Extrait de Pierre Lance :
« Je présente dans ce livre les biographies très résumées de douze grands scientifiques et chercheurs contemporains, citoyens français ou ayant choisi la France pour seconde patrie (à l’exception du premier), tous convaincus à l’origine que le soi-disant « pays des droits de l’homme », qui était au XIXe siècle en tête de toutes les nations pour le nombre et la qualité des découvertes scientifiques et des inventions, ne pouvait qu’être la terre promise des chercheurs indépendants de toutes les disciplines.
Ce qu’ils ignoraient ou ne prévoyaient pas, c’est que la France jacobine allait devenir peu à peu au cours du XXe siècle une technocratie absolue dominée par les clergés scientistes, les réseaux scolastiques, les clans bureaucratiques, les pseudo-services publics et les groupes d’intérêts, et qu’il y serait désormais impossible à un chercheur indépendant de faire accepter ses travaux et ses découvertes, quelle que soit leur valeur, et même a fortiori si cette valeur s’avérait grande. »
5 Savants Maudits et Chercheurs Exclus par contrelapenseeunique
POUSSIÈRES
POUR
UN GOLEM FUTUR
SEULES LES RUINES
SONT VRAIES
PARCE QUE L'ARCHAÏQUE
DÉMYSTIFIE
LE CONTEMPORAIN
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jeudi 4 août 2011
Savants maudits et Chercheurs exclus
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jeudi 2 juin 2011
HISTORIA DE UNOS POBRES QUE SE CREIAN RICOS. IMBECILES.
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jeudi 24 mars 2011
FUKUSHIMA, SYMPTOME D’AGONIE, DEBORDEMENT DE COMPLEXITE
Imbrication humaine des causes
D’après les informations qui nous ont été données, le tremblement de terre du 11 mars au Japon a normalement déclenché la procédure de mise en sécurité de la centrale nucléaire de Fukushima. Puis le tsunami est arrivé et a noyé les pompes de secours de refroidissement des réacteurs. Pour une panne d’électricité, la vie de millions de gens est mise en danger et une portion inconnue du tout petit territoire japonais risque d’être stérilisée pour longtemps. Des faits naturels se conjuguent dans une catastrophe où les conséquences apparaissent disproportionnées aux actions subjectives qui ont été effectivement engagées ou qui pouvaient être engagées pour les éviter.La disproportion met en regard des pertes incalculables en vies humaines et en dégradation du milieu de vie avec un investissement et un objectif initiaux qui avaient un certain prix ; un investissement qui a « économisé » la vie humaine mais bien en deçà de ce qui avait été promis. Des options ont été prises à l’origine de la centrale électrique accidentée. Un projet avait été défini dans lequel un certain calcul faisait apparaître que l’électricité nucléaire à produire vaudrait globalement plus que les dépenses de conception, de construction et d’entretien sur toute la durée de vie de l’infrastructure. La comparaison du projet avec des modes alternatifs de production de la même quantité d’électricité, disponibles au même moment, avait laissé penser que le nucléaire rendrait la plus grande valeur. Le même objectif de production serait atteint à moindre coût avec les réacteurs de Fukushima. Mais que contenait vraiment l’objectif ?
En prix humain, la catastrophe en cours révèle une immense erreur de calcul. L’investissement et les coûts engagés jusqu’au tremblement de terre sont assimilables au versement d’une prime d’option dont le prix nominal a été le chiffre d’affaires encaissé par l’exploitant Tepco. L’échéance de l’option était la durée de vie prévisionnelle de la centrale électrique. Le contrat nominal sous-jacent au chiffre d’affaires prévisionnel était l’ensemble des normes techniques, sanitaires et politiques impliquées dans l’autorisation formelle publique à produire de l’électricité nucléaire. Tout le calcul financier à l’origine de la construction de la centrale s’est fondé sur une séparation politique normative de l’acceptable et de l’inacceptable ; et sur une anticipation de la disponibilité des techniques requises au respect des engagements pris. L’erreur de calcul bien apparente après la catastrophe se trouve donc dans la délimitation juridique même du civilement acceptable, donc dans l’évaluation des techniques propres à respecter les normes retenues et enfin dans l’effectivité des contrôles réalisés pour garantir le prix de revient anticipé de l’électricité produite.
Le risque de méconnaissance de la réalité
Le drame de Fukushima révèle une dimension tout à fait sous-estimée du risque des projets humains. Le risque n’est pas la seule imprécision des calculs financiers de rentabilité, c’est à dire la possibilité d’un prix de revient supérieur en fin de compte au prix de vente, mais le défaut d’identification des causes possibles de perte de valeur. Plus grave, les causes inconnues de non-valeur contiennent la possibilité de détruire l’homme lui-même ; de mettre fin à tout calcul. Plus grave encore : bien que l’homme connaisse depuis quelque temps sa capacité à s’autodétruire, il ne l’intègre pas dans ses anticipations d’erreur. Il n’a pas changé son mode de gouvernement qui consiste à laisser à quelques-uns la responsabilité d’engager la vie des autres sans avoir à répondre effectivement et concrètement d’intentions véritables ni des dégâts effectivement provoqués. Le coût humain des décisions engagées est arbitrairement pris en compte dans le calcul économique sans consultation ni information des personnes concernées.Les accidents nucléaires se succèdent pour confirmer l’inadaptation des cadres nationaux de réglementation, de normalisation et de contrôle de cette industrie à l’emprise des projets engagés. Des autorités nationales publiques et privées n’ont nulle part toute la compétence, l’indépendance et l’objectivité requises pour juger du prix réel de leurs projets. Si le Japon peut légitimement estimer qu’il ait un besoin justifié d’électricité nucléaire, il apparaît absurde après la catastrophe de Fukushima d’avoir construit des réacteurs en zone sismique exposée aux tsunamis. Il est tout aussi absurde du point de vue de la proximité géographique et économique que l’Allemagne et la France n’aient pas de politique nucléaire commune. La catastrophe de Tchernobyl et celle de Fukushima montrent qu’aucun gouvernement ni aucune nation, et encore moins une entreprise, ne peut avoir une appréciation humainement objective et juste de sa politique nucléaire.
Ni les individus, ni les collectivités aussi grandes soient-elles n’ont une appréciation fiable de leurs propres intérêts ni des intérêts des autres. Les externalités qui déterminent l’intérêt humain peuvent peser bien davantage que la rationalisation qu’il produit. Il est des enjeux, soit par l’universalité de leurs conséquences, soit par la complexité des technologies utilisées, soit par l’étendue de leur emprise sur le milieu de vie naturel, qui dépassent la compréhension que les regroupements d’hommes peuvent en avoir, fussent-ils particulièrement éclairés et clairvoyants. Une hypothèse fondatrice du capitalisme libertarien actuellement en vigueur est contredite par la catastrophe de Fukushima. Ni les individus, ni les collectivités ne sont capables dans leurs projets même avec toute la science humaine à portée de main d’anticiper et d’éviter des erreurs d’appréciation qui compromettent l’avenir de l’humanité tout entière.
Ontologie de l’erreur capitaliste
Par capitalisme, il faut entendre le sens étymologique de la valeur produite par la tête ou une combinaison de têtes. Par libertarien, il faut entendre le choix de reconnaître une valeur absolue à la liberté d’un seul ou de quelques-uns sans que les autres n’aient un avis à donner. Fukushima est un produit du capitalisme libertarien même dans le pays de la cohérence sociétale. Un seul pays, une seule technocratie, une seule entreprise, un seul ensemble de consommateurs d’électricité ont pu décider d’engager un projet sur une vision partielle et partiale de la réalité qui engage toute l’humanité. La modélisation des entreprises humaines par la structure d’option permet de démontrer l’inanité économique de l’hypothèse d’une information optimale de l’offre par la demande dans le prix. L’option nucléaire de Fukushima fournit un exemple du principe de falsification que contient intrinsèquement le capitalisme libertarien contemporain ignorant la définition délibérative du bien commun.Le résultat de l’option de Fukushima est l’incommensurable moins-value de la pollution radioactive engendrée par la perte d’intégrité physique de la centrale. Le prix promis de la production électrique de cette centrale se révèle faux. Les spécifications techniques, les contrôles et les procédures de sauvegarde qui constituaient le nominal de l’option ne remplissent pas l’objectif de sécurité vendu à l’origine de la centrale. Tout l’argent investi dans la centrale de son origine à sa destruction ne couvre pas la perte de valeur finalement obtenue. La prime investie depuis l’origine du projet a été calculée pour une rentabilité théorique qui ne préservait pas vraiment la valeur humaine. La perte occasionnée est supportée par la société japonaise tout entière et par toutes les victimes inconnues de la catastrophe.
On objectera que ce qui est arrivé n’était pas prévisible et ne pouvait pas être évité. Peut-être. Mais tout n’a pas été fait pour minimiser dans le réel les conditions de probabilité d’une tragédie. Si la nature optionnelle de la valeur économique avait été assumée, le projet de Fukushima aurait été conduit autrement. Toutes les causes du prix réel de l’électricité de cette centrale-là auraient été cotées sur un marché d’options humaines. Toute l’information nécessaire à une décision éclairée aurait été inventoriée, discutée, appréciée et perpétuellement réévaluée pour contenir le projet dans un canal de responsabilité effective de la valeur produite dans la valeur attendue. La réalité n’aurait pas été déterminée par le prix d’intérêts particuliers mais par la valeur universelle d’un objectif de production électrique au prix opté par tous ceux qui en assument le risque.
Savoir transformable en valeur
Le mode actuel de décision capitaliste repose sur une liberté de marché fantasmée par des individus mal associés. La liberté limitée aux détenteurs autoproclamés du capital est vouée à s’échouer sur la réalité universelle qu’elle ne peut réduire. Ce système de décision prétend limiter la mesure des biens aux prix nominaux négociés à l’intérieur d’une oligarchie d’un savoir confiné. Les sujets d’intelligence, de volonté et de choix ne sont pas identifiables ni consultés à l’extérieur de l’oligarchie enfermée dans ses limites. La prime des options prises par les sachants et les puissants n’est pas librement négociable. Le savoir et la puissance ne sont pas vérifiables par des savoirs et des potentiels humains différents. Celui qui croit à la justesse d’une option ne peut en acheter la prime. Celui qui voit une erreur potentielle ne peut s’en prémunir en vendant la prime.Ce capitalisme libertarien anticipe des prix nominaux sur l’hypothèse invérifiable du bien représentable par quelques-uns. Il ne capitalise pas les primes d’option de toutes les causes possibles d’un bien commun infini a priori. Le développement exponentiel des produits dérivés sur les trente dernières années montre l’extraordinaire fertilité de l’intelligence humaine à modéliser les réels possibles pour en anticiper le prix. Mais si les possibilités du réel ne sont pas clairement exposées et accessibles à l’ensemble de ses sujets, le prix nominal établit un privilège de valeur. La réalité devient un bénéfice restreint à quelques-uns alors que les pertes d’anticipation retombent sur tous. Si l’économie de la réalité possible est délibérément exposée à l’analyse ouverte de toute intelligence, le choix du prix nominal repose sur l’information la plus élargie de l’intérêt à faire et consommer ; une information qui ne soit pas exclusive de l’intérêt à ne pas faire pour ne pas mettre la vie personnelle en danger.
Si la capitalisation du prix de la valeur projetée est fondée sur des primes d’option de la réalité nommée sans exclusive, elle pose des limites de réalité objective au nominalisme politique, juridique, scientifique et financier. Appliqué au développement d’une centrale nucléaire, l’évaluation optionnelle du projet part des premiers plans jusqu’au démantèlement complet des installations après utilisation. Le prix d’une centrale nucléaire implique que la technologie qu’elle emploie soit décrite et déposée. Les ingénieurs qui croient à l’application de la technologie dans un projet identifié en garantissent l’exécution en touchant la prime d’option tandis que les ingénieurs qui croient à la surestimation de la valeur des plans vendent la même prime en tant qu’assurance du prix de la moins-value qu’ils anticipent.
Option de réalisation de la valeur nommée
Une même prime rémunère une réalisation pour son vendeur, ou bien l’incertitude du prix réel à terme pour son acheteur ; la prime représente le prix du risque, c’est à dire la possibilité de réalisation ou de non-réalisation du prix aux échéances définies. La certification technologique de valeur des plans déposés n’a de sens qu’à travers les théories scientifiques qui les sous-tendent et à travers les normes du vivre ensemble qui structurent l’élaboration et l’application concrète des théories. La loi légale nomme les normes du vivre ensemble qui produisent les lois scientifiques qui rendent la réalité transformable. L’optionalité d’une technologie est elle-même réduite, rationnellement nommée, par l’optionalité des conditions de son application. Les scientifiques achètent la prime des ingénieurs qui couvrent l’option des technologies employées ; la société politique achète la prime de la science produite, enseignée et évaluée par ses applications concrètes.La fiscalité et les prélèvements d’assurance de la société politique sont des primes de valeur de l’agence économique dans l’État de droit. Tout citoyen est protégé par la prime publique à remplir ses engagements économiques. Les primes fiscales et sociales financent la régulation par production d’un cadre humain de renégociation permanente des primes d’option ; les primes publiques sont investies dans l’intégrité de jugement des agents économiques et dans la réparation des pertes de valeur non portées des engagements nominatifs. La finalité de l’État de droit est d’assurer l’universalité de la valeur de l’option de continuité sociale entre le prix de la réalité effectuée, la nomination de cette réalité et la réparation des erreurs de réalisation des promesses de prix.
La négociation transparente à toute personne des options de prix de tout objet garantit une réalité présente et permanente à l’annonce de toute valeur en monnaie. La monétisation du prix est l’engagement en droit d’une option de réalité nommée au présent dans la prime et nommée à l’échéance de l’option sous le prix nominal d’une livraison conforme à la promesse d’origine. Par le paiement de la prime, la société exige la réalité de la valeur anticipée par l’engagement d’un vendeur du nominal déposé dans le marché. L’achat obligatoire de la prime de tout objet intéresse toute la société à développer sa connaissance de la réalité afin de transformer les primes réglées en plus-value de prudence. Les prix nominaux sont garantis par le savoir personnellement engagé de réalité. La plus-value est subordonnée à la vérification du savoir par la démocratie des personnes.
Monnaie de droit humain accompli
La validation du savoir transformé par l’option à agir induit la métamorphose de la monnaie. Le signe monétaire n’est plus seulement une représentation de la possibilité du prix et du calcul de la valeur mais l’engagement réel de reconnaissance des personnes dans une société politique identifiable et responsable. L’émission monétaire sous-jacente à l’option du prix est conditionnée par l’application d’une loi de souveraineté. Entre des souverainetés différentes, la valeur de la Loi applicable doit être mesurable par une convertibilité légale de monnaies de nationalités différentes. Un prix dans une monnaie doit avoir valeur légale dans une autre monnaie par l’optionalité garantie du change. Et la prime de la Loi dans une monnaie doit être légalement calculable hors d’une loi nationale particulière. Une société de droit qui nomme, négocie, anticipe et garantit tout ce qu’elle produit est obligée de se garantir elle-même. Tout étranger manifeste son intérêt à investir et tirer un bénéfice personnel de la valeur réelle d’une nationalité en achetant la prime de change dans une monnaie internationale ou en vendant des actifs dans la monnaie nationale.Si la logique d’information des objets de valeur par la nomination en droit, en prix et en prime de la réalité future, garantit la valeur universelle d’une transaction à l’intérieur d’une souveraineté nationale, elle la garantit tout autant à l’extérieur. A la condition d’une négociation de l’option de change du prix de la monnaie nationale dans les mêmes règles de transparence adoptées par les nationaux ; à la condition donc d’un marché international d’option où toute transaction en monnaie nationale soit convertible en monnaie internationale garantie par l’achat effectif de la prime de change. La continuité financière entre la réalité, le droit et les engagements économiques à l’intérieur d’une souveraineté s’étend par la monnaie internationale à n’importe quelle autre souveraineté engagée dans le principe de réalité du prix par l’option du droit des personnes.
L’option négociable dans un marché d’égalité des droits entre personnes est un puissant outil de définition de la réalité, de réalisation du droit à produire et de reconnaissance des sujets de la valeur universelle. Fondée sur la responsabilité intelligente de toute personne conviée sans réserve à la transformation du réel effectivement demandée par la société politique, l’option mobilise la seule ressource humaine qui puisse réduire la complexité d’un univers partiellement perceptible, partiellement libre de la volonté humaine, partiellement intelligible et partiellement explorée. L’homme sait depuis qu’il s’est engagé dans la civilisation qu’il ne peut servir à la fois son humanité et l’argent. S’il accapare la matérialité de la monnaie pour lui-même, il détruit la société qui le relie à la réalité.
Ethique monétaire
L’argent est bien la réalité économique quantifiée de la relation de transformation du monde par l’homme ; il est impossible de ne pas détruire l’homme et le monde sans séparer à l’intérieur de la monnaie, la matière de valeur, l’intelligence de transformation, la finalité du calcul économique et la mesure effective de la réalité. Toute confusion des différents prix détruit l’anticipation humainement vraie de la réalité. Il est impossible d’opérer la distinction monétaire des vraies causes de la valeur sans l’option discutable dans la démocratie. Sans le marché ouvert des options des causes du prix, la ploutocratie élimine la discussion du futur. Fukushima est la conséquence ultime de la finance qui perd l’homme dans le calcul individualiste. Combien faut-il de vies sacrifiées pour instaurer la responsabilité politique et financière de la personne ?SOURCE : pauljorion.com
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dimanche 28 novembre 2010
La Grande divergence de Kenneth Pomeranz
Recension parue dans Le Monde des livres :
Ce n’est qu’une affaire de temps, on nous l’a assez répété : l’hégémonie économique chinoise mettra fin à la suprématie occidentale. A lire Une grande divergence, la somme de l’historien américain Kenneth Pomeranz consacrée à la construction de l’économie mondiale depuis le XVIIIe siècle, le processus serait moins nouveau qu’il n’y paraît.S’inscrivant dans une perspective « à double sens », le brillant sinologue y compare les économies asiatique et européenne à la veille de la Révolution industrielle. Ses conclusions sont à la fois inattendues et audacieuses : certaines régions d’Asie et d’Europe avaient atteint, à la fin du XVIIIe siècle, un niveau de développement comparable. Comment expliquer alors la distance qui sépara les deux espaces par la suite, et pourquoi la révolution industrielle eut-elle lieu en Grande-Bretagne plutôt qu’en Chine ? Par une sorte de hasard écologique et conjoncturel, répond Pomeranz : la disponibilité des ressources en charbon et l’exploitation du Nouveau Monde sont les deux principaux phénomènes à l’origine de cette « grande divergence ».Enfin traduit en français, ce livre constitue l’une des contributions les plus novatrices à l’histoire économique récente. D’une immense qualité, dense et exigeant dans son contenu mais d’une exposition limpide, il éclaire les enjeux de l’équilibre économique mondial contemporain.Pomeranz n’est évidemment pas le premier à s’interroger sur les raisons de la suprématie occidentale. Depuis la fin du XIXe siècle, les sciences humaines n’ont eu de cesse de le faire. Nombreuses ont été les théories considérant que l’Europe « était porteuse d’un gène particulier, spécifique et surgi en son sein, de la réussite industrielle ». Mais aucune analyse n’a vraiment envisagé le phénomène à l’échelle globale : la plupart postulaient l’infériorité économique consubstantielle de l’Asie par rapport à l’Europe.Spécialiste de la Chine moderne, professeur d’histoire à l’Université de Californie, à Irvine, Pomeranz a été l’un des premiers à mener un travail d’analyse rigoureux consacré à des espaces économiques aussi éloignés que l’Asie et l’Europe. Son travail a provoqué d’innombrables débats dans le monde entier, car, comme le rappelle l’auteur dans une préface inédite, « que sont des travaux sur des thématiques aussi vastes que celle que j’aborde ici, sinon des moments dans un dialogue permanent ? ».C’est en partant du constat d’un « fossé injustifié entre nos façons de qualifier des phénomènes qui, aux deux extrémités de l’Eurasie, étaient de même nature » que Pomeranz entreprend de démontrer les similitudes et les points de convergence entre certaines « régions-centres » de l’Ancien Monde au XVIIIe siècle. Le delta du Yangzi en Chine, la plaine du Kantô au Japon, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Gujarat en Inde présentaient des « ressemblances étonnantes », en termes démographiques par exemple. La consommation de produits de luxe était « au moins aussi répandue parmi les diverses classes de Chinois et de Japonais que parmi les Européens ». La Chine importait toutes sortes de produits exotiques, perles d’Asie, lorgnons venus d’Occident et fourrures de Russie. En outre, l’Europe semblait moins efficace dans certains domaines considérés traditionnellement comme les facteurs du dynamisme économique, tels l’organisation des marchés et la division du travail. Ces différentes régions avaient donc atteint, à la fin du XVIIIe siècle, des limites comparables : elles étaient toutes « en marche vers un commun cul-de-sac « proto-industriel » où la production (…) parvenait tout juste à devancer la croissance démographique « .Dès lors, pourquoi l’Europe fut-elle le berceau de la révolution industrielle et pas la Chine ? D’abord, selon Pomeranz, la « chance » de la Grande-Bretagne fut de disposer d’importants gisements de charbon à proximité des lieux de l’activité économique, quand les ressources chinoises étaient éloignées des grandes régions de production. Au XIXe siècle, le combustible fossile joua donc le rôle de « substitut de la terre », au moment où on ne parvenait plus à accroître ses rendements. La seconde cause est à chercher dans l’exploitation de l’Amérique coloniale, riche de matières premières, et sans population pour les consommer. Selon lui, la croissance ne fut donc pas seulement endogène, mais rendue possible par des ressources extérieures. Enfin, insiste Pomeranz, ce n’est pas avant le milieu du XIXe siècle que l’Europe « devint cette monstruosité cousue d’or ». La divergence fut donc tardive.Ce livre constitue l’un des premiers ouvrages de référence de la global history (histoire globale ou mondiale), programme de recherche séduisant mais dont la mise en oeuvre n’est pas toujours aisée. Pomeranz montre tout l’intérêt de dépasser les cadres nationaux pour mener à bien le travail comparatiste, en choisissant d’étudier des « régions-centres ». Cette optique transnationale invite à considérer un monde décloisonné et une histoire décentrée, qui ne fait ni de l’Europe ni de la Chine le coeur des processus historiques. C’est en abordant une pluralité d’espaces que l’historien met en perspective des réalités jusqu’alors déconnectées.En refusant de postuler la supériorité des valeurs européennes, et en particulier une « opposition théorique entre souverains tempérés (d’Occident) et absolus (d’Orient) », Pomeranz n’écarte pas pour autant les explications culturelles ou politiques. Mais il balaie définitivement le grand roman d’un Occident éclairé contre le reste du monde obscurantiste et inadapté à la modernité. La thèse, nécessairement simplifiée ici, est d’une infinie richesse, et envisage le processus historique et économique dans toute sa complexité.
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