POUSSIÈRES
POUR
UN GOLEM FUTUR
SEULES LES RUINES
SONT VRAIES
PARCE QUE L'ARCHAÏQUE
DÉMYSTIFIE
LE CONTEMPORAIN
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lundi 27 février 2012
REVOLUTION WILL NOT BE TELEVISED...LA REVOLUTION EST SOUTERRAINE
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jeudi 9 février 2012
Animal, mon frère
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jeudi 3 novembre 2011
Comme un "effet de levier" (situation de transhumance)
« Je sais que vous les comptez [les peuples - aujourd'hui on dirait
le peuple] pour rien, parce que la cour est armée ; mais je vous supplie
de me permettre de vous dire que l’on doit les compter pour beaucoup,
toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. Ils en sont là :
ils commencent eux-mêmes à compter vos armées pour rien, et le malheur
est que leur force consiste dans leur imagination ; et l’on peut dire
avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance,
ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils
croient pouvoir. »
« Les peuples [le peuple] sont las quelque
temps devant [avant] que de s’apercevoir qu’ils le sont. Ce qui cause
l’assoupissement dans les États qui souffrent est la durée du mal, qui
saisit l’imagination des hommes, et qui leur fait croire qu’il ne finira
jamais. Aussitôt qu’ils trouvent jour à en sortir, ce qui ne manque
jamais lorsqu’il est venu jusques à un certain point, ils sont si
surpris, si aises et si emportés, qu’ils passent tout d’un coup à
l’autre extrémité, et que bien loin de considérer les révolutions comme
impossibles, ils les croient faciles ; et cette disposition toute seule
est quelquefois capable de les faire. »
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vendredi 28 octobre 2011
Les migrations, telles qu’elles ont eu lieu en réalité, et à « un cheveu » près !
http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-de-pracontal/221011/samedi-sciences-15-du-nouveau-sur-nos-origines
non seulement, on savait depuis plus ou moins deux ans que Néanderthal et Sapiens avaient cohabité un bon moment, mais s’étaient parfois « épousaillés » =) nombre d’entre nous ont qq gènes néanderthaliens …( lesquels étaient moins habiles de leurs mains ( outils ), mais plus « spirituels » ( sépultures ) et devaient compenser leur non habileté par des stratégies …
non seulement, on savait depuis plus ou moins deux ans que Néanderthal et Sapiens avaient cohabité un bon moment, mais s’étaient parfois « épousaillés » =) nombre d’entre nous ont qq gènes néanderthaliens …( lesquels étaient moins habiles de leurs mains ( outils ), mais plus « spirituels » ( sépultures ) et devaient compenser leur non habileté par des stratégies …
là, autres croisements :
… »Les recherches menées dans la grotte de Denisova ont montré que ce site exceptionnel avait été fréquenté par trois variantes de l’espèce humaine : les Néandertaliens, les hommes modernes et les Denisovans, dont on ne connaît à ce jour que trois fossiles, tous retrouvés dans la fameuse grotte sibérienne. Mais cette rareté n’empêche pas que dans le passé, les Denisovans, comme les Néandertaliens, se sont croisés avec les hommes modernes.
En effet, les analyses d’ADN effectuées par les chercheurs de Leipzig montrent que les Aborigènes et les Mélanésiens possèdent des segments d’ADN communs avec les Denisovans. Mais on ne trouve pas l’ADN des Denisovans chez tous les peuples océaniens ; ils sont absents, par exemple, du génome de l’ethnie Jehai de Malaisie. Ce qui confirme encore un scénario en deux vagues, l’une ayant atteint l’Océanie directement, sans croiser les groupes humains archaïques, tandis qu’une autre se serait mélangée avec les Denisovans.
… »En un mot, on assiste à un changement de paradigme en paléo-anthropologie. Et il a suffi d’un cheveu pour l’amorcer… »
Tiens, tiens, changement de paradigme ! …
… »Les recherches menées dans la grotte de Denisova ont montré que ce site exceptionnel avait été fréquenté par trois variantes de l’espèce humaine : les Néandertaliens, les hommes modernes et les Denisovans, dont on ne connaît à ce jour que trois fossiles, tous retrouvés dans la fameuse grotte sibérienne. Mais cette rareté n’empêche pas que dans le passé, les Denisovans, comme les Néandertaliens, se sont croisés avec les hommes modernes.
En effet, les analyses d’ADN effectuées par les chercheurs de Leipzig montrent que les Aborigènes et les Mélanésiens possèdent des segments d’ADN communs avec les Denisovans. Mais on ne trouve pas l’ADN des Denisovans chez tous les peuples océaniens ; ils sont absents, par exemple, du génome de l’ethnie Jehai de Malaisie. Ce qui confirme encore un scénario en deux vagues, l’une ayant atteint l’Océanie directement, sans croiser les groupes humains archaïques, tandis qu’une autre se serait mélangée avec les Denisovans.
… »En un mot, on assiste à un changement de paradigme en paléo-anthropologie. Et il a suffi d’un cheveu pour l’amorcer… »
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mercredi 21 septembre 2011
"Nous y sommes" par Fred Vargas
Fred Vargas est archéologue et écrivain (de romans policiers très recherchés notamment). C’est un vrai régal de la lire quand elle se met à flinguer le monde fou de la surconsommation et de la croissance.
Nous y voilà, nous y sommes...
Depuis 50 ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes : la Troisième Révolution qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidement, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie – une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
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mardi 21 juin 2011
Contre le mythe autogestionnaire (brochure)
Ci-dessous une importante brochure qui critique la pensée autogestionnaire. Même si ses auteurs ne vont pas trop dans les détails de la théorie critique de la socialisation capitaliste-marchande (double nature du travail sous le capitalisme, critique de la valeur d'usage en elle-même comme déjà une abstraction propre à la société marchande-capitaliste, etc), beaucoup se retrouveront dans sa critique des catégories marchandes en elle-mêmes (saisissant des formes sociales qui n'existent qu'en tant que socialisation structurante dans la seule société présente). Ils abordent leur sujet dans le cadre d'une double critique de l'autogestion : d'une part en tant qu'elle reprend les catégories/formes sociales marchandes, d'autre part en tant qu'elle signale un mouvement de conservation contre-révolutionnaire, même si ce dernier point pose parfois question [1] . Le texte a une première partie historique qui met en oeuvre ces deux critiques (révolution espagnole de 1936-1937 - on ne peut d'ailleurs rater sur ce sujet l'important livre de Michael Seidman « Ouvriers contre le travail. Barcelone et Paris pendant les Fronts populaires » publié par Senonevero [2] -, l'usine autogéré Lip et surtout l'Argentine des années 2000 [3]) et une deuxième partie plus théorique. Leur point de départ est clairement insurrectionnaliste quoique pas vraiment dans le sens des textes de la mouvance de Tiqqun.
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mercredi 1 juin 2011
FINANCE ET METAPHYSIQUE
L’objectivité est une même réalité a deux faces comme la pièce de monnaie : pile, la réalité matérielle sensible qui est la même pour tout le monde ; face, la réalité formelle qui est propre à chaque intelligence subjective mais que le langage permet de partager. La réalité objective matérielle et formelle est déclarée identique à elle-même si plusieurs sujets personnels utilisant le même langage attribuent le même nom au même objet qu’ils observent. La pomme est la pomme parce que le même fruit observé en même temps par plusieurs personnes est nommée « pomme » d’un commun accord.
Tout cela paraît évident à propos de réalités physiques que nous percevons par les sens. Mais qu’en est-il de réalités métaphysiques non perceptibles par les sens mais uniquement par l’intelligence, la discussion et la liberté de nommer ? Le problème est bien réel et actuellement très aigu. De la démocratie, de la finance et de l’économie, beaucoup imaginent que ce sont des réalités objectives qui s’observent et se nomment comme des pommes. Cela permet de délaisser la question du sujet et de faire croire que la démocratie, la finance et l’économie sont ce qu’elles sont quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise.
La position de négation de la métaphysique de la réalité est très commode. Elle permet de leurrer le sujet par les mots ; de parler de démocratie pour ne pas la réaliser concrètement ; de faire de la finance sans expliquer réellement ce qu’on fait ; et de théoriser l’économie sans jamais la rapprocher d’une réalité effectivement observable par le commun des mortels. En niant la métaphysique de la réalité on se dispense de toute obligation de réalité de la théorie employée dans le discours. La politique, la finance et la science économique sont des histoires pour occuper l’intelligence qui n’agit pas dans la réalité. Cela permet à quelques sauveurs du monde d’agir en toute liberté sans que personne ne comprenne ce qu’ils font.
Dans le monde platonicien de la physique non distincte de la métaphysique, il n’est pas possible de penser et de parler de la structuration réciproque de la réalité physique par la réalité métaphysique. Dans le platonisme qui gouverne nos intelligences depuis la fin du Moyen Age, l’homme n’a plus de possibilité de penser le système car il est enfermé dedans par la science des sachants. Cela laisse le champ libre à quelques hommes de pouvoir pour monopoliser la réalité par la lutte de système inintelligible à la masse des incultes. Dans ce combat de titans, la finance a désormais pris possession du monde.
La finance est une réalité purement métaphysique : elle dépend totalement de ses sujets qui la font exister. La finance est une médiation métaphysique entre les réalités à la fois matérielle et formelle que sont la démocratie et l’économie. La démocratie est un système de discrimination universelle de la valeur : elle donne à tout être humain la possibilité de donner et réaliser son avis sur ce qui est valeur et sur ce qui’ n’est pas valeur. Hors de la démocratie, il n’y a pas de valeur : les choses sont ce qu’elles sont sans qu’aucun avis personnel ne soit nécessaire. Dans la république platonicienne, la valeur est un étant par l’oligarchie qui a la valeur en elle : aucun jugement de qui que ce soit n’est nécessaire pour que la valeur soit. Donc la valeur n’existe pas et ce n’est un problème pour personne.
Dans notre univers platonicien contemporain, la science économique est la métaphysique de la physique sans métaphysique explicite. La science économique est la théorie de la démocratie platonisée dans la république. Le citoyen est réduit au silence par la rationalité en soi de la physique dont il fait totalement partie. Trois coups de force contre la réalité ont été nécessaires pour en arriver là. Ces trois coup de force ont été commis par l’intelligence oligarchique pour acheter toute la réalité par ses systèmes ; pour soustraire toute la réalité à la démocratie en la payant de mots.
Le premier coup de force est situé par Paul Jorion entre le Moyen Age et la Renaissance : la rationalité mathématique est fusionnée avec la réalité physique objective. Deuxième coup de force entre l’époque moderne et l’avènement du capitalisme financier : la rationalité politique est fusionnée avec les lois de la nature. La démocratie devient l’État et ne contient plus de valeur discutable. Troisième coup de force à la fin du XXème siècle : la rationalité métaphysique est absorbée dans la finance : Lloyd Blankfein (Goldman Sachs) fait le travail de Dieu. La métaphysique est entièrement préemptée dans les modèles financiers invoqués par le mythe du marché.
Tous ces coups de force vident la démocratie de son contenu qui est l’intelligibilité personnelle universelle de la valeur dans la réalité concrète. Tout ces coups de force manipulent la relation métaphysique entre la physique et la métaphysique pour priver l’intelligence humaine de toute prise sur le réel. L’oligarchie se fait sa guerre de système pour saturer l’intelligence de la démocratie ; pour en capter toute la valeur à son profit exclusif ; pour privatiser le réel humain au bénéfice de quelques privilégiés. Cela s’appelle la cupidité qui existe depuis que l’homme réfléchit sur lui-même et ses semblables.
Le vecteur de la cupidité est l’argent ; ce par quoi la finance a gagné la guerre de la valeur au sein de l’oligarchie. Ce par quoi la finance sans démocratie et sans métaphysique explicite détruira méthodiquement toute civilisation et transformera toute humanité en monnaie. La monnaie est l’unité de compte de la métaphysique. Une pure production de l’intelligence humaine pour exprimer la mesure physiciste de ce qu’elle reconnaît comme valeur pour le sujet qui sait compter. Le propre de la réalité physique où évolue le sujet humain est d’être matérielle : c’est à dire intrinsèquement différentiable, individualisable et accumulative. La réalité physique investie par le sujet est entièrement numérisable par l’unité de compte commune à tous les sujets.
La monnaie exprime la comptabilité métaphysique du réel humain physique. Jusqu’à la fin du XXème siècle, l’oligarchie politique, financière et scientifique s’oblige à s’entendre entre ses différents axes de captation du réel. Pour contrôler la monnaie qui distribue la richesse matérielle, il faut un calcul réglé par une loi arbitraire appuyée sur une science oligarchique. Avec la mondialisation et l’avènement d’internet, le pouvoir politique se divise et se morcelle tandis que la science devient universellement accessible et discutable. Seul le calcul financier parfaitement mondialisé et numérisé accroît sa puissance métaphysique.
En l’absence de langue commune à la société humaine mondiale, en l’absence d’accord mondial sur l’existence d’une métaphysique humaine commune et en l’absence d’omniscience réelle de l’objectivité physique, la fusion cognitive de la physique et de la métaphysique, de la politique et de l’économie et enfin de la valeur humaine et de la monnaie crée un empire mondial de la finance. L’homme se détruit lui-même par l’hypothèse financière non contradictible dans la mondialisation numérique de l’absence de limite entre des personnes et des sociétés différentes. La stock-option (option de capital donnée gratuitement au fabriquant financier de plus-value) transforme le sujet du calcul financier en machine sans conscience. L’individu sans foi ni loi s’enferme en soi.
La réalité financiarisée sans métaphysique de démocratie est totalement absorbable dans le simulacre de l’argent. Si la délibération du bien commun est financée par l’argent des financiers irresponsables en une quelconque loi devant une cité réelle, la démocratie n’est que simulacre. La réalité devient invérifiable en l’absence de tout critère d’objectivité partageable dans l’inter-subjectivité. Si la stock-option est « déplatonisé » et devient négociable sur une agora démocratique qui lui donne un prix en bien commun en même temps qu’en monnaie, alors la prime de l’option en démocratie devient le prix de la monnaie ; le prix du bien délibéré par l’intelligence de chaque citoyen.
Nous avons sept siècles d’obscurantisme oligarchique platonicien à remonter. Mais le temps se contracte avec le temps intelligible, c’est à dire le temps comptable financier soumis à la loi du bien commun. L’agora internationale organisée par internet en banques de données anticipant la réalité et le prix des objets de valeur demandés par la démocratie existe déjà. Pour qu’elle fonctionne comme chambre de compensation internationale, il faut que la politique déprivatise une partie du système financier et constitue un marché financier international de négociation d’option : négociation de la valeur démocratique des systèmes juridiques par des primes de change ; négociation de la valeur démocratique des crédits par des primes de crédit de tout emprunteur notamment étatique ; négociation de la valeur réelle de la démocratie par des primes de capital.
L’unité de compte nominale de la valeur réelle de la démocratie totalement couverte par la délibération de la loi, la délibération du crédit et la délibération de l’incertitude financière est l’étalon monétaire universel de toute valeur physique soumise à une métaphysique de l’humain. La Puerta del Sol a déclaré la guerre au nihilisme. Le nihilisme répondra que la réalité n’existe pas hors des espèces sonnantes et trébuchantes décrétées par la politique achetée par la finance. La Puerta del Sol doit donc vendre à la politique une nouvelle monnaie que personne n’est obligé d’acheter ni d’utiliser mais contre laquelle les citoyens libres se donnent la possibilité de travailler, d’entreprendre et d’investir sans utiliser les monnaies actuelles comme monnaie mais comme actifs de valeur discutable.
Les citoyens libres demandent juste de pouvoir saisir un juge indépendant quand ils ne sont pas d’accord sur la justice du prix négocié dans la nouvelle monnaie.
Tout cela paraît évident à propos de réalités physiques que nous percevons par les sens. Mais qu’en est-il de réalités métaphysiques non perceptibles par les sens mais uniquement par l’intelligence, la discussion et la liberté de nommer ? Le problème est bien réel et actuellement très aigu. De la démocratie, de la finance et de l’économie, beaucoup imaginent que ce sont des réalités objectives qui s’observent et se nomment comme des pommes. Cela permet de délaisser la question du sujet et de faire croire que la démocratie, la finance et l’économie sont ce qu’elles sont quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise.
La position de négation de la métaphysique de la réalité est très commode. Elle permet de leurrer le sujet par les mots ; de parler de démocratie pour ne pas la réaliser concrètement ; de faire de la finance sans expliquer réellement ce qu’on fait ; et de théoriser l’économie sans jamais la rapprocher d’une réalité effectivement observable par le commun des mortels. En niant la métaphysique de la réalité on se dispense de toute obligation de réalité de la théorie employée dans le discours. La politique, la finance et la science économique sont des histoires pour occuper l’intelligence qui n’agit pas dans la réalité. Cela permet à quelques sauveurs du monde d’agir en toute liberté sans que personne ne comprenne ce qu’ils font.
Dans le monde platonicien de la physique non distincte de la métaphysique, il n’est pas possible de penser et de parler de la structuration réciproque de la réalité physique par la réalité métaphysique. Dans le platonisme qui gouverne nos intelligences depuis la fin du Moyen Age, l’homme n’a plus de possibilité de penser le système car il est enfermé dedans par la science des sachants. Cela laisse le champ libre à quelques hommes de pouvoir pour monopoliser la réalité par la lutte de système inintelligible à la masse des incultes. Dans ce combat de titans, la finance a désormais pris possession du monde.
La finance est une réalité purement métaphysique : elle dépend totalement de ses sujets qui la font exister. La finance est une médiation métaphysique entre les réalités à la fois matérielle et formelle que sont la démocratie et l’économie. La démocratie est un système de discrimination universelle de la valeur : elle donne à tout être humain la possibilité de donner et réaliser son avis sur ce qui est valeur et sur ce qui’ n’est pas valeur. Hors de la démocratie, il n’y a pas de valeur : les choses sont ce qu’elles sont sans qu’aucun avis personnel ne soit nécessaire. Dans la république platonicienne, la valeur est un étant par l’oligarchie qui a la valeur en elle : aucun jugement de qui que ce soit n’est nécessaire pour que la valeur soit. Donc la valeur n’existe pas et ce n’est un problème pour personne.
Dans notre univers platonicien contemporain, la science économique est la métaphysique de la physique sans métaphysique explicite. La science économique est la théorie de la démocratie platonisée dans la république. Le citoyen est réduit au silence par la rationalité en soi de la physique dont il fait totalement partie. Trois coups de force contre la réalité ont été nécessaires pour en arriver là. Ces trois coup de force ont été commis par l’intelligence oligarchique pour acheter toute la réalité par ses systèmes ; pour soustraire toute la réalité à la démocratie en la payant de mots.
Le premier coup de force est situé par Paul Jorion entre le Moyen Age et la Renaissance : la rationalité mathématique est fusionnée avec la réalité physique objective. Deuxième coup de force entre l’époque moderne et l’avènement du capitalisme financier : la rationalité politique est fusionnée avec les lois de la nature. La démocratie devient l’État et ne contient plus de valeur discutable. Troisième coup de force à la fin du XXème siècle : la rationalité métaphysique est absorbée dans la finance : Lloyd Blankfein (Goldman Sachs) fait le travail de Dieu. La métaphysique est entièrement préemptée dans les modèles financiers invoqués par le mythe du marché.
Tous ces coups de force vident la démocratie de son contenu qui est l’intelligibilité personnelle universelle de la valeur dans la réalité concrète. Tout ces coups de force manipulent la relation métaphysique entre la physique et la métaphysique pour priver l’intelligence humaine de toute prise sur le réel. L’oligarchie se fait sa guerre de système pour saturer l’intelligence de la démocratie ; pour en capter toute la valeur à son profit exclusif ; pour privatiser le réel humain au bénéfice de quelques privilégiés. Cela s’appelle la cupidité qui existe depuis que l’homme réfléchit sur lui-même et ses semblables.
Le vecteur de la cupidité est l’argent ; ce par quoi la finance a gagné la guerre de la valeur au sein de l’oligarchie. Ce par quoi la finance sans démocratie et sans métaphysique explicite détruira méthodiquement toute civilisation et transformera toute humanité en monnaie. La monnaie est l’unité de compte de la métaphysique. Une pure production de l’intelligence humaine pour exprimer la mesure physiciste de ce qu’elle reconnaît comme valeur pour le sujet qui sait compter. Le propre de la réalité physique où évolue le sujet humain est d’être matérielle : c’est à dire intrinsèquement différentiable, individualisable et accumulative. La réalité physique investie par le sujet est entièrement numérisable par l’unité de compte commune à tous les sujets.
La monnaie exprime la comptabilité métaphysique du réel humain physique. Jusqu’à la fin du XXème siècle, l’oligarchie politique, financière et scientifique s’oblige à s’entendre entre ses différents axes de captation du réel. Pour contrôler la monnaie qui distribue la richesse matérielle, il faut un calcul réglé par une loi arbitraire appuyée sur une science oligarchique. Avec la mondialisation et l’avènement d’internet, le pouvoir politique se divise et se morcelle tandis que la science devient universellement accessible et discutable. Seul le calcul financier parfaitement mondialisé et numérisé accroît sa puissance métaphysique.
En l’absence de langue commune à la société humaine mondiale, en l’absence d’accord mondial sur l’existence d’une métaphysique humaine commune et en l’absence d’omniscience réelle de l’objectivité physique, la fusion cognitive de la physique et de la métaphysique, de la politique et de l’économie et enfin de la valeur humaine et de la monnaie crée un empire mondial de la finance. L’homme se détruit lui-même par l’hypothèse financière non contradictible dans la mondialisation numérique de l’absence de limite entre des personnes et des sociétés différentes. La stock-option (option de capital donnée gratuitement au fabriquant financier de plus-value) transforme le sujet du calcul financier en machine sans conscience. L’individu sans foi ni loi s’enferme en soi.
La réalité financiarisée sans métaphysique de démocratie est totalement absorbable dans le simulacre de l’argent. Si la délibération du bien commun est financée par l’argent des financiers irresponsables en une quelconque loi devant une cité réelle, la démocratie n’est que simulacre. La réalité devient invérifiable en l’absence de tout critère d’objectivité partageable dans l’inter-subjectivité. Si la stock-option est « déplatonisé » et devient négociable sur une agora démocratique qui lui donne un prix en bien commun en même temps qu’en monnaie, alors la prime de l’option en démocratie devient le prix de la monnaie ; le prix du bien délibéré par l’intelligence de chaque citoyen.
Nous avons sept siècles d’obscurantisme oligarchique platonicien à remonter. Mais le temps se contracte avec le temps intelligible, c’est à dire le temps comptable financier soumis à la loi du bien commun. L’agora internationale organisée par internet en banques de données anticipant la réalité et le prix des objets de valeur demandés par la démocratie existe déjà. Pour qu’elle fonctionne comme chambre de compensation internationale, il faut que la politique déprivatise une partie du système financier et constitue un marché financier international de négociation d’option : négociation de la valeur démocratique des systèmes juridiques par des primes de change ; négociation de la valeur démocratique des crédits par des primes de crédit de tout emprunteur notamment étatique ; négociation de la valeur réelle de la démocratie par des primes de capital.
L’unité de compte nominale de la valeur réelle de la démocratie totalement couverte par la délibération de la loi, la délibération du crédit et la délibération de l’incertitude financière est l’étalon monétaire universel de toute valeur physique soumise à une métaphysique de l’humain. La Puerta del Sol a déclaré la guerre au nihilisme. Le nihilisme répondra que la réalité n’existe pas hors des espèces sonnantes et trébuchantes décrétées par la politique achetée par la finance. La Puerta del Sol doit donc vendre à la politique une nouvelle monnaie que personne n’est obligé d’acheter ni d’utiliser mais contre laquelle les citoyens libres se donnent la possibilité de travailler, d’entreprendre et d’investir sans utiliser les monnaies actuelles comme monnaie mais comme actifs de valeur discutable.
Les citoyens libres demandent juste de pouvoir saisir un juge indépendant quand ils ne sont pas d’accord sur la justice du prix négocié dans la nouvelle monnaie.
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pensée,
PUEBLO,
PUERTA DEL SOL,
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SYSTEME
lundi 30 mai 2011
Tercera Ley de Newton: si el pueblo ruge tiemblan los mercados
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MADRID,
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PUEBLO,
PUERTA DEL SOL
lundi 18 avril 2011
LA GLOIRE DE LA SCIENCE EST DANS LA RUE
Géry Coomans
Il ne faut sans doute ni idéaliser, ni dénigrer les « experts » en général. Dans beaucoup de cas, ils interviennent seulement en mission commandée, et cela suffira à « moduler » ce qu’ils diront. Ce qui plaira plus ou moins – voir ces analystes du risque licenciés lorsque (et parce que) ils font leur métier. Mais le cas des économistes est tout de même un peu particulier. Joan Robinson (1903-1983), qui travailla avec Keynes, disait que les économistes singent les physiciens, et que les autres sciences sociales singent les économistes. Paul Jorion (Le Monde 5/4/2011) note, lui, que les « le problème essentiel de la science économique est qu’elle s’est laissée enfermer dans le cadre de la psychologie naissante de la fin du XIXe siècle, psychologie volontariste où les individus sont maîtres de leurs décisions et à même d’être parfaitement rationnels … ». Je crois que cela est … partiellement vrai.
Je me rappelle le début des années 1980, après l’élection de Thatcher et Reagan, lorsque le néo-libéralisme prétendait jeter le keynésianisme de la reconstruction aux orties. Comme assistant d’économie en fac, à cette même époque, j’ai été horrifié d’entendre des étudiants considérer que Keynes, c’était un truc gauchiste, et qu’en tout cas ce n’était pas « scientifique ». Et combien de fois n’entendis-je pas ces étudiants décrier, comme par réflexe, tout ce qui procédait de l’Etat, ou alors nier contre l’évidence que l’Etat ait jamais joué un rôle quelque part. La critique de gauche – sinon celle des marxistes – de l’économie des économistes, jusque-là, en faisait une « idéologie » procédant par déni des intérêts qu’au fond elle défendait. A ce titre, elle aurait été surtout une « apologétique » – par exemple en définissant le salaire comme une variable « objective » plutôt que comme le résultat d’une négociation conflictuelle. Il demeure patent que votre position de négociation est meilleure si vous invoquez une « objectivité » plutôt que d’admettre qu’il s’agit d’une négociation ouverte. Mais en même temps, l’explication par l’idéologie semblait, elle aussi, n’expliquer qu’une partie des choses : le problème, avec l’idéologie, est qu’il fallait aussi expliquer que de « point de vue idéologique » en « point de vue idéologique », on était menacé de devenir …. stupide. Pourrait-on gérer au mieux si l’on ne fonctionnait plus qu’avec des catégories opérant un déni de réalité, ou des catégories unilatérales ? Il ne faut certainement jamais se départir de ce soupçon. Mais il ne faut pas s’en tenir là.
Revenons à l’énoncé de Joan Robinson, qui me semble toucher au point fondamental qui fait que la « science économique » d’aujourd’hui est quasiment devenue un objet de risée. Allons-y (gaiement) avec quelques raccourcis. Il s’agit surtout de considérer l’histoire des idées non pas pour ce qu’elles disent, mais pour ce qu’elles révèlent malgré elles (exercice périlleux entre tous).
1°) Pendant des millénaires, les humains ont cherché à construire, du monde, un récit avec des mythes et des religions. On pouvait faire de la divination (l’avenir à prédire ou à conjurer), célébrer les héros (le refuge de la liberté), ou invoquer la volonté divine, ou alors, comme en Extrême-Orient, un cosmos ordonné en soi, même privé de Grand Architecte. Mais c’est la religion (ou la cosmogonie orientale) qui était la plus stable parce qu’elle impliquait à la fois une causalité (dire qu’un dieu l’avait voulu ainsi suffisait pleinement pour fournir un effet complet de cause à effet) et un ordre caché sous le surface des choses.
2°) Il se dit que ce sont les grecs qui décidèrent que le monde devait être intelligible. Mais on peut faire valoir, par exemple, que la théorie de la métempsycose ( certes reprise par Pythagore et Platon, mais à la fois plus ancienne et demeurée « banale » en Orient) suppose elle-aussi un ordre intelligible (le même se reproduit dans le même, comme dans une fractale). Autre exemple, l’astrologie babylonienne comporte des aspects quasi-scientifiques (Jean Bottéro). Et de même pour la connaissance des plantes dans la Pensée sauvage décrite par Lévi-Strauss. Et encore de même pour toutes sortes de savoirs « archaïques », qui n’ont été (ou ne sont) dévalorisées qu’au motif que la science moderne prétend devoir faire table rase de ces vieilleries – puisqu’il faut d’abord en construire la théorie ontologique.
3°) Toujours est-il qu’au XVIIe naît la science classique, avec Galilée (la nature est écrite en langage mathématique) et Newton (producteur du premier algorithme efficace, avant de s’en retourner … à l’alchimie d’où il ne nous a pas rapporté d’autre algorithme). Dans les cieux, on avait cette fois une loi qui tournait aussi bien sans dieu (ou qui tournait aussi, si l’on voulait, avec dieu si c’était le dieu lui-même qui parlait le langage mathématique). Et on se rappelle que bientôt, à Napoléon qui demandait : « Et Dieu dans tout ça ? » (en gros), Laplace allait répondre : « Sire, Dieu est une hypothèse dont nous avons cru pouvoir nous passer ». Le changement majeur était que, désormais, les choses contenaient elles-mêmes leurs systèmes de causalité, elles répondaient à des lois déterministes, on allait découvrir leur code mathématique et la science triomphante prononçait que, tôt ou tard, nous allions tout connaître et tout maîtriser. Sous la surface des choses, l’ordre régnait – sans besoin de dieu (ou alors avec un dieu s’occupant de choses au-delà de la réalité … des choses). Et la mathématique allait donner forme à (donc formaliser) cet ordre qui ne nous paraissait informe qu’en vertu de notre ignorance. Le hasard ? C’était, diront Kant et puis Voltaire, « le nom que nous donnons à notre ignorance ».
4°) C’est vers la fin du XIXe que la « science économique » va épouser ce modèle-là, ce modèle d’un monde en ordre dont il fallait dévoiler les lois, harmonie cachée sous la surface des choses qu’il s’agit de dévoiler – non pas de déranger. (Même si d’autres ancêtres de l’économie, Mandeville, Smith, Turgot, etc. avaient antérieurement placé des jalons dans ce sens-là). Les noms clés sont ici Walras, créateur du modèle mathématique d’équilibre général, et Pareto, définissant l’optimum (étant cet état où l’on ne peut plus améliorer le bien-être d’un individu sans détériorer celui d’un autre). Leur mérite propre est d’avoir donné un caractère formalisé à leurs « découvertes » – dont on sait aujourd’hui, comme on le sait pour toute « découverte », qu’elle n’est pas le réel lui-même mais une certaine construction du réel.
5°) Il me semble évident, a posteriori (mais les historiens aussi adorent « prévoir le passé »), qu’en plus de leur mérite propre qui a consisté à produire une sorte d’algorithme magique, toutes les configurations sociales et politiques de cette époque-là allaient trouver un tas de bonnes raisons de consacrer cette approche. L’essentiel était là : nous formalisions l’ordre caché sous les choses – antique requête – et, ce faisant, nous, pauvres humains, trouvions le sens caché, le graal – plutôt que le sens fragile et inquiétant de la contingence, de la finitude et de cette liberté dont nous avons tant de mal à faire l’apprentissage. Bien sûr, les « élites » conquérantes – c’est après tout l’âge d’or du capitalisme – allaient adopter ce qui établissait l’unité du monde (l’âge de l’impérialisme) et tout à la fois leur propre grandeur. Et bien sûr, comme la science procédait par singularisation et décomposition des moments (deuxième règle de Descartes), les élites n’allaient pas ne pas avaliser que l’ordre était un ordre organisant des particules élémentaires, à savoir des individus. La « psychologie volontariste » et individualiste, en sacralisant l’individu en le décontextualisant, et en consacrant l’individu comme acteur souverain de l’ordre caché du monde, n’était pas moins fille de l’époque – je veux dire de cette société et à la fois de cette science optimiste – que ne l’était la « science économique ». Pour cela, cette « science économique » n’est pas tant la fille de la psychologie volontariste – dont parle PJ – qu’elle n’est sa cousine, née de la même époque. (L’individualisme a évidemment une histoire beaucoup plus longue, qui remonte aux grecs, et certainement au monothéisme qui nous faisait tous égaux devant un dieu unique, au trafic d’indulgences qui, à la Renaissance, firent sauter le Vatican pour avoir promis la salut individuel au ciel contre monnaie sonnante et trébuchante sur terre, à la Révolution française qui sacralisa les droits de chacun, etc.)
6°) Las, la science, en sa partie la plus pointue, voyait le bel édifice de la connaissable infinie et du déterminisme se fissurer au moment même où la science économique trouvait dans un tas d’incitants extérieurs à lui-même les raisons d’investir le schème immaculé de la science classique. Les choses avaient commencé avec la thermodynamique statistique de Maxwell et Boltzmann : il fallait, pour gérer l’ordre sacré des particules, introduire les probabilités : dangereux, dangereux (Mioara Mugur-Schachter dit aujourd’hui que les probabilités naturelles n’existent pas, qu’elles sont un artefact). Darwin allait introduire le hasard au cœur du dispositif – même si, évidemment, les libéraux allaient high-jacker le darwinisme pour justifier la sélection du plus fort comme forme naturelle de l’ordre immuable. Puis vint Poincaré et le problème insoluble des trois corps. Puis le tsunami des quanta, et alors même que le capitalisme entrait dans sa première grande crise, les incertitudes de Heisenberg, les doutes de Wittgenstein, le chat ni mort ni vivant de Schrödinger, les incomplétudes de Gödel. Vint tout ce qui ne nous permet plus, à notre époque, de considérer une théorie scientifique comme autre chose qu’une hypothèse, et une hypothèse comme autre chose qu’une tentative de capter, au mieux, un seul petit aspect d’un réel dont nous savons qu’il constitue, au mieux, une forme d’artefact, un réel voilé tolérant nos fantaisies lorsqu’il n’en est pas le produit.
7°) Faut-il alors désespérer de cette « science économique » qui fonctionne sur les présupposés du XIXe ? Qui même a crû se moderniser en intégrant les probabilités, puis la théorie des jeux – tout en gardant un demi-siècle de retard sur la science pointue faite désormais de perplexités croissantes. Ne verrons-nous pas bientôt, la science économique vouloir se sauver en formalisant le chaos et l’indécidabilité – cela même qui fait la perplexité de la science pointue ? On l’a bien vue flamboyante pour multiplier les hypothèses n’ayant aucune sorte de rapport avec le monde empirique aux seules fins de sauver son formalisme – c’est-à-dire la formalisabilité de son édifice abstrait. Il est tout de même fascinant d’observer qu’au moment même où le capitalisme connaissait sa première « très grande crise », soit dans l’entre-deux-guerres (en faisant donc abstraction de la Grande Dépression du troisième quart du XIXe), est apparu du sein même de la « science économique » un Keynes, qui participait pleinement, lui, de la révolution cognitive qui était en cours. Son Traité sur les Probabilités (1921) est d’une modernité époustouflante : une probabilité dépend d’abord du niveau de connaissance que l’on peut avoir du phénomène dont on étudie les occurrences. Nous voilà en plein constructivisme. En 1926, il sort un opuscule, La fin du laissez-faire, qui revient tout simplement à énoncer, contre tous les tenants de l’harmonie de l’étant qu’une intervention quelconque ne pourrait que perturber, que le monde sera ce que nous en ferons. Il y est question du hasard de Darwin et de ruptures cognitives dont la modernité pourrait se mesurer à la force des oppositions qui lui furent alors signifiées. Dans les années 1930, en préface à l’édition française de la Théorie, il dit une chose qui serait inconcevable pour les facultés d’économie de nos jours : je vais, dit-il, formaliser ma théorie pour accroître son crédit auprès de la corporation des économistes, mais ma théorie n’a pas besoin de cela. Je remercie le lecteur de remarquer qu’en racontant cela je n’ai exposé aucune des théories de Keynes. J’ai simplement voulu souligner qu’il s’inscrivait dans une modernité constructiviste totale, et qu’il récusait que le savoir doive nécessairement épouser le langage du formalisme. En cela, il est à l’opposé des techniques modernes de construction de l’opposabilité que la science économique contemporaine nous ressert jusqu’à satiété : le marché efficace comme forme moderne de l’harmonie immanente du monde, la rationalité des agents comme évacuation de l’incertitude et de la contingence, et le positivisme comme forme unique de connaissance légitime.
8°) A l’heure où cette « science académique » entre, enfin, en crise majeure de crédibilité, que pouvons-nous faire ? Paul Jorion dit regretter que la science économique ne se soit pas « plutôt développée comme une sociologie ». Je marquerais mon accord avec ce souhait si j’étais même moyennement sûr que la sociologie ait jamais pu échapper à des positivismes non moins stériles que ceux dans lesquels l’économie se complaisait – et ceux au nom desquels la sociologie académique, non moins que l’économie académique, organise, gentiment ou méchamment, la cooptation des conformes par les conformes. J’ai moi-même vu passer, comme économiste du travail et expert indépendant à la Commission Européenne, des « œuvres » de sociologues dont j’avais tout simplement honte, honte, honte. Un seul exemple : dans un rapport sur le vieillissement au travail, un sociologue directeur de recherches, dument rémunéré avec son équipe 200.000€, affirmait que le maximum de productivité au travail était atteint à l’âge de 45 ans. Point. Parlait-il de l’époque fordiste, où l’abondance de main-d’œuvre jeune permettait effectivement de jeter les travailleurs vieillissants ? Non pas. Il parlait d’aujourd’hui. Simplement, cette sociologie-là est non moins idiote que la science économique qui triomphait jusqu’en 2008. Et prenons un risque : la sociologie, réputée critique, de ceux qui s’attachent aux logiques de la reproduction sociale n’a-t-elle pas parue, par moment, comme obnubilée par la reproduction d’un ordre immuable des choses, dans un schème qui mène du même au même ? Et ne voit-on pas une certaine sociologie, se présentant comme étant enfin débarrassée du discours analytique et critique, se vautrer dans le calcul des corrélations et l’analyse multifactorielle du « social capital » : ce « social capital » serait « élevé » dans les pays nordiques au vu du nombre de clubs, associations, etc., dont on est membre – ça se compte, et donc ça fait un chiffre à mouliner dans l’ordinateur – alors que le même « social capital » serait « bas » dans les pays méditerranéens, où les convivialités fonctionnent sur un mode informel, sans donc livrer de chiffre à mouliner. Après tout, le problème est-il très différent de celui que m’expose un ami professeur de géologie : il déplore, lui, qu’une majorité de ses étudiants thésards soient obnubilés par le mesurage – nous avons désormais de si merveilleux outils pour mesurer – sans plus s’occuper de réfléchir à ce qu’est la chose qu’ils mesurent.
9°) Donc, je ne crois pas qu’un peu plus ou beaucoup plus de sociologie suffise à réhabiliter la « science économique » – dont les tenants traitent au demeurant la sociologie de « blabla sociologique ». Je crois que pour sortir tant la sociologie de l’ornière positiviste qui la guette que la « science économique » de la déconsidération que la crise lui a très heureusement infligée, il faut d’abord et avant tout sortir du positivisme sacralisant le peu qui est mesurable, et qui n’est constitué que par les artefacts avec lesquelles nous avons construit une certaine mesurabilité. Il me paraît que la science pointue, plus elle va, nous offre une richesse en questionnements épistémologiques telle que les sciences sociales devraient d’urgence s’en inspirer. Ce qu’elles commencent à faire au demeurant : le questionnement épistémologique progresse dans toutes les sciences humaines, en psychologie comme en sociologie. La pensée de la complexité, suivant Morin ou Le Moigne ou beaucoup d’autres, illustre cela, aboutissant à ce que l’approche scientifique ne doive déjà plus descendre du haut des chaires académiques, mais, d’abord, se mêler in concreto d’assister les interventions de terrain, bref d’enrichir la praxis commune. La gloire de la science est dans la rue.
Pour ce qui est de la « science économique », je serais déjà heureux qu’on se rappelle qu’il s’agissait au départ non pas de science, mais d’ « économie politique ». Cela me ravit, après les années de plomb, de la voir renaître avec Stiglitz, Krugman, Sen et Paul Jorion et beaucoup d’autres. Vive le constructivisme : il n’y a pas d’essence, et que le monde soit ce que nous voulons en faire.
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dimanche 10 avril 2011
LA SYMPHONIE DU DIABLE
A Time-Lapse Map of Every Nuclear Explosion Since
1945 to 1998 - by Isao Hashimoto
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jeudi 31 mars 2011
SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION
Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes
Enchainement des causes depuis 1945 :
Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods
Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités
Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed
Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital
Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle
Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire
Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing
Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle
Enchainement des causes financières :
Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques
Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »
Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire
Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés
Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité
Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible
Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.
Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques
- Énonciation des résultats probables ou avérés :
- Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale
- Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées
- Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu
- Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux
- Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables
- Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle
source : pauljorion.com
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lundi 28 mars 2011
Pour Ulrich Beck, l’industrie nucléaire fait de la planète un laboratoire
Le tremblement de terre de Kanto de 1923 vu par le caricaturiste Rakuten Kitazawa, qui passe pour le précurseur du manga japonais.Via Le dessin suggère déjà que la catastrophe n’est plus si naturelle que cela.
“La notion de catastrophe naturelle est fausse. La nature ne connaît pas de catastrophe. Un tsunami ou un tremblement de terre ne deviennent catastrophes qu’à l’horizon de la civilisation humaine” U. BeckL’énergie nucléaire est une expérimentation qui se déroule à l’échelle mondiale. Ses conséquences sont planétaires. 25 ans après la catastrophe de Tchernobyl et 25 ans après la publication du livre qui l’a rendu célèbre, La société du risque, paru en Allemagne (1) peu avant la catastrophe, Ulrich Beck, qui n’a cessé de plaider pour une politique intérieure mondiale, analyse pour les médias allemands ce qui s’est passé à Fukushima. En regroupant l’article qu’il a lui-même écrit et les entretiens dans la presse écrite et à la radio se dégage la question centrale de savoir comment prendre en compte l’imprévisible. En élargissant son thème, il aborde d’autres sujets comme la façon dont la mondialisation organise l’irresponsabilité.
“L’énergie nucléaire a transformé le monde en laboratoire. Les résultats des analyses sont présents globalement, accessibles à tous. Il faudra en prendre connaissance quel que soit le contexte culturel dans tous les pays du monde. [..] On ne pourra pas considérer ce qui s’est passé au Japon comme un malheur exclusivement et spécifiquement japonais. Certes, on identifiera comme cause le tremblement de terre et la tectonique des plaques. Mais les narrations sécuritaires devront être modifiées. Pour le moment, les questions de sécurité sont appréhendées de manière strictement technique. Les procédures d’agrément sont exclusivement techniques. Nous assistons à l’effondrement d’une telle conception (philosophie) de la sécurité […]« .Frankfurter Rundschau (13 mars 2011)
Comment prendre en compte des scénarios inédits
Dans un entretien avec la Süddeutsche Zeitung, il relève que le point commun à toutes les crises qui semblent suivre le scénario de son livre (le tsunami en Indonésie, Katrina à la Nouvelle Orléans mais aussi la crise financière) est qu’elles passaient pour improbable et qu’à chaque fois “le cadre institutionnel et cognitif a été mis en défaut”. L’idée qu’une prévention des catastrophes à venir puisse reposer sur la perception de celles qui ont déjà eu lieu ne tient plus puisque nous savons désormais que l’impossible est possible. L’inimaginable est ce que la technique exclut comme possible. Or, il faut désormais “prendre en compte l’impensable” explique le sociologue. Il poursuit : “L’une des questions essentielles des débats à venir sera de savoir comment intégrer le non calculable, l’improbable dans les procédures d’agrément”. Pour autant que je puisse en juger, il me semble qu’Ulrich Beck se trouve ici au moins dans une proximité avec le Catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Dupuy.
Les risques ne sont pas des objets palpables, précise Ulrich Beck. Ils sont “socialement et culturellement construits avec des moyens scientifiques”. Le sociologue établit, en conclusion de son texte, à l’exemple du Japon, une relation entre la négation des problèmes et l’absence de solutions alternatives. “La tendance à nier les problèmes est d’autant plus véhémente qu’il ne se profile pas d’alternatives”.
Pour l’auteur de La société du risque ? le débat public doit porter sur la question suivante : “quelle culture de la sécurité ou mieux quelle culture de l’insécurité voulons-nous accepter ?
Une commission pour sortir du nucléaire ?
Le message a semble-t-il été entendu à la Chancellerie, Ulrich Beck a été appelé à participer à la commission qu’Angela Merkel vient de mettre en place pour réfléchir à l’avenir du nucléaire. La question qu’on pose à cette assemblée est la suivante : quelle est la pertinence d’une voie de sortie du nucléaire organisant la transition vers des énergies renouvelables. Il y sera en compagnie notamment de Monseigneur Marx, l’évêque qui dialogue avec son homologue Karl dans l’au-delà et qui s’inquiète de l’avènement d’une “civilisation de la mort”.Dans le même temps le lobby nucléaire affute les couteaux et l’on prête à la chancelière dans son propre camp des visées purement électoraliste. Si c’est le cas, c’est raté, pour cette fois Elle avait affirmé que “la catastrophe au Japon marquait un tournant dans l’histoire de la civilisation technique” au sens où il y aura un avant et un après Fukushima. Mais elle ne cesse de rentrer et de sortir, rentrer sortir du nucléaire, ce qui fait que l’on n’est plus très sûr de savoir à quoi se fier.
Notre homme est devenu populaire. J’en veux pour preuve sa présence dans le journal BZ (eh oui ! la presse Springer, encore appelée journal pour poissonniers, pas spécialement portée sur les questions intellectuelles) où il est présenté comme un “prophète des catastrophes”, il élargit son propos : “ l’avancée radicale du développement scientifique sur la base d’intérêt de marchés et de recherche de progrès en fait perdre la maîtrise institutionnelle”.
L’irresponsabilité généralisée
“On peut diviser l’histoire humaine des risques en deux phases ; tout d’abord on a rendu la nature déchaînée et donc Dieu responsable des catastrophes. C’était le cas par exemple pour le tremblement de terre de Lisbonne. On ne pouvait imaginer pourquoi un “Dieu raisonnable” provoque ou laisse se faire une telle catastrophe. Depuis l’industrialisation, nous vivons des dangers et des catastrophes provoqués par les hommes et dont on rend responsables des acteurs sociaux. Le fait de rechercher des personnes responsables provoque une énorme dynamique politique. La discussion en Allemagne sur l’énergie nucléaire en fait partie ». […]
A propos de la catastrophe dans le Golfe du Mexique provoquée par DeepWater Horizont , il avait noté que “BP est aussi peu British que les produits Made in Germany ne sont allemands, rançon de la globalisation”. Il rappelle qu’après la fusion avec Amoco en 1998, l’adjectif “british” a été remplacé « par un petit mot vert d’espérance » beyond de sorte que “le sigle BP signifie Beyond Petroleum – au-delà du pétrole”.
“C’est là que l’on s’aperçoit, poursuit Ulrich Beck,que la politique intérieure mondiale favorise l’irresponsabilité organisée. Qui croit prendre “British” Pétroleum en flagrant délit doit apprendre qu’il s’agit d’une multinationale qui appartient aussi aux Américains, dont les stations de forage sont construites par des Coréens et qui paie ses impôts à Berne en Suisse. (BP pourrait aussi bien signifier Berne Petroleum)”.
Il revient sur la question de l’irresponsabilité dans la BZ: « Quand on pose la question de savoir à qui la faute, on constate immédiatement l’existence d’une sorte d’irresponsabilité organisée. Tout le monde se renvoie la balle. Les techniciens disent n’avoir commis aucune erreur et de s’être tenus à un certain nombre de pronostics. Les hommes politiques disent s’être fiés aux techniciens. Et les responsables des prognostics rejettent la faute sur les techniciens et les hommes politiques.” (1) La société du risque est paru en France 2001. On peut trouver le livre désormais en édition de poche.
Ulrich Beck né en 1944 a été jusqu’en juillet 2009 Professeur de Sociologie à l’Université Ludwig-Maximilian de Munich. Il enseigne encore à la London School of Economics et à Harvard.
SOURCE: http://www.lesauterhin.eu/
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Ulrick BECK
jeudi 24 mars 2011
FUKUSHIMA, SYMPTOME D’AGONIE, DEBORDEMENT DE COMPLEXITE
Imbrication humaine des causes
D’après les informations qui nous ont été données, le tremblement de terre du 11 mars au Japon a normalement déclenché la procédure de mise en sécurité de la centrale nucléaire de Fukushima. Puis le tsunami est arrivé et a noyé les pompes de secours de refroidissement des réacteurs. Pour une panne d’électricité, la vie de millions de gens est mise en danger et une portion inconnue du tout petit territoire japonais risque d’être stérilisée pour longtemps. Des faits naturels se conjuguent dans une catastrophe où les conséquences apparaissent disproportionnées aux actions subjectives qui ont été effectivement engagées ou qui pouvaient être engagées pour les éviter.La disproportion met en regard des pertes incalculables en vies humaines et en dégradation du milieu de vie avec un investissement et un objectif initiaux qui avaient un certain prix ; un investissement qui a « économisé » la vie humaine mais bien en deçà de ce qui avait été promis. Des options ont été prises à l’origine de la centrale électrique accidentée. Un projet avait été défini dans lequel un certain calcul faisait apparaître que l’électricité nucléaire à produire vaudrait globalement plus que les dépenses de conception, de construction et d’entretien sur toute la durée de vie de l’infrastructure. La comparaison du projet avec des modes alternatifs de production de la même quantité d’électricité, disponibles au même moment, avait laissé penser que le nucléaire rendrait la plus grande valeur. Le même objectif de production serait atteint à moindre coût avec les réacteurs de Fukushima. Mais que contenait vraiment l’objectif ?
En prix humain, la catastrophe en cours révèle une immense erreur de calcul. L’investissement et les coûts engagés jusqu’au tremblement de terre sont assimilables au versement d’une prime d’option dont le prix nominal a été le chiffre d’affaires encaissé par l’exploitant Tepco. L’échéance de l’option était la durée de vie prévisionnelle de la centrale électrique. Le contrat nominal sous-jacent au chiffre d’affaires prévisionnel était l’ensemble des normes techniques, sanitaires et politiques impliquées dans l’autorisation formelle publique à produire de l’électricité nucléaire. Tout le calcul financier à l’origine de la construction de la centrale s’est fondé sur une séparation politique normative de l’acceptable et de l’inacceptable ; et sur une anticipation de la disponibilité des techniques requises au respect des engagements pris. L’erreur de calcul bien apparente après la catastrophe se trouve donc dans la délimitation juridique même du civilement acceptable, donc dans l’évaluation des techniques propres à respecter les normes retenues et enfin dans l’effectivité des contrôles réalisés pour garantir le prix de revient anticipé de l’électricité produite.
Le risque de méconnaissance de la réalité
Le drame de Fukushima révèle une dimension tout à fait sous-estimée du risque des projets humains. Le risque n’est pas la seule imprécision des calculs financiers de rentabilité, c’est à dire la possibilité d’un prix de revient supérieur en fin de compte au prix de vente, mais le défaut d’identification des causes possibles de perte de valeur. Plus grave, les causes inconnues de non-valeur contiennent la possibilité de détruire l’homme lui-même ; de mettre fin à tout calcul. Plus grave encore : bien que l’homme connaisse depuis quelque temps sa capacité à s’autodétruire, il ne l’intègre pas dans ses anticipations d’erreur. Il n’a pas changé son mode de gouvernement qui consiste à laisser à quelques-uns la responsabilité d’engager la vie des autres sans avoir à répondre effectivement et concrètement d’intentions véritables ni des dégâts effectivement provoqués. Le coût humain des décisions engagées est arbitrairement pris en compte dans le calcul économique sans consultation ni information des personnes concernées.Les accidents nucléaires se succèdent pour confirmer l’inadaptation des cadres nationaux de réglementation, de normalisation et de contrôle de cette industrie à l’emprise des projets engagés. Des autorités nationales publiques et privées n’ont nulle part toute la compétence, l’indépendance et l’objectivité requises pour juger du prix réel de leurs projets. Si le Japon peut légitimement estimer qu’il ait un besoin justifié d’électricité nucléaire, il apparaît absurde après la catastrophe de Fukushima d’avoir construit des réacteurs en zone sismique exposée aux tsunamis. Il est tout aussi absurde du point de vue de la proximité géographique et économique que l’Allemagne et la France n’aient pas de politique nucléaire commune. La catastrophe de Tchernobyl et celle de Fukushima montrent qu’aucun gouvernement ni aucune nation, et encore moins une entreprise, ne peut avoir une appréciation humainement objective et juste de sa politique nucléaire.
Ni les individus, ni les collectivités aussi grandes soient-elles n’ont une appréciation fiable de leurs propres intérêts ni des intérêts des autres. Les externalités qui déterminent l’intérêt humain peuvent peser bien davantage que la rationalisation qu’il produit. Il est des enjeux, soit par l’universalité de leurs conséquences, soit par la complexité des technologies utilisées, soit par l’étendue de leur emprise sur le milieu de vie naturel, qui dépassent la compréhension que les regroupements d’hommes peuvent en avoir, fussent-ils particulièrement éclairés et clairvoyants. Une hypothèse fondatrice du capitalisme libertarien actuellement en vigueur est contredite par la catastrophe de Fukushima. Ni les individus, ni les collectivités ne sont capables dans leurs projets même avec toute la science humaine à portée de main d’anticiper et d’éviter des erreurs d’appréciation qui compromettent l’avenir de l’humanité tout entière.
Ontologie de l’erreur capitaliste
Par capitalisme, il faut entendre le sens étymologique de la valeur produite par la tête ou une combinaison de têtes. Par libertarien, il faut entendre le choix de reconnaître une valeur absolue à la liberté d’un seul ou de quelques-uns sans que les autres n’aient un avis à donner. Fukushima est un produit du capitalisme libertarien même dans le pays de la cohérence sociétale. Un seul pays, une seule technocratie, une seule entreprise, un seul ensemble de consommateurs d’électricité ont pu décider d’engager un projet sur une vision partielle et partiale de la réalité qui engage toute l’humanité. La modélisation des entreprises humaines par la structure d’option permet de démontrer l’inanité économique de l’hypothèse d’une information optimale de l’offre par la demande dans le prix. L’option nucléaire de Fukushima fournit un exemple du principe de falsification que contient intrinsèquement le capitalisme libertarien contemporain ignorant la définition délibérative du bien commun.Le résultat de l’option de Fukushima est l’incommensurable moins-value de la pollution radioactive engendrée par la perte d’intégrité physique de la centrale. Le prix promis de la production électrique de cette centrale se révèle faux. Les spécifications techniques, les contrôles et les procédures de sauvegarde qui constituaient le nominal de l’option ne remplissent pas l’objectif de sécurité vendu à l’origine de la centrale. Tout l’argent investi dans la centrale de son origine à sa destruction ne couvre pas la perte de valeur finalement obtenue. La prime investie depuis l’origine du projet a été calculée pour une rentabilité théorique qui ne préservait pas vraiment la valeur humaine. La perte occasionnée est supportée par la société japonaise tout entière et par toutes les victimes inconnues de la catastrophe.
On objectera que ce qui est arrivé n’était pas prévisible et ne pouvait pas être évité. Peut-être. Mais tout n’a pas été fait pour minimiser dans le réel les conditions de probabilité d’une tragédie. Si la nature optionnelle de la valeur économique avait été assumée, le projet de Fukushima aurait été conduit autrement. Toutes les causes du prix réel de l’électricité de cette centrale-là auraient été cotées sur un marché d’options humaines. Toute l’information nécessaire à une décision éclairée aurait été inventoriée, discutée, appréciée et perpétuellement réévaluée pour contenir le projet dans un canal de responsabilité effective de la valeur produite dans la valeur attendue. La réalité n’aurait pas été déterminée par le prix d’intérêts particuliers mais par la valeur universelle d’un objectif de production électrique au prix opté par tous ceux qui en assument le risque.
Savoir transformable en valeur
Le mode actuel de décision capitaliste repose sur une liberté de marché fantasmée par des individus mal associés. La liberté limitée aux détenteurs autoproclamés du capital est vouée à s’échouer sur la réalité universelle qu’elle ne peut réduire. Ce système de décision prétend limiter la mesure des biens aux prix nominaux négociés à l’intérieur d’une oligarchie d’un savoir confiné. Les sujets d’intelligence, de volonté et de choix ne sont pas identifiables ni consultés à l’extérieur de l’oligarchie enfermée dans ses limites. La prime des options prises par les sachants et les puissants n’est pas librement négociable. Le savoir et la puissance ne sont pas vérifiables par des savoirs et des potentiels humains différents. Celui qui croit à la justesse d’une option ne peut en acheter la prime. Celui qui voit une erreur potentielle ne peut s’en prémunir en vendant la prime.Ce capitalisme libertarien anticipe des prix nominaux sur l’hypothèse invérifiable du bien représentable par quelques-uns. Il ne capitalise pas les primes d’option de toutes les causes possibles d’un bien commun infini a priori. Le développement exponentiel des produits dérivés sur les trente dernières années montre l’extraordinaire fertilité de l’intelligence humaine à modéliser les réels possibles pour en anticiper le prix. Mais si les possibilités du réel ne sont pas clairement exposées et accessibles à l’ensemble de ses sujets, le prix nominal établit un privilège de valeur. La réalité devient un bénéfice restreint à quelques-uns alors que les pertes d’anticipation retombent sur tous. Si l’économie de la réalité possible est délibérément exposée à l’analyse ouverte de toute intelligence, le choix du prix nominal repose sur l’information la plus élargie de l’intérêt à faire et consommer ; une information qui ne soit pas exclusive de l’intérêt à ne pas faire pour ne pas mettre la vie personnelle en danger.
Si la capitalisation du prix de la valeur projetée est fondée sur des primes d’option de la réalité nommée sans exclusive, elle pose des limites de réalité objective au nominalisme politique, juridique, scientifique et financier. Appliqué au développement d’une centrale nucléaire, l’évaluation optionnelle du projet part des premiers plans jusqu’au démantèlement complet des installations après utilisation. Le prix d’une centrale nucléaire implique que la technologie qu’elle emploie soit décrite et déposée. Les ingénieurs qui croient à l’application de la technologie dans un projet identifié en garantissent l’exécution en touchant la prime d’option tandis que les ingénieurs qui croient à la surestimation de la valeur des plans vendent la même prime en tant qu’assurance du prix de la moins-value qu’ils anticipent.
Option de réalisation de la valeur nommée
Une même prime rémunère une réalisation pour son vendeur, ou bien l’incertitude du prix réel à terme pour son acheteur ; la prime représente le prix du risque, c’est à dire la possibilité de réalisation ou de non-réalisation du prix aux échéances définies. La certification technologique de valeur des plans déposés n’a de sens qu’à travers les théories scientifiques qui les sous-tendent et à travers les normes du vivre ensemble qui structurent l’élaboration et l’application concrète des théories. La loi légale nomme les normes du vivre ensemble qui produisent les lois scientifiques qui rendent la réalité transformable. L’optionalité d’une technologie est elle-même réduite, rationnellement nommée, par l’optionalité des conditions de son application. Les scientifiques achètent la prime des ingénieurs qui couvrent l’option des technologies employées ; la société politique achète la prime de la science produite, enseignée et évaluée par ses applications concrètes.La fiscalité et les prélèvements d’assurance de la société politique sont des primes de valeur de l’agence économique dans l’État de droit. Tout citoyen est protégé par la prime publique à remplir ses engagements économiques. Les primes fiscales et sociales financent la régulation par production d’un cadre humain de renégociation permanente des primes d’option ; les primes publiques sont investies dans l’intégrité de jugement des agents économiques et dans la réparation des pertes de valeur non portées des engagements nominatifs. La finalité de l’État de droit est d’assurer l’universalité de la valeur de l’option de continuité sociale entre le prix de la réalité effectuée, la nomination de cette réalité et la réparation des erreurs de réalisation des promesses de prix.
La négociation transparente à toute personne des options de prix de tout objet garantit une réalité présente et permanente à l’annonce de toute valeur en monnaie. La monétisation du prix est l’engagement en droit d’une option de réalité nommée au présent dans la prime et nommée à l’échéance de l’option sous le prix nominal d’une livraison conforme à la promesse d’origine. Par le paiement de la prime, la société exige la réalité de la valeur anticipée par l’engagement d’un vendeur du nominal déposé dans le marché. L’achat obligatoire de la prime de tout objet intéresse toute la société à développer sa connaissance de la réalité afin de transformer les primes réglées en plus-value de prudence. Les prix nominaux sont garantis par le savoir personnellement engagé de réalité. La plus-value est subordonnée à la vérification du savoir par la démocratie des personnes.
Monnaie de droit humain accompli
La validation du savoir transformé par l’option à agir induit la métamorphose de la monnaie. Le signe monétaire n’est plus seulement une représentation de la possibilité du prix et du calcul de la valeur mais l’engagement réel de reconnaissance des personnes dans une société politique identifiable et responsable. L’émission monétaire sous-jacente à l’option du prix est conditionnée par l’application d’une loi de souveraineté. Entre des souverainetés différentes, la valeur de la Loi applicable doit être mesurable par une convertibilité légale de monnaies de nationalités différentes. Un prix dans une monnaie doit avoir valeur légale dans une autre monnaie par l’optionalité garantie du change. Et la prime de la Loi dans une monnaie doit être légalement calculable hors d’une loi nationale particulière. Une société de droit qui nomme, négocie, anticipe et garantit tout ce qu’elle produit est obligée de se garantir elle-même. Tout étranger manifeste son intérêt à investir et tirer un bénéfice personnel de la valeur réelle d’une nationalité en achetant la prime de change dans une monnaie internationale ou en vendant des actifs dans la monnaie nationale.Si la logique d’information des objets de valeur par la nomination en droit, en prix et en prime de la réalité future, garantit la valeur universelle d’une transaction à l’intérieur d’une souveraineté nationale, elle la garantit tout autant à l’extérieur. A la condition d’une négociation de l’option de change du prix de la monnaie nationale dans les mêmes règles de transparence adoptées par les nationaux ; à la condition donc d’un marché international d’option où toute transaction en monnaie nationale soit convertible en monnaie internationale garantie par l’achat effectif de la prime de change. La continuité financière entre la réalité, le droit et les engagements économiques à l’intérieur d’une souveraineté s’étend par la monnaie internationale à n’importe quelle autre souveraineté engagée dans le principe de réalité du prix par l’option du droit des personnes.
L’option négociable dans un marché d’égalité des droits entre personnes est un puissant outil de définition de la réalité, de réalisation du droit à produire et de reconnaissance des sujets de la valeur universelle. Fondée sur la responsabilité intelligente de toute personne conviée sans réserve à la transformation du réel effectivement demandée par la société politique, l’option mobilise la seule ressource humaine qui puisse réduire la complexité d’un univers partiellement perceptible, partiellement libre de la volonté humaine, partiellement intelligible et partiellement explorée. L’homme sait depuis qu’il s’est engagé dans la civilisation qu’il ne peut servir à la fois son humanité et l’argent. S’il accapare la matérialité de la monnaie pour lui-même, il détruit la société qui le relie à la réalité.
Ethique monétaire
L’argent est bien la réalité économique quantifiée de la relation de transformation du monde par l’homme ; il est impossible de ne pas détruire l’homme et le monde sans séparer à l’intérieur de la monnaie, la matière de valeur, l’intelligence de transformation, la finalité du calcul économique et la mesure effective de la réalité. Toute confusion des différents prix détruit l’anticipation humainement vraie de la réalité. Il est impossible d’opérer la distinction monétaire des vraies causes de la valeur sans l’option discutable dans la démocratie. Sans le marché ouvert des options des causes du prix, la ploutocratie élimine la discussion du futur. Fukushima est la conséquence ultime de la finance qui perd l’homme dans le calcul individualiste. Combien faut-il de vies sacrifiées pour instaurer la responsabilité politique et financière de la personne ?SOURCE : pauljorion.com
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dimanche 20 février 2011
Entrevista a Anselm Jappe
Entrevista a Anselm Jappe en el dossier dedicado al decrecimiento en El Viejo Topo.
¿A qué atribuye usted el “boom” del discurso sobre el decrecimiento?
En realidad, la parte del público que actualmente es sensible al discurso del decrecimiento es aún bastante restringido. Sin embargo, esta parte está creciendo. Ello refleja una toma de conciencia frente a los desarrollos más importantes de los últimos decenios: sobre todo la evidencia que el desarrollo del capitalismo nos arrastra hacia una catástrofe ecológica y que no serán unos nuevos filtros o unos coches menos contaminantes los que resolverán el problema. Hay un recelo difuso incluso respecto a la idea de que un desarrollo económico perpetuo sea deseable y al mismo tiempo una insatisfacción con las críticas al capitalismo que reprochan esencialmente su distribución injusta de la riqueza o solamente sus excesos, como las guerras y las violaciones de los “derechos humanos”. El interés por el concepto de decrecimiento traduce la impresión creciente de que es toda la dirección del viaje emprendido por nuestra sociedad la que es falsa, por lo menos desde hace unos decenios. Y que estamos ante una “crisis de civilización”, de todos sus valores, también en el nivel de la vida cotidiana (culto al consumo, la rapidez, la tecnología etc.).
Hemos entrado en una crisis que es económica, ecológica y energética al mismo tiempo y el discurso sobre el decrecimiento considera todos estos factores en su interacción en vez de querer reactivar el crecimiento con “tecnologías verdes”, como lo hace una parte del ecologismo, o de proponer una gestión diferente de la sociedad industrial, como lo hace una parte de la critica heredera del marxismo.
El decrecimiento gusta también porque propone modelos de comportamiento individual que se pueden empezar a practicar hoy y aquí, pero sin limitarse a ellos, y porque redescubre virtudes esenciales como la convivialidad, la generosidad la sencillez voluntaria y la donación. Pero atrae igualmente por su rostro amable, que hace creer que se puede alcanzar un cambio radical con un consenso generalizado, sin atravesar antagonismos y evitando fuertes enfrentamientos. Se trata de un reformismo que se quiere auténticamente radical.
¿Cómo se sitúa usted en relación con los debates decrecentistas? ¿Le convencen sus análisis y propuestas?
El pensamiento del decrecimiento tiene sin duda el mérito de querer romper con el productivismo y el economicismo que constituyeron durante mucho tiempo el fondo común de la sociedad burguesa y de su crítica marxista.
La crítica profunda del modo de vida capitalista parece estar, en general, más presente en los decrecentistas que, por ejemplo, en los partidarios del neo-obrerismo, que continúan creyendo que el desarrollo de las fuerzas productivas (particularmente en su forma informática) conducirá a la emancipación social. Los decrecentistas intentan descubrir elementos de una sociedad mejor en la vida de hoy — a menudo procedentes de la herencia de sociedades precapitalistas, como la actitud frente a la donación. Pues no corren el riesgo, como otros, de apostar por perseguir la descomposición de todas las formas de vida tradicionales y la barbarie que supuestamente prepare un renacimiento milagroso (como por ejemplo la revista Tiqqun y sus sucesores en Francia). EI problema es que los teóricos del decrecimiento se pierden en vaguedades en lo que concierne a las causas de la dinámica del crecimiento.
En su crítica de la economía política, Marx ya ha mostrado que la sustitución de la fuerza de trabajo humano por el empleo de la tecnología reduce el “valor” representado en la mercancía, lo que empuja al capitalismo a aumentar permanentemente la producción. Son las categorías básicas del capitalismo — el trabajo en abstracto, el valor, la mercancía, el dinero, que no pertenecen en absoluto a todo modo de producción, sino únicamente al capitalismo — las que engendran su ciego dinamismo. Más allá del límite externo, constituido por el agotamiento de los recursos, el sistema capitalista contiene desde su inicio un límite interno: la obligación de reducir — a causa de la competencia — el trabajo vivo que constituye al mismo tiempo la única fuente del valor. Desde hace unos decenios este límite parece haber sido alcanzado y la producción del valor “real” fue ampliamente sustituido por su simulación en la esfera financiera. Además, los límites externo e interno empezaban a aparecer a plena luz en el mismo momento: alrededor de 1970. La obligación de crecer es pues consustancial con el capitalismo. El capitalismo solamente puede existir como huida hacia delante y como crecimiento material perpetuo para compensar la disminución del valor. Así, un decrecimiento verdadero solamente es posible a costa de una ruptura total con la producción de mercancías y del dinero. Pero los “decrecentistas” retroceden generalmente ante esta consecuencia que les puede parecer demasiado “utópica”. Algunos se han adscrito al eslogan: “salir de la economía”. Pero la mayoría permanece en el marco de una “ciencia económica alternativa y parece creer que la tiranía del crecimiento es solamente una especie de malentendido que se podría atacar sistemáticamente a fuerza de coloquios científicos que discuten sobre la mejor manera de calcular el PIB.
Muchos decrecentistas caen en la trampa de la política tradicional y quieren participar en las elecciones o entregan cartas firmadas dirigidas a parlamentarios. A veces incluso es el suyo un discurso un poco “snob’ con el que los ricos burgueses aplacan su sentimiento de culpa recuperando ostensiblemente las verduras desechadas al cierre del mercado. Y si la voluntad de eludir la división entre izquierda y derecha puede parecer inevitable, hay que preguntarse por qué la “Nueva Derecha” ha mostrado interés por el decrecimiento, así como preguntarse por el riesgo de caer en una apología acrítica de sociedades “tradicionales” en el Sur del mundo.
En pocas palabras, diría que el discurso de los decrecentistas me parece más prometedor que muchas otras formas de la crítica social contemporánea, pero aún queda mucho que desarrollar y sobre todo deben perder sus ilusiones sobre la posibilidad de domesticar a la bestia capitalista sólo con buena voluntad.
Ha mencionado unos puntos débiles y otros positivos en la teoría del decrecimiento. Pero, ¿no testimonia el eslogan “salir de la economía” una cierta ignorancia de la dificultad de crear islotes de decrecimiento en el capitalismo? Otras formas de la crítica social contemporánea saben de los procesos contradictorios dentro de las sociedades capitalistas y de la importancia de las luchas sociales, un aspecto que parece subvalorado en el discurso decrecentista. ¿Lo cree así?
Hay una cierta necedad en creer que el decrecimiento podría convertirse en la política oficial de la Comisión Europea o algo parecido. Un “capitalismo decreciente” sería una contradicción en los términos, tan imposible como un “capitalismo ecológico”. Si el decrecimiento no quiere reducirse a acompañar y justificar el ”creciente” empobrecimiento de la sociedad — y este riesgo es real: una retórica de la frugalidad podría dorar la píldora a los nuevos pobres (que pueden llegar a tener que hurgar en el cubo de la basura) y transformar lo que es una imposición en una apariencia de elección – tiene que prepararse para los enfrentamientos y los antagonismos. Pero estos antagonismos no coinciden ya con los tradicionales, constituidos por la “lucha de clases”.
Una superación necesaria del paradigma productivista - y de los modos de vida correspondientes - encontrará resistencia en todos los sectores sociales. Una parte de las “luchas sociales” actuales en todo el mundo, es esencialmente la lucha por el acceso a la riqueza capitalista, sin cuestionar el carácter de esta supuesta riqueza. Un trabajador chino o indio tiene mil razones para reivindicar un mejor salario, pero si lo recibe se comprará probablemente un coche y contribuirá así al “crecimiento” y a sus consecuencias nefastas en los terrenos ecológico y social. Esperemos que las luchas para mejorar la situación de los explotados y de los oprimidos se desarrollen simultáneamente con esfuerzos para superar el modelo social fundado en un consumo individual excesivo. Quizás ciertos movimientos de campesinos en el Sur del mundo van ya en esta dirección, sobre todo si recuperan ciertos elementos de las sociedades tradicionales como la propiedad colectiva de la tierra, o la existencia de formas de reconocimiento del individuo que no están relacionadas con su fortuna en el mercado.
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mardi 15 février 2011
SUR LA PARAPLÉGIE DE LA PENSÉE & LE BIOTOPE UNIVERSITAIRE
"...Parce que Foucault avait une visée non seulement scientifique mais aussi émancipatrice, et parce qu'il s'adressait à un large public, au-delà de ce qu'il nommait "la grande confrérie de l'érudition inutile", un livre difficile comme Les Mots et les Choses (1966) s'écoula à plus de 20 000 exemplaires en quelques mois.
Une telle diffusion serait inimaginable aujourd'hui, tant l'époque est défavorable aux esprits dissidents, martèle Lagasnerie. Car, depuis une vingtaine d'années, tranche-t-il, le renforcement de la spécialisation et des cadres disciplinaires a instauré une "recherche fermée sur elle-même, concentrée sur des enjeux strictement internes, qui ne se soucie aucunement des effets qu'elle serait susceptible de produire, ni des publics qu'elle pourrait rencontrer - et qui, par conséquent, n'est lisible qu'à l'intérieur de l'Université". Selon lui, ce repli n'est pas seulement la conséquence des attaques dont le monde académique est la cible : il a été "construit, institué, souhaité par les universitaires eux-mêmes". Il paraît aussi inséparable d'une certaine pratique de l'enseignement et du recrutement, obsédée par la séparation radicale entre les professionnels et les profanes, les savants et les amateurs, bref les gens sérieux et les autres. Jusqu'à un certain point, admet Lagasnerie, cette distinction permet de faire barrage aux mauvais essayistes et aux gros malins. Mais le prix à payer, souffle-t-il, c'est souvent la prime à la routine, au conformisme, à la médiocrité..."
Extrait de l'article intéressant de Jean Birnbaum dans "le Monde"
Lire l'intégralité :http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/13/grandeur-et-misere-du-debat-intellectuel_1465011_3260.html
>>>>>>>>>>>>>>
L'ouvrage de Geoffroy de Lagasnerie peut se lire de deux façons. A froid, il s’agit de la réflexion d’un sociologue sur les conditions propices à l’innovation intellectuelle. Lagasnerie part de Bourdieu et de son homo academicus : l’universitaire qui, ayant accédé à sa position sociale par sa maîtrise d’un savoir académique, s’emploie à perpétuer celui-ci. Au contraire, l’homo non-academicus (ou encore : l’inventeur, le créateur, l’hérétique) s’émancipe des dogmes en se plaçant (plus ou moins) en marge de l’institution. Ce fut le cas de Sartre, Barthes, Foucault, Deleuze, et le constat pourrait inciter à la nostalgie. Lagasnerie préfère y puiser les arguments pour dénoncer la soumission volontaire des chercheurs d’aujourd’hui à l’ordre académique. Un pamphlet contre «l’idéologie de la recherche», de l’obsession de l’entre-soi, de la peur du jugement extérieur : c’est l’autre dimension de cet essai.
Lire l'intégralité :http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/13/grandeur-et-misere-du-debat-intellectuel_1465011_3260.html
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L'ouvrage de Geoffroy de Lagasnerie peut se lire de deux façons. A froid, il s’agit de la réflexion d’un sociologue sur les conditions propices à l’innovation intellectuelle. Lagasnerie part de Bourdieu et de son homo academicus : l’universitaire qui, ayant accédé à sa position sociale par sa maîtrise d’un savoir académique, s’emploie à perpétuer celui-ci. Au contraire, l’homo non-academicus (ou encore : l’inventeur, le créateur, l’hérétique) s’émancipe des dogmes en se plaçant (plus ou moins) en marge de l’institution. Ce fut le cas de Sartre, Barthes, Foucault, Deleuze, et le constat pourrait inciter à la nostalgie. Lagasnerie préfère y puiser les arguments pour dénoncer la soumission volontaire des chercheurs d’aujourd’hui à l’ordre académique. Un pamphlet contre «l’idéologie de la recherche», de l’obsession de l’entre-soi, de la peur du jugement extérieur : c’est l’autre dimension de cet essai.
«J’étais en train d’écrire ce livre quand se sont développées les mobilisations contre la réforme de l’université. J’ai été frappé par l’inquiétante alliance entre toutes les fractions du monde de la recherche, de la droite dure à l’extrême gauche, pour dénoncer la menace que les projets du gouvernement feraient courir à l’autonomie du savoir, en soumettant l’université à des normes externes et donc réputées illégitimes : économiques, étatiques, politiques. On peut certes souscrire à cette défense de l’autonomie, mais on doit constater que les normes qu’elle brandissait sont tout aussi dangereuses pour la créativité, et que personne ne les critique jamais : professionnalisation, consolidation des cadres disciplinaires, évaluation par les pairs comme seule reconnaissance légitime… Autant de valeurs contre lesquelles se sont définis tous les penseurs qui ont compté des années 50 aux années 70, de Lévi-Strauss à Bourdieu et Derrida, et tous les lieux à l’époque atypiques qui les ont accueillis. Se souvient-on qu’en 1974 Michel Foucault souhaitait que son travail sur les systèmes disciplinaires puisse «servir à un éducateur, à un gardien, à un magistrat, à un objecteur de conscience» ? Quel chercheur aujourd’hui définirait son travail en affirmant qu’il écrit pour des gardiens de prison ? Depuis une vingtaine d’années s’est imposée une idéologie de la recherche obsédée par l’idée de maintenir une frontière entre l’interne et l’externe, les professionnels et les profanes… Or, cette frontière a pour effet de détruire l’idée même de s’adresser à d’autres publics et de construire sa pensée en interaction avec l’espace social.
«On peut déplorer la perte d’influence des intellectuels et regretter l’effervescence des années 70. Mais on doit rappeler que la fécondité et le retentissement de leurs travaux étaient liés à leur volonté d’inventer des modes d’écriture, des formes de pensée et des espaces de discussion qui faisaient voler en éclats les censures qu’exerce la définition académique de la recherche. Aujourd’hui, la plupart de ceux qui se réclament de l’héritage de Bourdieu, Foucault, Deleuze, Derrida s’attachent à faire régner un ordre universitaire au sein duquel leurs "héros" n’auraient pu développer leurs idées. Le mot "académique" était une injure dans les polémiques des années 70 ; c’est devenu un terme fortement valorisé. Ce qui fait rêver a changé : l’idéal du moi, ce n’est plus de devenir un intellectuel, mais un "chercheur", c’est-à-dire l’intégration professionnelle dans la discipline, la publication dans des revues à comité de lecture (mais sans lecteurs)…
«Il est vrai que les penseurs des années 70 y ont leur part de responsabilité. Par exemple, quand ils se sont mis à critiquer le journalisme. L’enjeu était surtout de dénoncer la puissance médiatique des "nouveaux philosophes" et le pouvoir de la télévision. Mais il faut se garder de constituer ces énoncés stratégiques en dogmes, et l’on peut trouver chez eux beaucoup d’autres réflexions sur le journalisme comme instance alternative à l’université et permettant de faire émerger de nouvelles problématiques. D’ailleurs, de Barthes à Foucault, ces grands novateurs se sont appuyés sur la presse pour vaincre l’hostilité que leurs travaux rencontraient chez leurs pairs.
«La question du journalisme nous renvoie en fait à la question du public : pour qui écrit-on ? On ne peut ignorer le public et se plaindre que celui-ci vous ignore. Il me semble, à cet égard, que l’essayisme médiatique et l’idéologie de la recherche pour la recherche sont solidaires : chacun reste dans son monde, l’espace public pour le premier, l’université pour le second. La professionnalisation de la recherche laisse le champ libre aux essayistes, et fait donc le jeu de ce qu’elle prétend combattre. A l’inverse, les démarches authentiquement créatrices se définissent par leur souci de s’adresser à des publics hétérogènes, indéterminés et surtout à venir.»
Par ERIC AESCHIMANN (libération)
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