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mardi 6 décembre 2011

Un exemple de Contre-terrorisme commerciale

Cher Monsieur,
Je vous écris pour vous remercier d’avoir refusé le chèque qui m’aurait permis de payer le plombier le mois dernier. Selon mes calculs, trois microsecondes se sont écoulées entre la présentation du chèque et l’arrivée sur mon compte des fonds nécessaires à son paiement.
Je fais référence, évidemment, au dépôt mensuel automatique de ma pension, une procédure qui, je dois l’admettre, n’a cours que depuis huit ans.
Il me faut d’ailleurs vous féliciter d’avoir saisi cette fugace occasion et débiter mon compte des 30 Euros de frais pour le désagrément causé à votre banque.
Ma gratitude est d’autant plus grande que cet incident m’a incité à revoir la gestion de mes finances.
J’ai remarqué qu’alors que je réponds personnellement à vos appels téléphoniques et vos lettres, je suis en retour confrontée à l’entité impersonnelle, exigeante, programmée, qu’est devenue votre banque.
A partir d’aujourd’hui, je décide de ne négocier qu’avec une personne de chair et d’os.
Les mensualités du prêt hypothécaire ne seront dorénavant plus automatiques mais arriveront à votre banque par chèques adressés personnellement et confidentiellement à un(e) employé(e) de votre banque que je devrai donc sélectionner.
Soyez averti que toute autre personne ouvrant un tel pli consiste en une infraction au règlement postal.
Vous trouverez ci-joint un formulaire de candidature que je demanderai à l’employé(e) désigné(e) de remplir. Il comporte huit pages, j’en suis désolée, mais pour que j’en sache autant
sur cet employé(e) que votre banque en sait sur moi, il n’y a pas d’alternative.
Veuillez noter que toutes les pages de son dossier médical doivent être contresignées par un notaire, et que les détails obligatoires sur sa situation financière (revenus, dettes, capitaux, obligations) doivent s’accompagner des documents concernés.
Ensuite, à MA convenance, je fournirai à votre employé(e) un code PIN qu’il/elle devra révéler à chaque rendez- vous. Il est regrettable que ce code ne puisse comporter moins de 28 chiffres mais, encore une fois, j’ai pris exemple sur le nombre de touches que je dois presser pour avoir accès aux services téléphoniques de votre banque.
Comme on dit : l’imitation est une flatterie des plus sincères. Laissez-moi développer cette procédure. Lorsque vous me téléphonez, pressez les touches comme suit :
Immédiatement après avoir composé le numéro, veuillez presser l’étoile (*) pour sélectionner votre langue ensuite
Le 1 pour prendre rendez-vous avec moi
Le 2 pour toute question concernant un retard de paiement
Le 3 pour transférer l’appel au salon au cas où j’y serais
Le 4 pour transférer l’appel à la chambre à coucher au cas où je dormirais
Le 5 pour transférer l’appel aux toilettes au cas où………….. …
Le 6 pour transférer l’appel à mon GSM si je ne suis pas à la maison
Le 7 pour laisser un message sur mon PC. Un mot de passe est nécessaire. Ce mot de passe sera communiqué à une date ultérieure à la personne de contact autorisée mentionnée plus tôt.
Le 8 pour retourner au menu principal et écouter à nouveau les options de 1 à 7
Le 9 pour toute question ou plainte d’aspect général. Le contact sera alors mis en attente, au bon soin de mon répondeur automatique.
Le 10, à nouveau pour sélectionner la langue. Ceci peut augmenter l’attente mais une musique inspirante sera jouée durant ce laps de temps.
Malheureusement, mais toujours suivant votre exemple, je devrai infliger le prélèvement de frais pour couvrir l’installation du matériel utile à ce nouvel arrangement.
Puis-je néanmoins vous souhaiter une heureuse, bien que très légèrement moins prospère, nouvelle année ?
Respectueusement, Votre humble cliente.

dimanche 25 septembre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

Il n’y a pas que les Etats qui réduisent violemment la voilure, les grands groupes aussi à l'image de VEOLIA (voir le paragraphe « accélération du recentrage des opérations du groupe », ça a l’air anodin mais c’est du brutal).


 Avant il fallait diversifier, maintenant il faut recentrer.
 
C’est beau la foi.

vendredi 23 septembre 2011

AMERIKA IS ADRIFT (Un scénario de tragédie grecque qui finit par susciter la compassion)

SOURCE :  DEDEFENSA


Il est entendu, comme nos lecteurs le savent, que nous tenons pour particulièrement essentiel les constats de “climat” et d’“humeur” des situations, très souvent bien plus que les faits dont on connaît l'extrême relativité. Cela est singulièrement vrai, au-delà de tout précédent, dans une époque où le système de la communication tient une place prépondérante dans l’expression et le déplacement des courants également essentiels de notre époque, pour exprimer les puissances en jeu. C’est pour cette raison que nous accordons une place importante à ce texte de Harlan K. Ullman, du 21 septembre 2011 (sur UPI et Spacewar.com) ; parce que Ullman est une de nos références pour bien nous faire sentir et mesurer l ‘évolution du “climat” et de l’“humeur”, c’est-à-dire l’évolution de la marque et de la pression sur la psychologie de l’évolution des événements, et la perception qu’on en a ; parce que Ullman, à plus d’une reprise, a montré, par ses analyses, qu’il ressentait assez justement l’évolution de grandes tendances et événements qui sortent des références-Système habituelles pour rendre compte de la vérité de la situation. C’est lui, notamment, qui a bien défini cette “politique de l’idéologie et de l’instinct” du Système à laquelle nous nous référons souvent. 

(Cela ne signifie pas du tout que Ullman soit un critique du Système, encore moins un “dissident” ; au contraire, il est un représentant “honorable” de cette “élite” qui sert le Système, et l’américanisme dans ce cas. Mais il se trouve qu’il est évidemment plus lucide que nombre de ses pairs et, pour cette raison, il est conduit à des considérations plus proches de la vérité de l’état du Système ; conscient de l’urgence de la situation, il n’hésite pas à exposer ces considérations et il devient ainsi, nous dirions “objectivement” et sans porter de jugement sur lui, une source précieuse pour comprendre la véritable situation du Système.) 

Dans sa chronique, Ullman développe un constat : l’Amérique n’est plus respectée. Il cite diverses circonstances, que ce soit la façon à la limite de l’agacement et du mépris avec laquelle les Européens ont accueilli les conseils du secrétaire au trésor Geithner pour la crise de l’euro, l’impression catastrophique causée par la crise puis l’accord de la dette du gouvernement à Washington, la position en retrait des USA dans l’affaire libyenne (le fameux et pathétique “leading from behind” d’Obama), l’isolement et la perte d’autorité US dans l’affaire de la reconnaissance de l’Etat palestinien, la perception d’un état de crise chronique de la puissance US au niveau intérieur (économie) et extérieur (situation de l’OTAN, Afghanistan, etc.). Ullman ajoute un aspect fort peu rendu public de la récente série d’attaques effectuées contre les “institutions” US et de l’OTAN à Kaboul, qu’il attribue à une influence, sinon une intervention quasiment directe d’éléments pakistanais chez les talibans, signifiant par là que le Pakistan s’implique directement dans une politique d’intervention anti-US en Afghanistan. Il nomme cela “irrespect” pour la puissance US, ce qu’on pourrait traduire par un signe de plus de notre diagnostic d’effondrement : «A final example of disrespect, senior U.S. officials say that last week's attacks attributed to the Haqqani network against military and diplomatic headquarters in Kabul were a signal to the United States of the reach of certain elements in Pakistan to affect events in Afghanistan.» 

mercredi 7 septembre 2011

EXTRAIT DE L'IMPRÉCATEUR (1974)

McGanter prit mes mains entre les siennes. Elles étaient rondes, blanches et grasses :
- Vous savez, reprit-il, il est exact que j’ai passé la plus grande partie de ma vie à faire du profit, à rechercher de nouveaux marchés, à fabriquer de plus en plus ; mais, depuis quelques années, si je veille toujours à notre cash-flow, c’est avant tout pour que mes actionnaires me fichent la paix, qu’ils soient rassurés, fiers, et qu’ils n’exigent pas de trop forts dividendes ; moi, ce qui m’intéresse maintenant, c’est la puissance.
- Le pouvoir de l’argent, dis-je.
- Non, non, pas le pouvoir de l’argent, répliqua McGanter avec vivacité ; si vous saviez la jouissance extrême que me procure cette accusation que le monde porte contre moi : vous avez renversé le régime démocratique chilien! C’est ça le pouvoir, c’est ça, la vraie puissance : créer des crises économiques et monétaires, favoriser l’armement de telle ou telle nation, les lancer ensuite les unes contre les autres, ça c’est un pouvoir que l’argent ne suffit pas à donner! Il y faut une organisation gigantesque, un façonnage des esprits, une mentalité de commando, que dis-je de commando, de croisé, de conquérant! Toutes ces conditions sont aujourd’hui réunies dans Rosserys & Mitchell-International ; nous ne sommes pas loin de dominer le monde ; il n’y a rien de commun entre moi et le pétrolier ou le banquier le plus riche du monde, même si nos intérêts sont évidemment étroitement imbriqués : eux sont puissants parce qu’ils sont riches, moi je suis puissant parce que le profit ne m’intéresse plus, parce que le jour viendra où moi ou mes successeurs nous obligerons les gouvernements à autoriser Rosserys & Mitchell à lever des armées!
- Lever des armées! m’exclamai-je, incrédule.
- Eh oui! ça vous étonne? Et pourtant vous verrez. Nos biens seront menacés partout dans le monde, car nous aurons suscité la haine et la jalousie des peuples ; aucun État, pas même l’État américain, n’aura les moyens ni la volonté de défendre ces biens quand ils seront attaqués ; voyez où nous a conduits la guerre du Viêt-nam! Imaginez que partout, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, nos biens soient attaqués, nos influences combattues, nos agents spéciaux assassinés ! Comment voulez-vous que les puissances occidentales, même unies, même coalisées, puissent défendre nos intérêts sur 60 ou 200 champs de bataille du type Viêt-nam ou Angola! Les moyens des Etats sont trop faibles et, de plus, les gouvernements ne seraient pas assez motivés car leurs peuples finiraient par exiger d’eux la paix, le retrait des troupes ; non, les démocraties occidentales sont incapables de nous défendre. Tandis que, si j’organise à l’échelle mondiale les moyens colossaux des trois ou quatre multinationales les plus puissantes, si j’arme des mercenaires sur place, si je fais combattre des Boliviens multinationaux bien payés contre des Boliviens nationaux traqués et squelettiques, si je dresse des régiments indonésiens contre les étudiants et les maquisards de la campagne de Djakarta, alors je gagne, alors je deviens le maître du monde, alors les gouvernements de l’Occident, libérés du souci guerrier, pourront calmer leurs peuples, s’occuper des lois sociales, de l’urbanisme, de la circulation. Thieu est un mauvais exemple au Viêt-nam du Sud : il est soutenu par le gouvernement américain, et, comme nous soutenons le gouvernement, on croit qu’on le soutient. Mais c’est faux. Je vous garantis que, si une coalition de multinationales soutenait Thieu, il aurait gagné, nous aurions gagné depuis longtemps. Simultanément, on aurait soutenu l’expansion chinoise, l’économie soviétique. L’erreur au Viêt-nam, c’est de soutenir Thieu parce qu’il n’est pas communiste ; ces querelles sont dépassées ; le critère du soutien, c’est la concordance des intérêts au service d’une hégémonie d’un type nouveau ; il faut parfois supprimer des régimes anticommunistes et soutenir des régimes communistes ; prenez Castro, je n’ai vraiment rien aujourd’hui contre Castro ; croyez-vous que j’aime la junte chilienne? Ce ne sont pas des criminels, ce sont des idiots ; une coalition de multinationales n’aurait sans doute pas soutenu la junte.
René-Victor Pilhes, L’imprécateur, Seuil (1974)

mardi 2 août 2011

La policia desaloja infosol y la acampada del paseo del prado (que viene el Papa-diablo!)

FUENTE : TOMA LA PLAZA

  • Para información al minuto: @acampadasol y el hashtag #nopararemos
  • Esta tarde daremos un paseo por Sol a las 20 horas. Esperamos veros allí
A las 6:30 horas de la mañana unas 50 lecheras (furgonetas) de la policía nacional han entrado en la Puerta del Sol y han rodeado los módulos de InfoSol. El objetivo era desalojar y no dejar ni rastro del punto de información que ha estado atendiendo a todas las personas interesadas en el Movimiento 15M desde la disolución de Acampada Sol.
Policía rodeando InfoSolSegún nos ha informado una de las personas de InfoSol que estaba despierta a la llegada de la policía, en ese momento había unas 22-23 personas que habían pasado la noche entre el barracón, la cocina y el módulo de enfermería.
Los agentes (mitad de la policía municipal y mitad de la nacional) han entrado “tranquilamente” y diciendo: “Ya está, hay que irse”. Les han dado 3 minutos para recoger sus cosas y salir.
Todas las salidas estaban bloqueadas por lecheras excepto la de la calle del Carmen, a donde se han dirigido quienes hacían noche en Sol.
Desalojo de Paseo del Prado
Un par de personas de InfoSol han acudido enseguida a Paseo del Prado ya que fue imposible comunicar con ellos. El tramo que va de la Plaza de Cibeles a la de Neptuno estaba repleto de lecheras. Esta vez, únicamente agentes de la policía nacional han desalojado a los acampados de Paseo del Prado. Destaca que llevaban casco, pero no iban vestidos de antidisturbios.
Según nos ha explicado el miembro de InfoSol, ha habido un enfrentamiento entre dos personas y la policía, pero el pacifismo ha reinado en general en ambos desalojos.
Este vídeo recoge el momento en que han desmantelado la cocina:
El vídeo ha sido grabado por un compañero que se encontraba durmiendo en el Paseo del Prado, en su blog puedes ver una crónica con más imágenes (en inglés). En los jardines del Prado permanecían acampadas algunas de las personas que han participado en la Marcha Popular Indignada y llegaron el pasado 23 de julio a Madrid desde distintos puntos del Estado. Se encuentran en Madrid realizando acciones reivindicativas como el apoyo a la comunidad vecinal de Puerta del Hierro.
Una operación de “limpieza” que no podrá borrar un movimiento
Esta operación se ha hecho de madrugada, en el mes de agosto, momento en que hay más personas de vacaciones fuera de Madrid. InfoSol es uno de los símbolos del movimiento ciudadano surgido después de la Acampada Sol. La información es un derecho de todas las personas, y en InfoSol se hacía eso, comunicar a las personas cómo podían participar de la conciencia global de pensamiento que se ha desatado con el Movimiento 15M.
Sol después del desalojo
Precisamente en la Asamblea General del domingo 31, la comisión de Infraestructuras informó de la intención de reducir el punto de información y la dimensión de los módulos. Ante la perspectiva de un posible desalojo los compañeros de InfoSol, días antes ya se habían llevado gran parte de los documentos que acumulaban en el barracón.
En la Puerta del Sol ya no queda ningún resto físico del punto de información. Durante toda la mañana ha habido una fuerte presencia policial en la plaza, se ha permitido la circulación de personas pero se ha impedido que se acercaran a los lugares en los que operarios del servicio de limpieza recogían los restos de InfoSol. También han retirado la placa de cemento que desde el pasado 12 de junio, día en que se levantó voluntariamente el grueso de la acampada, estaba colocada a los pies de la estatua de Carlos III con la inscripción “Dormíamos, despertamos. Plaza tomada”.

El Ayuntamiento de Madrid habla de “recogida de residuos”, pero la comisión de Legal de Acampada Sol recuerda que no se puede llamar residuo a un objeto del que su propietario no se ha desprendido voluntariamente y ha propuesto un modelo de formulario para reclamar la devolución del material intervenido.

Los compañeros de InfoSol, integrada por las comisiones de Información y Propuestas, se han reunido para planear los siguientes pasos. Acampada Sol celebrará una asamblea para continuar tomando decisiones comunes. El protocolo de desalojo de Acampada Sol, vigente desde los primeros días en la plaza, indica que en caso de desalojo volveremos el mismo día a las 8 de la tarde. Como venimos haciendo desde hace ya dos meses y medio, invitamos a todas las personas a hacer un uso responsable y consciente del espacio público. Nos vemos en la plaza.

Los servicios de limpieza nada más desalojar Sol

ÉLECTIONS, PIÈGE À CONS

Octave Mirbeau
Le Figaro, 28 novembre 1888
La grève des électeurs
Une chose m’étonne prodigieusement — j’oserai dire qu’elle me stupéfie — c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?
Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ? et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l’attendons.
Je comprends qu’un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l’Opéra-Comique des dilettanti, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s ‘obstinant à chercher des rimes ; je comprends tout. Mais qu’un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n’importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu’elle soit, trouve un électeur, c’est-à-dire 1′être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m’étais faites jusqu’ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin !
Il est bien entendu que je parle ici de l’électeur averti, convaincu, de l’électeur théoricien, de celui qui s’imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l’électeur « qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu’une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain. Sa souveraineté à celui-là, c’est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait. Mais les autres ?
Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu’ils se regardent et se disent : « Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d’hommes, et Baudry d’Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu’ils soient, n’ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur œuvre ? Comment peut-il arriver qu’il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l’y oblige, sans qu’on le paye ou sans qu’on le soûle ?
À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d’une volonté, à ce qu’on prétend, et qui s’en va, fier de son droit, assuré qu’il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu’il ait écrit dessus ?… Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ?
Qu’est-ce qu’il espère ? Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l’assomment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu’il voie, au travers d’un mirage, fleurir et s’épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat. Et c’est cela qui est véritablement effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.
Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu’un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l’écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu’il n’a qu’une raison d’être historique, c’est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.
Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.
Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.
Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C’est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve, car là où est l’homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est pas d’ailleurs, en son pouvoir de te donner. L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t’imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd’hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera. Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c’est-à-dire qu’ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n’as rien à y perdre, je t’en réponds ; et cela pourra t’amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d’aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.
Et s’il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t’aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n’accordes jamais qu’à l’audace cynique, à l’insulte et au mensonge.
Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.
Octave Mirbeau 1848-1917

dimanche 10 juillet 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (élections, pièges à cons!)

« Un parti se prouve comme le parti vainqueur seulement parce qu’il se scinde à son tour en deux parti. En effet, il montre par là qu’il possède en lui-même le principe qu’il combattait auparavant et qu’il a supprimé l’unilatéralité avec laquelle il entrait d’abord en scène. (…) De cette façon, le schisme naissant dans un parti, qui semble une infortune, manifeste plutôt sa fortune. »
          Hegel, Phénoménologie de l’esprit

mardi 31 mai 2011

Les perspectives de Keynes en 1931

il est vrai que les besoins des êtres humains peuvent paraître insatiables. Mais ils peuvent être rangés selon deux catégories : les besoins absolus, en ce sens que nous les éprouvons quelle que soit la situation de nos semblables; les besoins relatifs, en ce sens que nous ne les éprouvons que si leur satisfaction nous procure une sensation de supériorité vis-à-vis de nos semblables. Les besoins qui rentrent dans la seconde catégorie, qui satisfont notre désir de supériorité, peuvent bien en effet être insatiables, car plus le niveau s’élève, plus eux aussi grandissent. Mais cela n’est pas vrai pour les besoins absolus – et on atteindra peut-être bientôt le point (bien plus tôt peut-être que nous ne le supposons) où ces besoins seront si bien satisfaits que nous préférerons consacrer nos énergies à des buts autres que des buts économiques.
Et voici donc ma conclusion, que vous trouverez, je pense, de plus en plus stupéfiante, au fur et à mesure que vous y réfléchirez :
Ma conclusion est la suivante : en admettant qu’il n’y ait pas d’ici là de grande guerre ou un accroissement considérable de population, le problème économique peut être résolu, ou du moins en bonne voie de solution d’ici cent ans. Cela signifie que le problème économique n’est pas – si l’on considère l’avenir – le problème éternel de l’humanité.
D’ici cent ans…

jeudi 31 mars 2011

SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION

Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes

Enchainement des causes depuis 1945 :
Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods
Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités
Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed
Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital
Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle
Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire
Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing

Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle

Enchainement des causes financières :
Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques
Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »
Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire
Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés
Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité
Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible
Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.

Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques

-      Énonciation des résultats probables ou avérés :
-      Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale
-      Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées
-      Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu
-      Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux
-      Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables
-      Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle

source : pauljorion.com

lundi 28 mars 2011

Pour Ulrich Beck, l’industrie nucléaire fait de la planète un laboratoire




Le tremblement de terre de Kanto de 1923 vu par le caricaturiste Rakuten Kitazawa, qui passe pour le précurseur du manga japonais.Via Le dessin suggère déjà que la catastrophe n’est plus si naturelle que cela.
“La notion de catastrophe naturelle est fausse. La nature ne connaît pas de catastrophe. Un tsunami ou un tremblement de terre ne deviennent catastrophes qu’à l’horizon de la civilisation humaine” U. BeckL’énergie nucléaire est une expérimentation qui se déroule à l’échelle mondiale. Ses conséquences sont planétaires. 25 ans après la catastrophe de Tchernobyl et 25 ans après la publication du livre qui l’a rendu célèbre, La société du risque, paru en Allemagne (1) peu avant la catastrophe, Ulrich Beck, qui n’a cessé de plaider pour une politique intérieure mondiale, analyse pour les médias allemands ce qui s’est passé à Fukushima. En regroupant l’article qu’il a lui-même écrit et les entretiens dans la presse écrite et à la radio se dégage la question centrale de savoir comment prendre en compte l’imprévisible. En élargissant son thème, il aborde d’autres sujets comme la façon dont la mondialisation organise l’irresponsabilité.
“L’énergie nucléaire a transformé le monde en laboratoire. Les résultats des analyses sont présents globalement, accessibles à tous. Il faudra en prendre connaissance quel que soit le contexte culturel dans tous les pays du monde. [..] On ne pourra pas considérer ce qui s’est passé au Japon comme un malheur exclusivement et spécifiquement japonais. Certes, on identifiera comme cause le tremblement de terre et la tectonique des plaques. Mais les narrations sécuritaires devront être modifiées. Pour le moment, les questions de sécurité sont appréhendées de manière strictement technique. Les procédures d’agrément sont exclusivement techniques. Nous assistons à l’effondrement d’une telle conception (philosophie) de la sécurité […]« .Frankfurter Rundschau (13 mars 2011)
Comment prendre en compte des scénarios inédits
Dans un entretien avec la Süddeutsche Zeitung, il relève que le point commun à toutes les crises qui semblent suivre le scénario de son livre (le tsunami en Indonésie, Katrina à la Nouvelle Orléans mais aussi la crise financière) est qu’elles passaient pour improbable et qu’à chaque fois “le cadre institutionnel et cognitif a été mis en défaut”. L’idée qu’une prévention des catastrophes à venir puisse reposer sur la perception de celles qui ont déjà eu lieu ne tient plus puisque nous savons désormais que l’impossible est possible. L’inimaginable est ce que la technique exclut comme possible. Or, il faut désormais “prendre en compte l’impensable” explique le sociologue. Il poursuit : “L’une des questions essentielles des débats à venir sera de savoir comment intégrer le non calculable, l’improbable dans les procédures d’agrément”. Pour autant que je puisse en juger, il me semble qu’Ulrich Beck se trouve ici au moins dans une proximité avec le Catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Dupuy.
Les risques ne sont pas des objets palpables, précise Ulrich Beck. Ils sont “socialement et culturellement construits avec des moyens scientifiques”. Le sociologue établit, en conclusion de son texte, à l’exemple du Japon, une relation entre la négation des problèmes et l’absence de solutions alternatives. “La tendance à nier les problèmes est d’autant plus véhémente qu’il ne se profile pas d’alternatives”.
Pour l’auteur de La société du risque ? le débat public doit porter sur la question suivante : “quelle culture de la sécurité ou mieux quelle culture de l’insécurité voulons-nous accepter ?
Une commission pour sortir du nucléaire ?
Le message a semble-t-il été entendu à la Chancellerie, Ulrich Beck a été appelé à participer à la commission qu’Angela Merkel vient de mettre en place pour réfléchir à l’avenir du nucléaire. La question qu’on pose à cette assemblée est la suivante : quelle est la pertinence d’une voie de sortie du nucléaire organisant la transition vers des énergies renouvelables. Il y sera en compagnie notamment de Monseigneur Marx, l’évêque qui dialogue avec son homologue Karl dans l’au-delà et qui s’inquiète de l’avènement d’une “civilisation de la mort”.Dans le même temps le lobby nucléaire affute les couteaux et l’on prête à la chancelière dans son propre camp des visées purement électoraliste. Si c’est le cas, c’est raté, pour cette fois Elle avait affirmé que “la catastrophe au Japon marquait un tournant dans l’histoire de la civilisation technique” au sens où il y aura un avant et un après Fukushima. Mais elle ne cesse de rentrer et de sortir, rentrer sortir du nucléaire, ce qui fait que l’on n’est plus très sûr de savoir à quoi se fier.
Notre homme est devenu populaire. J’en veux pour preuve sa présence dans le journal BZ (eh oui ! la presse Springer, encore appelée journal pour poissonniers, pas spécialement portée sur les questions intellectuelles) où il est présenté comme un “prophète des catastrophes”, il élargit son propos : “ l’avancée radicale du développement scientifique sur la base d’intérêt de marchés et de recherche de progrès en fait perdre la maîtrise institutionnelle”.
L’irresponsabilité généralisée
“On peut diviser l’histoire humaine des risques en deux phases ; tout d’abord on a rendu la nature déchaînée et donc Dieu responsable des catastrophes. C’était le cas par exemple pour le tremblement de terre de Lisbonne. On ne pouvait imaginer pourquoi un “Dieu raisonnable” provoque ou laisse se faire une telle catastrophe. Depuis l’industrialisation, nous vivons des dangers et des catastrophes provoqués par les hommes et dont on rend responsables des acteurs sociaux. Le fait de rechercher des personnes responsables provoque une énorme dynamique politique. La discussion en Allemagne sur l’énergie nucléaire en fait partie ». […]
A propos de la catastrophe dans le Golfe du Mexique provoquée par DeepWater Horizont , il avait noté que “BP est aussi peu British que les produits Made in Germany ne sont allemands, rançon de la globalisation”. Il rappelle qu’après la fusion avec Amoco en 1998, l’adjectif “british” a été remplacé « par un petit mot vert d’espérance » beyond de sorte que “le sigle BP signifie Beyond Petroleum – au-delà du pétrole”.
“C’est là que l’on s’aperçoit, poursuit Ulrich Beck,que la politique intérieure mondiale favorise l’irresponsabilité organisée. Qui croit prendre “British” Pétroleum en flagrant délit doit apprendre qu’il s’agit d’une multinationale qui appartient aussi aux Américains, dont les stations de forage sont construites par des Coréens et qui paie ses impôts à Berne en Suisse. (BP pourrait aussi bien signifier Berne Petroleum)”.
Il revient sur la question de l’irresponsabilité dans la BZ: « Quand on pose la question de savoir à qui la faute, on constate immédiatement l’existence d’une sorte d’irresponsabilité organisée. Tout le monde se renvoie la balle. Les techniciens disent n’avoir commis aucune erreur et de s’être tenus à un certain nombre de pronostics. Les hommes politiques disent s’être fiés aux techniciens. Et les responsables des prognostics rejettent la faute sur les techniciens et les hommes politiques.” (1) La société du risque est paru en France 2001. On peut trouver le livre désormais en édition de poche.
Ulrich Beck né en 1944 a été jusqu’en juillet 2009 Professeur de Sociologie à l’Université Ludwig-Maximilian de Munich. Il enseigne encore à la London School of Economics et à Harvard.

SOURCE: http://www.lesauterhin.eu/

mercredi 16 février 2011

ACERCA DE LA MISERIA UNIVERSITARIA Y DEL DECLIVE DEL PENSAR

FELIX RODRIGO MORA. SEIS ESTUDIOS (fagmento II)




La percepción social del mundo universitario ha cambiado en los últimos decenios... Ya muy pocos esperan que mejore la sociedad, de manera que se acude a ella para lograr las credenciales y titulaciones que permitan acceder a empleos mejores y más remunerados, y nada más... muchos se sorprenden en el presente de la incultura, insustancialidad y zafiedad de una buena parte de los titulados universitarios, a los que a menudo consideran de una calidad humana y capacidad de comprender las realidades de la vida bastante inferior a la de sus padres y abuelos, que no conocieron la enseñanza superior. Por consiguiente, ésta ahora es contemplada por prácticamente todos como una expendeduría de títulos... La organización misma de la universidad deja lugar a pocas ilusiones... un agobiante sistema de jerarquías alcanza hasta el último rincón de la institución, lo que da origen, entre quienes desean medrar, como académicos o como estudiantes, a mucho servilismo, pues el ascenso profesional depende sobre todo del grado de prosternación ante catedráticos, jefes de departamento y similares. En todo el conjunto, la calidad intelectual, las dotes pedagógicas y la bonhomía personal son lo que menos cuenta. Las ínfimas minorías de docentes que difieren... son condenados... malogradas sus carreras... Como en todo sistema jerárquico, en la universidad quien colabora es premiado y quien disiente es sancionado, lo que mide la falta de libertades que le es propia...
Los mejores, entre los jóvenes, llegan a la universidad con la ilusión de aprender y formarse, de hacerse más sabios y maduros, pero lo que encuentran es despotismo de cátedra, ignorantes multi-titulados, indiferencia generalizada, preocupación en exclusiva por la propia promoción... La universidad no sólo degrada intelectivamente al estudiante sino que, además, le corrompe moralmente, al inculcarle los disvalores y vicios propios del sistema, el espíritu de medro, el servilismo, el furor competitivo, el egocentrismo...

Felix Rodrigo Mora. 
Seis Estudios. Editorial Brulot. Sevilla, 2010.
FUENTE : vocesdelextremopoesia

mardi 8 février 2011

Fragmento del interesante texto situacionista DE LA MISERIA EN EL MEDIO ESTUDIANTIL


Tras un largo periodo de sueño letárgico y de contra-revolución permanente, desde hace algunos años, se esboza un nuevo periodo de contestación del que la juventud parece ser la representante. Pero la sociedad del espectáculo, en la representación que se hace de sí misma y de sus enemigos, impone sus categorías ideológicas para la comprensión del mundo y de la historia. Domina todo lo que sucede en el orden natural de las cosas y encierra las verdaderas novedades que anuncian su superaciónen el marco estrecho de su ilusoria novedad. La rebelión de la juventud contra el modo de vida que se le impone, en realidad no es más que el signo precursor de una subversión más amplia que englobará al conjunto de los que experimentan, cada vez más, la imposibilidad de vivir el preludio de la próxima etapa revolucionaria. La ideología dominante y sus órganos cotidianos según mecanismos experimentados de inversión de la realidad, no pueden más que reducir este movimiento histórico real a una pseudo-categoría socio-natural: la Idea de la Juventud (que estaría en la esencia del rebelarse). De este modo, se somete una nueva juventud de la rebelión a la eterna rebelión de la juventud, renaciendo en cada generación para esfumarse cuando “el joven es ganado por la seriedad de la producción y por la actividad, de cara a fines concretos y verdaderos”. La “rebelión de los jóvenes” ha sido y es todavía objeto de una verdadera inflación periodística que crea el espectáculo de una “rebelión” posible que se da a contemplar para impedir que se la viva, la esfera aberrante -ya integrada- necesaria al funcionamiento del sistema social; esta rebelión contra la sociedad, paradójicamente la tranquiliza porque está considerada como parcial, en el apartheid de los “problemas” de la juventud -como hay problemas de la mujer o un problema negro- y no dura más que durante una parte de la vida. En realidad, si es que hay un problema de la “juventud” en la sociedad moderna es que la crisis profunda de esta sociedad es sentida con más acuidad por la juventud. Producto por excelencia de la sociedad moderna, ella misma es moderna, sea para integrarse sin reservas, sea para rechazarla radicalmente. Lo que debe sorprender, no es tanto que la juventud sea rebelde sino que los “adultos” sean tan resignados. Esto no tiene una explicación mitológico sino histórica: la generación precedente ha conocido todas las derrotas y consumido todas las mentiras del periodo de disgregación vergonzosa del movimiento revolucionario.
Considerada en sí misma, la “Juventud’ es ya un mito publicitario profundamente ligado al modo de producción capitalista, como expresión de su dinamismo. Esta ilusoria primacía de la juventud ha sido posible con la puesta en marcha de la economía, tras la Segunda Guerra Mundial, a consecuencia de la entrada en masa en el mercado de toda una categoría de consumidores más maleables, un rol que asegura una patente de integración a la sociedad del espectáculo. Pero la explicación dominante del mundo se encuentra de nuevo en contradicción con la realidad socio-económica (con retraso respecto a ella) y es justamente la juventud la primera en asegurar una irresistible pasión de vivir y de sublevarse espontáneamente contra el tedio cotidiano y el tiempo muerto que el viejo mundo continúa segregando a través de sus diferentes modernizaciones. La parte rebelada de la juventud expresa su rechazo sin una perspectiva de superación, es decir, su rechazo nihilista. Esta perspectiva se busca y se establece por todas partes del mundo. Le es preciso alcanzar la coherencia de la crítica teórica y la organización práctica de esta coherencia.