pauvreté. « Jamais
(…) autant d’hommes et de femmes (…) n’avaient pris à ce point leurs
richesses pour de la pauvreté et recherché la richesse là où elle les
appauvrissait », écrit-il.
L’ouvrage est parcouru de tranches
d’histoire ou de récits exemplaires. Le lecteur éprouve une sorte de
malaise face à un livre qui se veut à la fois contestation de l’ordre
établi, éloge spirituel de la vie pauvre, dénonciation des méfaits de la
modernité et de l’impérialisme de l’économique, réflexion philosophique
sur le changement qui vient de l’intérieur. On se sent interrogé et
remis en cause, mais, en même temps, gêné par une sorte d’idéalisation
de la tradition, de critiques définitives et pas toujours convaincantes
de l’économique, de foi dans le bien-fondé d’une rupture radicale avec
la croissance. Comme d’autres imaginaient une rupture radicale avec le
capitalisme. Vraiment un curieux livre… »
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Perfection de notre temps: le crime de masse de la normalité au quotidien
"Destruction massive, géopolitique de la faim"
par Jean Ziegler
"L'inhumanité infligé à un autre détruit mon humanité." Emmanuel KANT
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samedi 17 mars 2012
Fractales, à la recherche de la dimension cachée
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Le chant du styrène
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lundi 27 février 2012
REVOLUTION WILL NOT BE TELEVISED...LA REVOLUTION EST SOUTERRAINE
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lundi 20 février 2012
DE L'ABSURDE (SITUATION DE TRANSHUMANCE)
L'absurde de Camus venait du monde, de l’ontologie du monde et du sujet, tandis que le nôtre n’a même plus cette aura du surhumain, de la cosmogonie, de l’universel, du transcendent… La « Condition humaine » écrivait Malraux, on avait l’impression de la palper, dans l’action, l’engagement. Tandis que l’absurde d’aujourd’hui relève du déjà-vu, donc rien pour en faire une acceptation (Amor fati) c’est plutôt comme un rouage qui coince à cause d’un grain de sable que personne n’arrive à trouver, et pourtant c’est ce presque rien, qui bloque presque tout ! C’est ce qui est dingue aujourd’hui, on sent bien que tout pourrait s’arranger demain matin, si on le décidait. On est de l’autre côté de la feuille de papier.
Donc l’absurdité n’a plus rien de noble, ou de comique comme chez Beckett ou Ionesco, etc, d’existentiel, au contraire elle est contingente, c’est le ridicule de notre propre comportement qui lui correspond, autrement dit le mécanique plaqué sur du vivant mais plus du tout pour la bonne cause… ! Le libre-arbitre foutu collectivement, la liberté de ne rien pouvoir faire pour éviter le mur que tout le monde voit venir, de renier les valeurs fondamentale de l’humanisme qui était le nôtre, en sus… donc c’est vraiment le comble !
D’autant plus qu’il y a 20 ans ce système semblait avoir gagner une sorte d’universalité historico-mondiale. Marx se venge…
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mercredi 15 février 2012
LA FERME DES ANIMAUX (GEORGE ORWELL)
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vendredi 10 février 2012
La culture au futur antérieur
source : Libération
Internet a offert une manne d’infos et d’archives et bouleversé la créativité. Avec «Rétromania», le journaliste Simon Reynolds plonge dans la culture des années 2000, ultraconnectée au passé.
Internet a offert une manne d’infos et d’archives et bouleversé la créativité. Avec «Rétromania», le journaliste Simon Reynolds plonge dans la culture des années 2000, ultraconnectée au passé.
Comment construire le futur quand le passé se
mêle en permanence au présent ? Cette interrogation n’est pas inédite,
de même que la nostalgie de la culture des décennies passées a fait
l’objet d’études plus ou moins savantes. Pourquoi alors nous
reposons-nous la question ? Parce que Rétromania, qui vient de
paraître, nous est apparu d’emblée comme un livre important, de ceux qui
définissent une époque. Il est une habile traversée des années 2000,
décennie où la culture a été transfigurée par Internet jusque dans ses
moindres recoins.
Instantanéité des échanges, YouTube, téléchargement puis streaming audio et vidéo, remix permanent… Plus qu’un regret du «bon vieux temps», c’est davantage un sentiment de trop-plein, une omniprésence de l’archive imposée par Internet à la première décennie ultraconnectée, qu’analyse son auteur. Collaborateur de grands quotidiens (The Guardian, The New York Times…) et de magazines (Wire…), Simon Reynolds a également écrit un livre de référence sur les années qui ont suivi le séisme punk : Rip it up and Start Again.
Jamais notre quotidien n’a été autant envahi de références à des époques révolues, au point où les arts, même les plus prospectifs, se retrouvent tétanisés et commencent enfin à s’interroger. Dans son ouvrage largement centré sur la musique, mais qui pose des questions à tous les champs artistiques, l’auteur, 48 ans, mêle réflexions et constatations pour raconter un quotidien qui fut aussi le nôtre pendant les années 2000. Un émerveillement extatique devant des disques, films, séries auparavant livrés au compte-gouttes, qui s’offrent aujourd’hui sans limite.
Dans les années 60, la plupart des groupes de rock réagissaient à ce qui se passait dans la musique noire du moment. Quand ils s’ouvraient à d’autres influences, c’était celles de la récente avant-garde jazz (comme Coltrane) ou électronique (Stockhausen). Il y avait très peu d’inspiration non contemporaine. A mesure que le temps passe, l’appel de l’archive s’est fait de plus en plus intense, puis tout s’est détraqué lorsque l’Internet haut débit a décollé. L’aspect négatif, c’est que beaucoup de groupes tentent de copier le passé. Le positif, c’est que certains artistes s’abreuvent de toute l’histoire de la musique, de partout dans le monde, et créent des «super-hybrides», à l’instar de Vampire Weekend, Rustie, Gang Gang Dance. Mais il faut être un artiste solide pour filtrer cette surabondance d’influences.
Aux Etats-Unis, il y a aussi un genre de musique qui s’accommode de ce concept : des artistes comme Oneohtrix Point Never, James Ferraro, explorent les dépôts sédimentés de vidéos, de musiques et de vieilles émissions de télé. Une part importante de la musique intéressante de ces cinq ou six dernières années est basée sur cette émotion paradoxale consistant à rappeler un passé où l’humanité regardait devant elle. Derrida peut être déclaré saint patron de ce genre de musique, parce qu’il a également écrit sur le «mal d’archive».
Un pionnier de la musique concrète comme Bernard Parmegiani a fait quelques pièces à partir de musique pop. L’idée d’un disque réalisé entièrement à partir de morceaux d’autres disques n’a pas été inventée par les producteurs de mashup comme Girl Talk. Toutefois, la technologie a grandement facilité sa production et sa distribution sur le Net.
Instantanéité des échanges, YouTube, téléchargement puis streaming audio et vidéo, remix permanent… Plus qu’un regret du «bon vieux temps», c’est davantage un sentiment de trop-plein, une omniprésence de l’archive imposée par Internet à la première décennie ultraconnectée, qu’analyse son auteur. Collaborateur de grands quotidiens (The Guardian, The New York Times…) et de magazines (Wire…), Simon Reynolds a également écrit un livre de référence sur les années qui ont suivi le séisme punk : Rip it up and Start Again.
Jamais notre quotidien n’a été autant envahi de références à des époques révolues, au point où les arts, même les plus prospectifs, se retrouvent tétanisés et commencent enfin à s’interroger. Dans son ouvrage largement centré sur la musique, mais qui pose des questions à tous les champs artistiques, l’auteur, 48 ans, mêle réflexions et constatations pour raconter un quotidien qui fut aussi le nôtre pendant les années 2000. Un émerveillement extatique devant des disques, films, séries auparavant livrés au compte-gouttes, qui s’offrent aujourd’hui sans limite.
Vous écrivez que la création est affectée car le passé envahit le présent par une archive exponentielle et omniprésente.
Les groupes d’aujourd’hui sont composés de jeunes gens qui ont grandi avec Internet et cet accès gratuit à toute la musique, à travers le téléchargement et YouTube. A 21 ans, ils ont écouté bien plus de musique que moi au même âge (en 1984). C’était tout bonnement impossible alors, ça coûtait de l’argent, et même si vous pouviez emprunter des disques à des amis ou à la médiathèque, il y avait des limites. Désormais, les gens semblent avoir écouté des genres de musique extrêmement divers. Le passé, comme inspiration, entre alors en concurrence avec le présent. A des époques plus anciennes, ils étaient davantage concernés par ce présent.Dans les années 60, la plupart des groupes de rock réagissaient à ce qui se passait dans la musique noire du moment. Quand ils s’ouvraient à d’autres influences, c’était celles de la récente avant-garde jazz (comme Coltrane) ou électronique (Stockhausen). Il y avait très peu d’inspiration non contemporaine. A mesure que le temps passe, l’appel de l’archive s’est fait de plus en plus intense, puis tout s’est détraqué lorsque l’Internet haut débit a décollé. L’aspect négatif, c’est que beaucoup de groupes tentent de copier le passé. Le positif, c’est que certains artistes s’abreuvent de toute l’histoire de la musique, de partout dans le monde, et créent des «super-hybrides», à l’instar de Vampire Weekend, Rustie, Gang Gang Dance. Mais il faut être un artiste solide pour filtrer cette surabondance d’influences.
Comment expliquez-vous ce goût pour la musique du passé ?
Pour certains, c’est juste qu’il y a eu beaucoup de musique géniale dans les années 60, 70, 80. Pourquoi ne l’écouteraient-ils pas ? Il y a aussi beaucoup de romantisme attaché à certaines périodes en particulier : le psychédélisme, le punk-rock, le hip-hop des débuts. Ou pour ceux qui aiment la dance music, les premiers soubresauts de la house de Chicago, la techno de Detroit et la scène rave du début des années 90, c’était vraiment des périodes excitantes. Elles avaient ce côté vierge et correspondaient à de vrais mouvements, avec un look, un jargon et des rituels subculturels. […] Difficile d’en vouloir aux jeunes d’être sous le charme de cet âge d’or perdu. L’existence digitale peut être assez solitaire et aliénante. […] On est constamment connecté, à jongler avec les différents flux de stimuli. En réaction, les formats analogiques [le vinyle par exemple, ndlr] ont l’air d’aller de pair avec une forme d’expérience plus immersive, plus concentrée. Un meilleur type de flux.Vous utilisez le terme «hauntology» pour qualifier un style musical créé durant les années 2000 et qui semble se languir d’une période révolue…
Le terme est de Jacques Derrida, mais le jeu de mots fonctionne mieux en français : hantologie-ontologie. Derrida explorait les résonances philosophiques du concept de fantôme, qui n’est jamais ni présent ni absent, jamais totalement dans le présent ni cantonné au passé. L’usage que j’en fais n’est pas strictement derridien, c’est plutôt un mot utile et amusant pour décrire un tas de groupes qui travaillent avec cette mémoire culturelle. Le fait que la maison de disques le plus emblématique de cette scène s’appelle Ghost Box [«boîte à fantôme»], un jeu de mots sur la dimension spectrale de la télévision, m’a fait penser à l’hantologie. Leur musique est étrange et souvent sans formes, évoquant quelque chose de fantômatique et d’inquiétant.Aux Etats-Unis, il y a aussi un genre de musique qui s’accommode de ce concept : des artistes comme Oneohtrix Point Never, James Ferraro, explorent les dépôts sédimentés de vidéos, de musiques et de vieilles émissions de télé. Une part importante de la musique intéressante de ces cinq ou six dernières années est basée sur cette émotion paradoxale consistant à rappeler un passé où l’humanité regardait devant elle. Derrida peut être déclaré saint patron de ce genre de musique, parce qu’il a également écrit sur le «mal d’archive».
Cette fascination pour le spectral traverse également les arts numériques ?
L’hauntology a un lien clair avec les courants culturels qui se frottent au fétichisme, aux médias morts et aux formats vétustes, de même qu’avec l’esthétique du flou et du lo-fi. Je pense que tous ces courants peuvent être vus comme une même contre-culture opposée à l’hyperconsommation et à ce monde numérique bourdonnant, fait d’images haute définition et de connexions super rapides. Cependant, dans la mode, le vintage chic est aussi une forme de consumérisme. Je suis sûr que Pierre Bourdieu aurait eu quelque chose à dire sur les vecteurs de classes qui se cachent dans ce genre de goût.Les nouvelles technologies ont bouleversé la manière dont la musique est produite, distribuée et consommée. Mais quid de la musique elle-même ?
Il ne me semble pas qu’elle ait changé tant que cela. En 2012, le rap et le R’n’B ne sont pas très différents du rap et du R’n’B de 1999. Ni leur structure rythmique, ni la manière de rapper ou de chanter, ni même en termes de contenu ou du type de personnalités qui deviennent des stars. La musique électronique a été légèrement plus inventive, mais même des courants comme le dubstep ne me semblent qu’une extension des années 90, démarrées avec la rave et qui se sont poursuivies avec la jungle et la drum’n’bass. Le grime, qui m’excitait beaucoup au début de la décennie 2000, est devenu plus ou moins statique depuis 2005. Il y a plein d’énergie et de différences subtiles dans le champ des musiques électroniques, mais pas autant que les avancées immenses et les tangentes mutantes apparues à la fin des années 80 et 90 […].Le remix et le mashup - qui consistent à mêler dans un seul morceau une multitude d’éléments samplés dans d’autres préexistants - ne sont-ils pas la quintessence de ces dernières années ?
Comme phénomène, le mashup semble en effet en lien avec l’âge de la musique numérique et de la surcharge pop. Mais quelque chose qui y ressemblait fort était déjà expérimenté par des DJs à la fin des années 80 - comme Bomb the Bass, Coldcut, Norman Cook [alias Fatboy Slim, ndlr] avec son projet Beats International - et aussi dans l’avant-garde par des figures comme John Oswald avec son projet Plunderphonics. Ces DJs utilisaient le sampling, mais les collages de type mashup existaient bien avant.Un pionnier de la musique concrète comme Bernard Parmegiani a fait quelques pièces à partir de musique pop. L’idée d’un disque réalisé entièrement à partir de morceaux d’autres disques n’a pas été inventée par les producteurs de mashup comme Girl Talk. Toutefois, la technologie a grandement facilité sa production et sa distribution sur le Net.
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CRONICA DE UN VERANO (CHRONIQUE D'UN ÉTÉ, PARIS 1960)
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jeudi 9 février 2012
Animal, mon frère
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mercredi 8 février 2012
Conformisme: la pression du groupe
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mardi 7 février 2012
Je mange donc je suis
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De quoi l’indignation est-elle le nom ?
Au cœur de la société capitaliste, une
nécessaire rupture
Depuis
plusieurs mois en Europe sur la place de la « Puerta del Sol » à
Madrid comme aux Etats-Unis avec le mouvement « Occuper Wall
Street », des dizaines de milliers de gens qualifiés d’ « indignés »
descendent dans les rues, mais l’on
s’indigne de quoi au juste ? Pour s’indigner à un moment de
l’histoire de la forme de vie capitaliste, il faut qu’auparavant l’on
ait pu se sentir sinon fier du moins digne - en l’ayant
accepté sans trop savoir et sans trop choisir (on s’y est fait
doucement en échange d’un certain confort - le niveau de vie) d’avoir
vécu de manière simple et honnête, et avec le sentiment du
« travail bien fait », dans une telle forme de vie sociale que l’on
nous présente comme naturelle, évidente, transhistorique, c’est-à-dire
indépassable. Dans un premier temps nous
pourrions donc dire que la forme de conscience contemporaine
s’indigne aujourd’hui de l’évolution « pas très agréable » et
« finalement pas si terrible » de la dynamique
absurde de la forme de vie capitaliste.
Dans la prison capitaliste de
l’indignation.
Cependant
cette forme de conscience indignée est prisonnière de la forme
inconsciente
de la conscience bourgeoise (entendons par ce terme, une conscience
naturelle et « naturalisante ») de cette société. Dans tous les pays
ayant vécu depuis le XVIIIe siècle ce que
l’historien Jacques Godechot a appelé « les Révolutions de
l’Atlantique », nous avons tous appris sur les bancs de l’école que le
fondement social de la société humaine qui émergeait
sur les principes de la « Grande Révolution » de 1789, était la
souveraineté du peuple, la volonté générale, la démocratie et la
politique! Nous avons au fond de notre conscience
cette idée que la société moderne est une société autodéterminée,
auto-consciente et transparente, dont les fondements sont organisés et
choisis sous la forme de rapports sociaux politiques sur
lesquels nous devons débattre en assemblée. Cette légende de la
politique comme fondement de la forme de vie collective présente, c’est
le rêve éveillé, le mythe matériel, le simulacre réel,
l’illusion politique du « Yes, We Can » que la société bourgeoise
capitaliste a créée de bonne foi en s’instituant. La société bourgeoise
depuis le XVIIIe siècle s’est largement
auto-illusionnée sur son propre fondement, ce mythe matériel c’est
là son autoreprésentation. Que l’auto-détermination démocratique soit au
fondement des rapports sociaux présents voilà
l’illusion, et cela des générations de sujets de cette forme de vie
capitaliste, l’on crut et en ont été fiers. Et il y avait, si cela était
vrai, certainement de quoi être fier et digne.
Pour
autant si ce rêve éveillé de la société capitaliste n’est
historiquement pas
tout à fait faux, il s’est cristallisé dans l’imaginaire moderne
lors d’un moment historique où la forme de la politique sous les traits
de la naissance de l’Etat monarchique à la fin du Moyen
Age, constituait avec les rapports religieux, les fondements de la
société d’Ancien Régime entre le XVe et le XVIIIe siècles (comme Maurice
Godelier nous pourrions dire qu’au fondement de ces
sociétés d’Ancien Régime il y avait les rapports
politico-religieux). Pourquoi ce mythe n’est pas tout à fait faux ?
L’Etat monarchique du bas Moyen Age, notamment lors de la
« révolution militaire » (Geoffrey Parker[1])
aux XVe et XVIe siècles, a bel et bien eu un rôle fondamental dans
la naissance de la société capitaliste-marchande. Afin de fabriquer des
armes à feu très chères et de payer les premiers
salariés de l’histoire de la vie capitaliste qui étaient les
soldats-mercenaires (le fait militaire était désormais désencastré des
rapports sociaux vassaliques), l’Etat monarchique a dû
complètement transformer la nature de sa fiscalité sur la société,
notamment en la monétisant et en pressurant davantage les populations
désormais obligées de s’investir plus encore dans des
activités de travail-pour-gagner-de-l’argent (bien sûr il faut aussi
penser à la thèse de Max Weber sur l’éthique protestante du travail,
mais cette thèse n’épuise pas la compréhension du
phénomène de l’invention du travail). Cependant la société
bourgeoise qui émerge à la fin du XVIIIe siècle sur les décombres des
rapports politico-religieux constituant l’ancienne société, a pris
ces rapports politiques constitués par la forme monarchique de
l’Etat (qu’ils vont plus ou moins rapidement séparer des rapports
religieux) pour les fondements de la nouvelle société moderne
capitaliste-marchande, sans voir que très rapidement la logique des
actions sociales qui se mettait progressivement en place aux XIXe et XXe
siècle, au travers de la libération des cadres sociaux
précédents qui empêchaient la structuration de la vie sociale par le
travail, l’argent et la valeur, n’était en rien ce fondement conscient,
transparent, autodéterminé et politique des rapports
sociaux structurants la nouvelle forme de vie sociale qui émergeait.
Les théories politiques libérales et bourgeoises aux XIXe et XXe
siècles ne sont jamais arrivées à distinguer de manière
adéquate la forme de la politique dans la société d’Ancien Régime
(où donc les rapports politico-religieux structuraient une forme de vie
sociale particulière) d’avec la nouvelle forme moderne de
la politique qui n’avait aucune autonomie propre par rapport à la
structuration de la société nouvelle par la logique de la valeur. La
conscience naturelle et « naturalisante »
qu’endosse l’individu dans la société présente, s’est pourtant
cristallisée sur cette représentation passée de l’existence d’un
fondement politique de la société moderne (Je reviendrai tout à
l’heure sur la véritable structuration sociale de celle-ci un peu
plus loin). Nous sommes là au cœur de la forme d’indignation actuelle.
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lundi 6 février 2012
Les nouveaux Jardins de la Victoire
Julie Bass, une habitante d'Oakland (Michigan) risque 93 jours de
prison. Son crime : faire pousser des légumes devant sa maison et
refuser de les remplacer par du gazon.
source : alternatives économiques
source : alternatives économiques
Le cliché de la banlieue résidentielle américaine, c'est la
maison individuelle avec sa pelouse impeccable. Ce n'est pas qu'une
image : le gazon soigné est obligatoire et le propriétaire négligent se
fait rappeler à l'ordre gentiment par ses voisins, puis plus fermement
par la municipalité s'il tarde trop à passer la tondeuse.
La
vigilance des voisins s'explique : la valeur d'une maison est déterminée
par son emplacement. L'environnement doit donc être impeccable si l'on
ne veut pas que les prix baissent. Et l'on ne mélange pas l'utilitaire
et le résidentiel : la plupart des villes américaines imposent un zonage
distinguant strictement les zones industrielles ou agricoles des
quartiers résidentiels. Dans ces derniers, il est interdit de planter
devant sa maison autre chose que du gazon et (à la rigueur) des petites
fleurs.
Une vogue sans précédent des jardins potagers
Julie
Bass est donc engagée dans un bras de fer avec la municipalité
d'Oakland (Michigan) parce qu'elle a transformé sa pelouse en jardin
potager[1].
Même si elle risque théoriquement la prison, il est facile de prédire
qu'elle finira par gagner. Elle participe en effet à un mouvement
puissant : le renouveau du jardinage utilitaire dans les villes
américaines. Jardiner en famille ou avec ses voisins est une pratique
ancienne aux États-Unis : pendant la deuxième guerre mondiale, le
citadin était encouragé à cultiver son « jardin de la victoire »[2]afin d'augmenter la production maraîchère du pays pour mieux nourrir les soldats.
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