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samedi 24 mars 2012

"Les sentiers de l’utopie". Recension de livre

Par Isabelle Frémeaux, maître de conférences en Media and Cultural Studies, au Birkbeck Collège Universite de Londres et John Jordan Jordan artiste militant.

Quatrième de couverture :

« À la fois récit de voyage et documentaire fictionnel, ce livre-film propose un périple réel et imaginaire, une exploration lancée à la découverte de formes de vie postcapitalistes.
Pendant près d’un an, Isabelle Fremeaux et John Jordan sont partis sur les routes européennes, à la rencontre de celles et ceux qui ont choisi, ici et maintenant, de vivre autrement. Ils ont partagé d’autres manières d’aimer et de manger, de produire et d’échanger, de décider des choses ensemble et de se rebeller.
Depuis un «Camp Climat» installé illégalement aux abords de l’aéroport d’Heathrow jusqu’à un hameau squatté par des punks cévenols, en passant par une école anarchiste gérée par ses propres élèves, une communauté agricole anglaise à très faible impact écologique, des usines occupées en Serbie, un collectif pratiquant l’amour libre dans une ancienne base de la Stasi ou une ferme ayant aboli la propriété privée, ils ont découvert des Utopies bien vivantes dans ces interstices invisibles du système.
De cette expérience a émergé Les Sentiers de l’Utopie. Le texte est un récit captivant, qui raconte la vie de chaque communauté, ses pratiques et son histoire. Le film, un docu-fiction tourné pendant le voyage, se présente comme un road-movie poétique situé dans l’avenir. Les personnages et les lieux circulent du livre au film et, pas à pas, laissent deviner, dans les brèches du présent, les scintillements d’un autre avenir possible. »

jeudi 3 novembre 2011

Comme un "effet de levier" (situation de transhumance)

« Je sais que vous les comptez [les peuples - aujourd'hui on dirait le peuple] pour rien, parce que la cour est armée ; mais je vous supplie de me permettre de vous dire que l’on doit les compter pour beaucoup, toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. Ils en sont là : ils commencent eux-mêmes à compter vos armées pour rien, et le malheur est que leur force consiste dans leur imagination ; et l’on peut dire avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance, ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils croient pouvoir. »
« Les peuples [le peuple] sont las quelque temps devant [avant] que de s’apercevoir qu’ils le sont. Ce qui cause l’assoupissement dans les États qui souffrent est la durée du mal, qui saisit l’imagination des hommes, et qui leur fait croire qu’il ne finira jamais. Aussitôt qu’ils trouvent jour à en sortir, ce qui ne manque jamais lorsqu’il est venu jusques à un certain point, ils sont si surpris, si aises et si emportés, qu’ils passent tout d’un coup à l’autre extrémité, et que bien loin de considérer les révolutions comme impossibles, ils les croient faciles ; et cette disposition toute seule est quelquefois capable de les faire. »

Extrait des « Mémoires » de Paul de Gondi, alias le Cardinal de Retz (1613-1679)

mardi 1 novembre 2011

Reflections on the occupations past and future.

“The coming occupations will have no end in sight, and no means to resolve them. When that happens, we will finally be ready to abandon them.”
When we wrote that in December 2008 in New York City, after occupying a university building by Union Square, we were treated as youthful idealists, nihilist anarchists, even fascist thugs. What are your demands? they asked. But what are you for? they wondered. Occupy everything? they shrieked.
Alas. Our premonitions have come to pass.
It was only a matter of time. When the crisis first hit in the fall of 2008, its effects were diffuse, with individuals all over the country feeling it simultaneously, yet not collectively. Students, who have both the time to act and think free from the imperative to work, naturally reacted first. With an insurrection in Greece brewing, and a legitimation crisis of the American economy at hand, occupations without demands spread from New York to California, with thousands involved. Demands are irrelevant when no one can hear you, and so the only real demand was to occupy itself. Immature maybe, but not stupid. With foreclosures growing exponentially, and unemployment skyrocketing as well, occupying one’s space and means of living is the most obvious of actions. In the most unpolitical of Western democracies, one must first create a space for politics to emerge.
But students on their own are nothing. Especially left radical ones.
Always half way in and half way out of work, the student can only express frustration of what is to come, not what has been. Hence, the theoretical advantage of the current wave of occupations, which takes it starting point not as the looted future, but rather the broken present. From here, one no longer needs to “convince” others what “may” happen; rather, the present itself is cracking underneath everyone’s feet. And only those living in skyscrapers can avoid the initial fractures.

Prémonitions – sur les occupations aux États-Unis


Traduction d’un petit pamphlet écrit par un camarade américain sur les occupations.

Prémonitions
« Les occupations qui viennent n’auront en vue aucune fin, et aucun moyens de les résoudre. Quand cela arrivera, nous serons enfin prêts à les abandonner. »
Quand nous écrivions cela en décembre 2008 à New York, après avoir occupé un bâtiment de l’université à Union Square, on nous prenait pour de jeunes idéalistes, des anarchistes nihilistes, voir même des voyous fascistes. Quelles sont vos revendications ? nous demandaient-ils. Mais qu’est-ce que vous proposez ? se demandaient-ils. Tout occuper ? hurlaient-ils.
Hélas. Nos prémonitions se sont réalisées.