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samedi 4 février 2012

VICTORY GARDEN of TOMORROW (artivisme)

La crise actuelle et la fin du capitalisme implique que nous devenions tous plus ou moins un peu jardinier.

En 1943 Eleanor Roosevelt contribua au lancement d’un mouvement des « Jardins de la Victoire » qui devinrent une contribution conséquente à l’alimentation de la nation en temps de guerre.
Des « Jardins de la Victoire » étaient cultivés jusque sur les toits des immeubles.
A la fin de la seconde guerre mondiale, plus de 20 millions de jardins privés fournissaient 40% des produits consommés aux USA.



***



A Portland, Etats-Unis, l’artiste Joe Wirtheim a récemment remis au goût du jour et détourné des affiches de propagande utilisées lors des deux guerres mondiales afin de promouvoir le jardinage (cf. la fiche Wikipedia sur les Victory Garden)… pour lancer une campagne incitant les américains à “l’innovation civique” et au “progrès social”.
Une affiche d’époque
Intitulé “Victory Garden of Tomorrow” (VgoT – “les jardins de la victoire de demain”), cette campagne entend rappeler l’ingénuité dont l’Amérique a su faire preuve  à l’époque face à l’ennemi tout en l’incitant à en user pour combattre les problèmes actuels.
Ainsi que l’explique l’artiste sur TreeHugger:
I started reading some history and looking up period poster art, and fell in love with the idea of the “victory garden”. The history of it is so simple and charming – I especially liked the active voice in the poster art, like: “Help Harvest” or “Can all you Can” about canning vegetables for winter. These were all very classic folk activities, doing things like growing vegetables, canning them. There were others like collecting salvaged steel, aluminum, and rubber which I felt was perfect – its like not only going back to classic folk values, but then cleaning up the industrial mess that we appear to buried in.
Cette campagne me rappelle étrangement celle des Green Patriots Posters… et confirme à mes yeux la facilité avec laquelle les activistes écologistes américains établissent un parallèle entre les efforts nécessaires actuellement pour changer de paradigme et les efforts de guerre réalisés lors de la seconde guerre mondiale.
Et vous, ce type de campagne et d’affichage vous parle-t-il ? Pensez vous que cela pourrait nous inciter, en France, à devenir plus locavores ?

jeudi 3 novembre 2011

"L'argent est-il devenu obsolète ?"

 source : /www.lemonde.fr/idees/

Médias et instances officielles nous y préparent : dans les prochains mois, voire semaines, une nouvelle crise financière mondiale va se déclencher, et elle sera pire qu'en 2008. On parle ouvertement des catastrophes et désastres. Mais qu'est-ce qui va arriver après ? Quelles seront nos vies après un écroulement des banques et des finances publiques à vaste échelle ? Actuellement, toutes les finances européennes et nord-américaines risquent de sombrer ensemble, sans sauveur possible.

Mais à quel moment le krach boursier ne sera-t-il plus une nouvelle apprise dans les médias, mais un événement dont on s'apercevra en sortant dans la rue ? Réponse : quand l'argent perdra sa fonction habituelle. Soit en se faisant rare (déflation), soit en circulant en quantités énormes, mais dévalorisées (inflation). Dans les deux cas, la circulation des marchandises et des services ralentira jusqu'à pouvoir s'arrêter complètement : leurs possesseurs ne trouveront pas qui pourra les payer en argent "valable" qui leur permet à leur tour d'acheter d'autres marchandises et services. Ils vont donc les garder pour eux.
On aura des magasins pleins, mais sans clients, des usines en état de fonctionner parfaitement, mais sans personne qui y travaille, des écoles où les professeurs ne se rendent plus, parce qu'ils seront restés depuis des mois sans salaire. On se rendra alors compte d'une vérité qui est tellement évidente qu'on ne la voyait plus : il n'existe aucune crise dans la production elle-même. La productivité en tous les secteurs augmente continuellement. Les surfaces cultivables pourraient nourrir toute la population du globe, et les ateliers et usines produisent même beaucoup plus que ce qui est nécessaire, souhaitable et soutenable. Les misères du monde ne sont pas dues, comme au Moyen Age, à des catastrophes naturelles, mais à une espèce d'ensorcellement qui sépare les hommes de leurs produits.
Ce qui ne fonctionne plus, c'est l'"interface" qui se pose entre les hommes et ce qu'ils produisent : l'argent. La crise nous confronte avec le paradoxe fondateur de la société capitaliste : la production des biens et services n'y est pas un but, mais seulement un moyen. Le seul but est la multiplication de l'argent, c'est d'investir un euro pour en tirer deux.
Cependant, les contempteurs du capitalisme financier nous assurent que la finance, le crédit et les Bourses ne sont que des excroissances sur un corps économique sain. Une fois la bulle crevée, il y aura des turbulences et des faillites, mais finalement ce ne sera qu'une tempête salutaire et on recommencera ensuite avec une économie réelle plus solide. Vraiment ? Aujourd'hui, nous obtenons presque tout contre payement. Si le supermarché, la compagnie d'électricité, la pompe à essence et l'hôpital n'acceptent alors que de l'argent comptant, et s'il n'y en a plus beaucoup, nous arrivons vite à la détresse. Si nous sommes assez nombreux, nous pouvons encore prendre d'assaut le supermarché, ou nous brancher directement sur le réseau électrique.
Mais quand le supermarché ne sera plus approvisionné, et la centrale électrique s'arrêtera faute de pouvoir payer ses travailleurs et ses fournisseurs, que faire ? On pourrait organiser des trocs, des formes de solidarité nouvelles, des échanges directs : ce sera même une belle occasion pour renouveler le lien social. Mais qui peut croire qu'on y parviendra en très peu de temps et à une large échelle, au milieu du chaos et des pillages ? On ira à la campagne, disent certains, pour s'approprier directement des ressources premières. Dommage que la Communauté européenne ait payé pendant des décennies les paysans pour couper leurs arbres, arracher leurs vignes et abattre leur bétail... Après l'écroulement des pays de l'Est, des millions de personnes ont survécu grâce à des parents qui vivent à la campagne et aux petits potagers. Qui pourra en dire autant en France ou en Allemagne ?
Il n'est pas sûr qu'on arrivera à ces extrêmes. Mais même un écroulement partiel du système financier nous confrontera avec les conséquences du fait que nous nous sommes consignés, mains et poings liés, à l'argent, en lui confiant la tâche exclusive d'assurer le fonctionnement de la société. L'argent a existé depuis l'aube de l'histoire, nous assure-t-on : mais dans les sociétés précapitalistes, il ne jouait qu'un rôle marginal. Ce n'est que dans les dernières décennies que nous sommes arrivés au point que presque chaque manifestation de la vie passe par l'argent et que l'argent se soit infiltré dans les moindres recoins de l'existence individuelle et collective.
Mais l'argent n'est réel que lorsqu'il est le représentant d'un travail vraiment exécuté et de la valeur que ce travail a créée. Le reste de l'argent n'est qu'une fiction qui se base sur la seule confiance mutuelle des acteurs, confiance qui peut s'évaporer. Nous assistons à un phénomène pas prévu par la science économique : non à la crise d'une monnaie, et de l'économie qu'elle représente, à l'avantage d'une autre, plus forte. L'euro, le dollar et le yen sont tous en crise, et les rares pays encore notés AAA par les agences de notation ne pourront pas, à eux seuls, sauver l'économie mondiale. Aucune des recettes économiques proposées ne marche, nulle part. Le marché fonctionne aussi peu que l'Etat, l'austérité aussi peu que la relance, le keynésianisme aussi peu que le monétarisme.
Nous assistons donc à une dévalorisation de l'argent en tant que tel, à la perte de son rôle, à son obsolescence. Mais non par une décision consciente d'une humanité finalement lasse de ce que déjà Sophocle appelait "la plus funeste des inventions des hommes", mais en tant que processus non maîtrisé, chaotique et extrêmement dangereux. C'est comme si l'on enlevait la chaise roulante à quelqu'un après lui avoir ôté longtemps l'usage naturel de ses jambes. L'argent est notre fétiche : un dieu que nous avons créé nous-mêmes, mais duquel nous croyons dépendre et auquel nous sommes prêts à tout sacrifier pour apaiser ses colères...
Personne ne peut dire honnêtement qu'il sait comment organiser la vie des dizaines de millions de personnes quand l'argent aura perdu sa fonction. Il serait bien d'admettre au moins le problème. Il faut peut-être se préparer à l'après-argent comme à l'après-pétrole.

lundi 17 octobre 2011

De la Gauche, histoire et décomposition (Jean-Claude Michéa)


Pour l'auteur de "Le socialisme des intellectuels", Jan Waclaw Makhaïski, au début du XX° siècle, le socialisme est devenu l'idéologie des intellectuels, désireux d'exercer, au nom de leurs compétences et de leur rationalité, leur propre dictature sur la classe ouvrière. C'est ce méfait que Jean-Claude Michéa étaye ici largement.

mardi 20 septembre 2011

France/Espagne: 1 frontière, 2 anarchies

L'anarchisme n'a de réelle existence que lorsqu'il est porté par le peuple. Un anarchisme de bourgeois ou de petit-bourgeois peut bien exister: il ne dépassera pas son milieu de classe et ne restera pas autre chose qu'une manifestation de marginaux. Quand il rejoint sa racine prolétarienne c'est bien différent et il est alors porteur d'une dynamique sociale. C'est sans doute la différence ici, dans les années 1930, entre l'anarchisme français se repliant sur lui-même, et l'anarchisme espagnol, pragmatique et créateur.
Cela a je crois marqué culturellement les classes ouvrières des deux pays. Dans l'un, plus empreint par le marxisme-léninisme - les "communistes" -,on méprise les intellectuels, et on les veut séparés des prolétaires, au service de ceux-ci. Dans l'autre, la culture et les intellectuels sont pleinement admis, sans préjugé. Les athénées libertaires avaient des bibliothèques où l'on trouvait toutes sortes de grands auteurs, que les "communistes" auraient traité "d'auteurs bourgeois". Un ouvrier anarchiste a souvent dans sa poche un bouquin qu'il lit en allant au boulot.
Un ami s'étonnait ainsi discrètement à la vue d'un vieux copain maçon en train de lire "Le Monde Diplomatique".
D'autres sont employés de collectivités...et créateur de films. C'est cette culture d'autodidacte et cette curiosité, sans préjugé, qui fait la force de l'anarchisme encore aujourd'hui.

Certains anarchistes, comme Bakounine, étaient des déclassés. Mais d'autres comme Elysée Reclus ou Kropotkine, tous deux géographes, étaient des savants unanimement reconnus. Leurs écrits et leur pensée libertaire ne valent, n'ont été pris en considération que parce qu'il y avait un courant populaire imprégnant toute la société même la bourgeoisie.

Les "vérités éternelles" de l'anarchisme sont aisément récupérées par le système capitaliste libéral s'il n'y a pas un mouvement de classe qui les soutient. A une certaine époque - il n'y a pas si longtemps que ça - certains anarchistes se réfugiaient dans le végétarisme, l'individualisme, l'athéisme, les communautés...sans vraiment remettre en cause le système dominant. Celui-ci ne pouvaient que regarder d'un oeil attendri ces "idéalistes".
Il n'en est pas de même lorsque le principe de la propriété est concrètement remis en question par la réquisition des terres et des entreprises comme lors de la Révolution Espagnole. Là ce sont des "rouges-assoiffés-de-sang", les pires des barbares.
En Espagne, dans les années 1930, il y avait peu de penseurs et théoriciens issus de la bourgeoisie ou même de la petite bourgeoisi, qui avaient rejoints le mouvement libertaire. On peut les citer sur les doigts d'une main. lsaac Puente, Diego Abad de Santillan - le seul aristocrate qui ait rejoint les anars - ... Les penseurs étaient tous issus des rangs prolétariens. Ce qui là encore ne cadre pas avec le schéma léniniste où l'avant-garde est forcément issu de la bourgeoisie. On ne connaissait guère les écrits de Bakunin. Mais les historiettes moralisatrices de Federica Montseny faisaient fureur.
En faites ce qu'il y à derrière l'anarchisme espagnol, c'est la réalité agraire, le monde paysan, el pueblo es el pueblo, le village c'est le peuple et inversement, c'est  à dire un lieu autonome qui ne vit que par lui-même où la solidarité n'est pas revendiquée mais naturelle, même égoïste si l'on se veut, mais la question ne se pose même pas,  "je t'aide comme tu m'aiderai", effectivement c'est une forme de pression sociale, mais au moins elle n'attend rien de l'état, elle n'est pas infantile, le troupeau humain se gère lui-même, il n'a pas besoin de berger.


lundi 30 mai 2011

Tercera Ley de Newton: si el pueblo ruge tiemblan los mercados

Dice la tercera Ley de Newton que cuando se aplica una fuerza sobre un cuerpo, éste reacciona con una fuerza de igual intensidad y dirección que la aplicada pero en sentido contrario. Esta ley física, quizás una de las más desconocidas, a pesar de ser la única estrictamente original de Newton, es una buena metáfora para entender lo que se está cumpliendo a día de hoy en Madrid.

mercredi 23 février 2011

DO MINHO FAISE CAMINHO, O MINHO E PARTE DO CAMINHO

Um País Comprimido

Se me perguntassem onde começa e onde acaba o lugar a que chamo Minho, responderia que começa na Praça do Obradoiro, em Santiago de Compostela, e acaba nas encostas do Douro, ali por volta da Régua. Diria que começa numa aldeia chamada Fiães do Rio, de onde o Gerês se avista ao longe entre nuvens, e acaba no mar imenso entre a foz do Minho e a foz do Ave. Este é o meu Minho: um país comprimido, breve, mas intenso, feito de montanhas, vales e caminhos. Um pequeníssimo país apertado, desenhado por fronteiras simbólicas e poéticas, povoado por igrejas e castelos, solares e casebres. Um lugar onde filho da puta pode não querer dizer filho da puta, onde um vocês vão há-de ser sempre um vós ides e onde os bês de bamos não são bês de brincar.

Namorado de longa data da Galiza, como dizia João Verde, o Minho é transumante: de lugar em lugar, entra e sai do país sem sair dele próprio. Das cidades sempre tão perto às brandas e inverneiras, no Minho anda-se com ritmo, caminha-se todos os dias de um sítio de onde se é para outro a que se pertence. Porque o Minho é caminho: há sempre inúmeros modos diferentes de se chegar de um lugar a outro, da estrada de terra batida à auto-estrada, passando e parando em cruzamentos que os mapas não assinalam.

O Minho é pouco hospitaleiro: é lugar de gentes desconfiadas ao primeiro olhar, amigas de longa data ao segundo, mas sempre tementes a que um estranho lhes tire qualquer coisa. É que no Minho teme-se muito. Quanto mais não seja por ser o lugar onde a sombra de Deus pesa como chumbo. E temendo o Senhor, o Minho consagra-lhe tudo: de catedrais maiores que a vontade, em que o duro granito se vence e detalha pela mão do obreiro, a capelas em cumes onde a pedra lá não chega, passando pelos nomes de todos os montes e de todos os lugares. A maior cidade do Minho é a cidade de Deus e de todas as suas igrejas: Braga, idolátrica em contido esplendor. A paisagem Minhota está cheia de Deus. Até mesmo nos dias em que o Diabo, tão minhoto quanto o Senhor, anda à solta em S. Bartolomeu, em Monção, no Entrudo de Pitões das Júnias e nas pontes a que dá nome.

O Minho não é verde. É bem mais cinzento da chuva e do granito. Reluz prateado de quando em vez depois dos aguaceiros, nas pedras das ruas antigas de Guimarães. É dourado em fundo branco na feminina Viana. Tem a outonália das árvores de folhas grandes avermelhadas, tem a paisagem devastada por fábricas de todas as cores e feitios, semeadas ao sabor do vento, por casas disformes até ao último milímetro do minifúndio, com cozinha no primeiro andar e confecção na garagem.

O Minho é um sítio sem céu. A vista é curta. Esbarra na colina, nas serras. Só lá em cima da Pedra Bela é que vemos o firmamento do mundo todo, dizem os Minhotos, os suficientes Minhotos do bastante Minho.

Mas se o Minho não é céu, é mar de gentes. Imenso da Póvoa e da Vila do Conde, cenário das mais intensas histórias da gesta marinheira, do naufrágio do Veronese ao desembarque do Mindelo, o mar do Minho não rebenta em falésias deslumbrantes. Antes engole o areal de Esposende, quase sem barulhar, no mais traiçoeiro segredo. Porque o Minho é secreto: há sempre um lugar que se esconde, um sítio de que se ouviu falar, tentou ir e com que nunca se conseguiu dar, seja ele solar arrumado na encosta inacessível depois da curva de uma estrada para os lados de Coura, seja ele casa de granito encontrada solitária na Serra do Soajo.

Lugar do passado, de milénios de história dos homens – é do Minho Ponte de Lima, a vila mais antiga, são do Minho os avós dos Celtas -, o Minho lembra-se pouco do futuro. De quando em vez, corre atrás dele e as cidades aceleram e inventam-se. Partem rapidamente atrás do sonho e às vezes parece que o apanham. Mas quando a vida anda mais depressa, o Minho acalma e regressa. Se passarmos o Lindoso, contornando a bacia do Lima, tocamos a Galiza e, pela Ameixoeira, chegamos a Castro Laboreiro, desenhando a paisagem intensa, dramática. Sem sairmos do Minho, viajamos ao princípio do Mundo.



Eduardo Brito, Guimarães, Março de 2009.com referências aos universos de João Verde, Camilo Castelo Branco, Adolfo Luxúria Canibal, Manoel de Oliveira, Francisco Martins Sarmento, Luíz Pacheco e António Pinho Vargas.

samedi 19 février 2011

UL edita o libro “O atraso político do nacionalismo autonomista galego"

unionlibertaria.org



O livro: O atraso político do nacionalismo autonomista galego: Reflexões sobre “O atraso económico de Galiza” de Félix Rodrigo Mora, editado por Unión Libertaria, está na rua desde o 1 de Setembro de 2010. Foi traduzido por Alberte de Esteban e Bruno Ruival, e a maquetagem foi de Ana Varela. A edição tem 168 páginas; o tamanho é de 17,5 x 12,5 cm e foi impresso em Compostela por Sacauntos Publicidade. O preço é de só 5 euros.
Índice
1. De espanhol para galego
2. O quadro político e económico
3. A ruralidade galega
4. Os efeitos da liquidação do «atraso»
5. Galiza e a questão nacional
6. Conclusão provisória
Os editores: Unión Libertaria é um grupo anarquista que nasceu em Ferrol nos inícios da década de 2000, a partir do Ateneu Libertário Francisco Iturralde. Desde aquele tempo, vêm trabalhando pela difusão das ideias libertárias, pela unidade do anarquismo na Galiza e no âmbito de diversos movimentos populares. O grupo promoveu as assembleias da Xuntanza Libertaria, a publicação do jornal Marea Negra, participou nas mobilizações pola catástrofe do Prestige, contra a guerra do Irak e contra a instalação da planta de gás de Reganosa na Ria de Ferrol. Nos últimos tempos, o grupo está integrado na Rede Galiza Non Se Vende e cada vez mais os temas ecológicos fazem parte importante da sua agenda. Actualmente mantêm um local, o Espazo Libertario, com a CNT de Ferrol e o grupo libertário Coordenada 0º 0º 0º. Dois integrantes do grupo, o desenhador Manolo Rei e o historiador Eliseo Fernández, participam também neste livro, o primeiro com uma serie de desenhos alusivos ao tema do livro, o segundo com o prólogo “Uma revolução por fazer”.
O autor: Félix Rodrigo Mora é um investigador especializado no mundo rural, integrante do desaparecido grupo anti-desenvolvimentista “Los Amigos de Ludd”. Iniciou a sua trajectória como militante do movimento operário e vicinal, influído pelas ideias marxistas, mas posteriormente foi evoluindo até carecer de ideologia política explícita e compromisso organizativo. Decepcionado pelo activismo, emborcou a sua vida à reflexão e o estúdio, do qual nasceram os livros Naturaleza, ruralidad y civilización (Brulot, 2008), La democracia y el triunfo del Estado: esbozo de una revolución democrática, axiológica y civilizadora (Manuscritos, 2010), Crisis y utopía en el siglo XXI (Maldecap, 2010) e Borracheras no: pasado, presente y futuro del rechazo a la alcoholización (Aldarull/Distri maligna/Maldecap/Rompe la norma, 2010). A investigação das qualidades do modo de vida no mundo rural e as circunstâncias da sua desaparição levaram-no a interessar-se também pela situação concreta da Galiza e pelo papel jogado no processo pelo nacionalismo autonomista galego. As suas reflexões sob estes temas compõem a base do seu livro O atraso político do nacionalismo autonomista galego: Reflexões sobre “O atraso económico de Galiza”.
Excertos do texto
Capítulo I. De espanhol para galego:
O livro considerado manifesta uma conversão do autor a um verdadeiro galeguismo militante (depois ver-se-á qual), porquanto anteriormente tinha publicado em castelhano, exteriorizando sempre a mesma ideia fixa, que o «atraso económico» era —e, ao que parece, segue a ser— o problema número um da Galiza, a resolver por meio de um programa de acelerado desenvolvimento económico, em que a industrialização desempenhava a função principal.
Capítulo II. O quadro político e económico:
Efetivamente, de todos os povos submetidos pelo Estado espanhol, o galego, porquanto rural e agrário, caracterizou-se por afirmar com mais determinação a sua essência particular, estilo de vida, idiossincrasia, língua, cosmovisão e escala de valores, até se converter num grave problema para Madrid que, em vista dos limitados resultados conseguidos pelas políticas modernizadoras, teve que acudir a medidas extraordinárias, de tipo político, ideológico, académico e linguístico, para contribuir a dominar a resistência.
Capítulo III. A ruralidade galega:
O criativo mundo rural galego, com a instituição do concelho aberto, ou assembleia aldeã, ao mesmo tempo deliberante, decisória, legislativa, executiva, judicial e reitora da vida económica local, oferece um modelo de autogoverno para o futuro, desde que tal formulação leve a inspirar-se nele e não, como é lógico, a pretender decalcá-lo, pois hoje, no século XXI, o imprescindível é refletir criativamente, tomando o positivo do passado, mas sem o copiar de forma mimética, visto que a cada momento da história corresponde a sua própria particularidade, que é única e irrepetível.
(…)
A verdade é que o mundo tradicional rural galego, onde até meados do século XIX vivia 90% da população da Galiza, tinha como características próprias uma riquíssima rede de relacionamentos de apoio, afeto e serviço mútuos extraordinariamente intensas, sinceras, complexas, eficientes e exuberantes, que faziam dele uma das sociedades convivenciais mais admiráveis de que se tem memória. Isso explica o muito que custou ao Estado (espanhol) liquidar dita formação social, que foi capaz de resistir, com mais sucesso que nenhuma outra da península Ibérica, 15 a pressão para o individualismo, a veneração pelo Estado, o culto pelo dinheiro, a genuflexão perante o empresariado e a devoção pela tecnologia, em soma, o desajeitado afã por uma vida sem liberdade, servil, amoral, sórdida, ambientalmente destrutiva, virada na satisfação dos apetites do
ventre, mais própria de porcos que de seres humanos. É a que provém do par Estado-capital e a que os escritos dos autores desenvolvimentistas encomiam, mais ainda, impõem ao povo através do seu monopólio da emissão de ideias, atropelando a liberdade de expressão e, sobretudo, a liberdade mais determinante de todas, a de consciência, a cada dia espezinhada pelas elites mandantes. Uma revolução que estabeleça uma sociedade razoavelmente livre tem de pôr fim a tais excessos.
Capítulo IV. Os efeitos da liquidação do «atraso»:

O que ninguém pode negar é que no campo de antano, sobretudo no galego, trabalhava-se cantando, como o prova o enorme número de composições musicais de lavor que têm chegado até nós: danças do palheiro, peças musicais para a colocação do espantalho, canções de canteiros, improvisações na recolhida do tojo, coplas de maçar o linho, cantares de vindima, malha do
centeio, arada, forja e moenda, cantos de arrieiros, da seitura, da matança, e infinidade mais que faziam do ato de trabalhar uma tarefa humana, sociável, elevada, não especializada, festiva e cheia de dignidade. Hoje trabalha-se chorando, o que vai implícito na categoria de trabalho assalariado, situação que não terá remédio até que se elimine o capitalismo e se constitua uma
sociedade libertada da inumanidade do assalariado.
Capítulo V. Galiza e a questão nacional:

Nesse quadro é onde devemos situar, com espírito algo cético e descrido, uma boa parte do movimento galeguista e nacionalista de antano, tanto como o de hoje, que não era, nem é, tão puro nem genuíno como alguns desejam fazer crer. Em primeiro lugar, há que deixar sentado um facto incontrovertível: se o galego chegou até hoje como língua viva não é devido a tais ou quais intelectuais urbanos, nem a este ou outro partido político, mas à ação de preservação da sua essência e, portanto, da sua língua, que realizam, numas condições bem dramáticas, as classes populares, sobretudo, as rurais.
(…)
Este sistema de governo por assembleias não resulta de uma ou outra ideologia, mas provém do fundo mesmo da história da Galiza, e por isso mesmo tem de ser aceite por todas e todos, adaptando-o, como é lógico, às realidades do nosso tempo, do século XXI. Portanto, pode e deve ser propugnado por uma pluralidade de ideologias e correntes de pensamento, todas as quais deveriam coincidir nalguns pontos mínimos, para realizar a libertação política, económica, social e nacional da Galiza. Precisamente, a denominada «democracia representativa», essa ridícula expressão que nega o que afirma, pois se há representação não existe democracia, é a forma concreta que agora adota, no político, a dominação espanhola.
(…)
Portanto, não há cabal solução à questão nacional agora, no século XXI, no terrível e muito difícil tempo da mundialização, desde posições estatistas. Precisamos uma revolução de enormes proporções, a realizar em grandes áreas, a escala continental diria, para lidar com as grandes forças atuais da reação, operantes a escala planetária. Efetivamente, sem revolução antiestatal e anticapitalista não há hoje nenhuma esperança para as nações oprimidas, porque todo o Estado
cria capitalismo, e hoje todo o capitalismo é mundializado, além de que qualquer ente estatal termina entregando-se aos poderes planetários constituídos, para sobreviver, por temor do próprio povo.
Capítulo VI. Conclusão provisória:
Torna-se necessária uma reformulação da linha a seguir, depois de meio século de ter «O atraso económico de Galiza» como bíblia de um nacionalismo autonomista, apesar de ser parte integrante dos Planos de Desenvolvimento franquistas, para abrirmo-nos à realidade do século XXI e, ao mesmo tempo, para fecharmo-nos argumentadamente à sua apologia do capitalismo mundializador, do desenvolvimento económico, da ditadura política parlamentarista, da destruição ambiental, da aniquilação do galego, da tergiversação académica da história da Galiza, de sacrificá-lo tudo à produção, da falta de amor pela terra e o povo, de cosmopolitismo niilista, camuflado ou não de galeguismo, de estar de joelhos ante a «ciência económica», da cega devoção pelo ente estatal.

 Contacto:
Unión Libertaria
Avenida de Esteiro, 10-12, res-do-chao
15403 Ferrol
unionlibertaria en gmail.com
www.unionlibertaria.org

mercredi 2 février 2011

Carnaval partout : Premier appel de Montpellier...

Photobucket

ACHEVONS CARNAVAL !!

Premier appel de Montpellier pour que 100, 1000, un million de Carnavals des Gueux illuminent les villes partout…

Parce que si on sort de nos cages ce n’est pas pour se mettre en boite.

Parce que c’est dans l’interdiction de ce type de rassemblements joyeux, masqués, sauvages,
pour ne pas dire barbares ; que notre joie se partage le mieux, qu’elle devient une arme.

Parce que c’est la guerre mec, et que la guerre c’est sociale et dégueux t’as vu !

Parce qu’il nous faut de nouvelles fêtes sans organisateur-consommateur, sans l’argent et son
monde de merde, sans contrôle de flics ou de papiers…

Parce que pour que ces nouvelles fêtes nécessaires soient possibles, il s’agit de chasser ceux qui nous surveillent ou nous chassent des rues, places et de nos squats. Il faut que l’organisation se communise (où l’on apprend que faire des affiches, un char en liant des caddies, un bar gratuit en volant des bouteilles, des masques en plâtres est possible par tous,…).

Parce que comme ça tu peux jeter ton sweat noir de skateur pour des tenues trash et paillettes bien plus funky et ça c’est cool, non ?

Parce que c’est un test pour se déresponsabiliser mutuellement : il y a pas de coupable, il y a pas de lois, il n’y a pas de fautes…

Parce que c’est un sabotage de la routine quotidienne où l’ennui rime avec temps «libre» et le travail avec prison.

Parce que le lendemain du Carnaval t’as pas envie d’aller au turbin ou en cours, mais plutôt de rester au lit avec ton-ta-tes ami-e-s.

Parce que cette ivresse publique qui se manifeste est une émotion, un souffre partagés.

Parce que le Carnaval des Gueux de Montpellier a 15 ans et qu’il ne doit être ni une crotte de nez institutionnelle (fuck Karakwella : assoc caribéenne utilisée par la Mairie pour récupérer ce qu’elle ne comprend toujours pas, et aussi nique les Zones Artistiques Temporaires de cette enflure de M. Delafosse). Parce que Carnaval ne doit pas être une simple curiosité locale mais se généraliser partout (dédicace aux Tunisiens, Égyptiens, etc… qui ont commencé avant nous…).

Parce que si dans les Cévennes on trouve des châtaignes, qu’ailleurs on trouve la castagne (occitan rules) !

ACHEVONS CARNAVAL !!

Le comité des fêtes invisible… 
Indymedia Nantes, 1er février 2011.


samedi 27 novembre 2010

L'agrophilie : poubelle de l'Histoire


Réhabiliter le travail c'est réhabiliter Auschwitz

lavaleurtravail
Entretien avec l'auteur Jean-Pierre Baudet, 26 ans après la publication de CRITIQUE DU TRAVAIL MARGINAL ET DE SA PLACE DANS L'ÉCONOMIE SPECTACULAIRE (1976), extrait :

Si on peut donc, sans regret, abandonner l'agrophilie aux poubelles de l'histoire, comme détritus non recyclable, c'est bien parce qu'elle est encore plus un phénomène du passé que ne l'affirmait ce texte de 1976. En effet, le caractère ponctuel et précisément daté de l'agrophilie tel que la Critique du travail marginal semblait le suggérer, s'avère parfaitement erroné. Trop plongé dans des références de psychologie individuelle, je n'avais pas pris garde, à l'époque, au caractère historiquement récurrent de l'engouement pour le travail rural, qui se présente chaque fois que le développement industriel se heurte à une limite paraissant provisoirement infranchissable (chute de productivité, faiblesse dans la concurrence internationale, pénurie de marchés, baisse du taux de profit pour quelque raison que ce soit) et que le retour à un mode de production plus ancien comble momentanément, sur un plan imaginaire, les angoisses collectives. Après avoir précisé que dans l'après 68, pour une fois, ce furent les ennemis présumés du système qui s'en firent les chantres, j'en donnerai à présent un autre exemple historique, mais un exemple assurément éloquent, en rappelant le courant d'idées qui fut très fort, dans les sombres années 1930 en Allemagne, à la fois chez Sombart (Die Zukunft des Kapitalismus, 1932), qui est resté une référence en tant qu'économiste, mais surtout chez un certain Friedrich Fried, qui n'est plus connu que des historiens spécialisés dans le nationalisme conservateur et dans le national-socialisme.

Fried avait publié coup sur coup deux best-sellers, intitulés respectivement Das Ende des Kapitalismus, en 1931, puis Autarkie, en 1932. Dans ces livres, Fried propageait l'idée que le peuple allemand avait besoin « d'une redécouverte de son propre sol », d'un « retour à la campagne des masses humaines déversées dans les grandes villes », d'un « renforcement de l'agriculture et d'une modération progressive de l'influence urbaine ou, plutôt, de l'influence exercée par les grandes villes », et, sachant que ce repli ne pouvait maintenir le niveau de consommation existant, Fried ajoutait que la liberté et l'indépendance valaient mieux que la consommation, et qu'un peuple qui se battait pour cela « devait aussi pouvoir renoncer au café, aux oranges ou au chocolat » (produits d'importation procurant des plaisirs et donc vaguement soupçonnés de décadence)[11]. Sombart, de son côté, réclamait que la population paysanne, qui n'était plus que de 30 % en 1932, rejoigne rapidement le niveau de 1882 (42,5 %) : « le chemin qui mène à une plus grande indépendance nationale est clairement prédéfini : c'est celui d'un mouvement de renouveau agraire [12], qui semble également devoir jouer un rôle important dans la structure interne de notre système économique »[13].

La lecture de ces ouvrages devint une source d'inspiration importante pour Hitler, qui coiffa cette idéologie d'une stratégie militaire définie à la fin de la Première Guerre Mondiale par Ludendorff, et orienta ce conglomérat idéologique syncrétique dans le sens agressif du Drang nach Osten et de la conquête du Lebensraum. Ce que les conservateurs avaient imaginé comme un retour de l'Allemagne à ses « racines », les nazis le conçurent comme un programme d'extension territoriale à l'Est, la Pologne et l'Ukraine notamment devant donner des terres arables suffisamment vastes à une économie allemande ainsi « rééquilibrée ». Du paysan comme figure idéale (qui se rapprochait encore davantage que le prolétaire industriel du Arbeiter au sens de Jünger) Hitler écrivait: « l'homme déchiré entre son corps et son esprit ne peut développer ses forces. Seul celui qui est unifié extérieurement et intérieurement, celui qui est enraciné dans son terroir, le paysan encore et toujours, en est capable. Et notamment pour la raison que la nature même de son activité le contraint à prendre un grand nombre de décisions. Il ne sait pas si demain il pleuvra, et doit pourtant commencer la moisson. Il ignore si demain, le gel couvrira la campagne, et pourtant il se met à semer. L'ensemble de son travail l'expose sans cesse aux aléas et nonobstant ces circonstances, il doit décider de tout. [...] La possibilité de préserver le caractère sain d'un milieu paysan comme fondement de la nation toute entière ne peut même pas être surestimée. La plupart des maux dont nous souffrons aujourd'hui proviennent du rapport malsain entre population urbaine et population rurale. De tous temps, une masse constante de petits et moyens paysans représentait le meilleur remède contre la pathologie sociale que l'on observe de nos jours. C'est aussi la seule solution pour qu'une nation puisse trouver son pain quotidien dans le cycle interne de son économie ». Voilà une « analyse » que bien des « radicaux » d'aujourd'hui ne renieraient pas, et qu'ils approuveraient même chaudement et à la lettre à condition, bien sûr, qu'on n'indique pas le nom de son auteur.

On connaît l'issue catastrophique de la politique de conquête hitlérienne, cherchant à annexer des territoires agricoles et des populations colonisables par l'Allemagne, puisque ces excès militaires, en déclenchant la Seconde Guerre Mondiale, mirent le feu à la planète. Mais l'idéologie du retour à la campagne et à la nature, si elle ne mène certes pas nécessairement à un si funeste aboutissement militaire, ne permet guère de prolongements historiques estimables ; et il est d'autant plus notable qu'en s'étendant à l'ensemble du spectre politique, de l'extrême gauche des naturistes de Monte Verità à l'extrême droite de la Kraft durch Freude, elle avait gommé et entremêlé toutes les orientations précises au cours des années précédant l'avènement du nazisme. Formait-elle un pathos indifférencié qui pouvait servir de vivier à tout et à son contraire, ou bien possédait-elle une nature cachée qui penchait forcément, tôt ou tard, dans une direction déterminée (et, dans ce cas, laquelle) ? On peut sans doute produire des arguments favorables aux deux conceptions. Mais il paraît indéniable que dans sa tentative de réhabiliter des notions qui se situent à la base du système de justification de l'aliénation (comme le travail, l'effort, la productivité tangible, les « racines »), et que Hitler, un connaisseur en matière d'idéologie contraignante, avait très bien résumée sous la notion du « caractère éthique (sittlich) du travail », elle ne pouvait finalement se retrouver du côté de l'émancipation.

Le caractère historiquement récurrent de l'apologie du travail à travers une forme particulière de travail (p. ex. agraire) se présente donc sous la même forme cyclique que l'évolution économique elle-même :  ce retour fait partie du cycle, et, quoi que ses défenseurs en disent, il ne tend nullement à en sortir. Quel est l'élément déclenchant pour provoquer ce retour ? Tout porte à penser qu'il s'agit de la dévalorisation du travail contenue dans le processus de transformation du travail en général, et de la tentation de le « réhumaniser ». En effet, il est bon de rappeler que la critique des conditions dominantes, avant de se présenter comme une conscience subjective des individus, se présente comme une condition objective, comme un simple fait involontaire, mais incontournable. La critique du travail, par exemple, n'est pas la marotte plus ou moins surprenante ou critiquable de quelques originaux, comme voudraient les plus ineptes parmi nos contemporains, mais bien plutôt, tout d'abord, la destruction matérielle du travail au profit du capital. Les catégories précapitalistes, comme le travail et la famille, sont le combustible dont le capital se sert pour exister, c.a.d. aussi ce qu'il détruit.  On peut déjà lire cela dans le Manifeste Communiste de Marx et d'Engels. L'attirance pour le repli autarcique dans le travail marginal exprime à sa façon, étroitement déterminée par les contradictions économiques, la perception de l'impasse, et la tentation d'une régression ; et ce besoin s'y exprime avec une telle force qu'il parvient à faire oublier, aux sujets atteints par cette pathologie, les évidences qui, dans d'autres circonstances, leur crèveraient immédiatement les yeux.

Pour beaucoup d'entre les anciens drop-out, le séjour aux champs fut de courte durée, et la déception, jusque là, eut du bon. Pour d'autres, la réaction fut plus lente, ou même ne vint jamais, au point qu'on en trouve encore aujourd'hui sur place, éleveurs, fromagers, ou cultivateurs blanchis sous le harnais, plus ou moins piteusement accrochés au rêve d'antan, oscillant entre l'image de l'explorateur autonome et la recherche de subventions bienvenues. Depuis longtemps maintenant, on ne parlait plus d'eux, puisqu'il n'y avait rien à en dire. Le silence régnait dans leur impasse. Ce n'est qu'au milieu des récents rebondissements à propos des OGM que leur cas refait surface, et que croyant pouvoir sortir d'un oubli si amplement mérité, ils pensent pouvoir à nouveau se poser en donneurs de leçon, face à la décadence urbaine de ce qu'ils appellent le « système industriel » [14]. L'occasion est certes inespérée : c'est la décadence de leur propre milieu d'adoption qui les place tout d'un coup sous le feu des projecteurs. Mais cette soudaine arrogance repose sur l'oubli simultané de leur désertion ancienne, et de la misère de leur survie depuis lors : circonstances dont on peut à la rigueur ne pas se moquer, mais qui rendent à tout le moins ubuesque la pose du donneur de leçons. De même que jadis, animés d'un enthousiasme de rédempteur, ils étaient arrivés à contre-courant dans des villages que les jeunes natifs fuyaient au contraire à tire d'ailes, et en connaissance de cause, les voici vingt cinq ans après de retour en ville, voire devant les caméras, prêchant une fois encore à contre-courant de toute perspective historique. Le drame de leur vie aura été cette méprise permanente sur l'époque, et le refus forcené de l'admettre. Invoquer les horreurs de la manipulation génétique marchande sert déjà à cacher cela : leur abandon du terrain social moderne pour un micromilieu qui se trouvait certes sous perfusion, mais qui se présentait à eux comme support d'un certain nombre de fantasmes. C'est ainsi que l'on assiste à une sorte de nuit des morts vivants, où le portail des fermes s'ouvre sur ceux qui avaient disparu de l'histoire, et que revoici venir hanter l'esprit du néo-prolétariat urbain. Une illusion révolue vient toquer à la porte des circonstances qui l'avaient condamnée. Que ces circonstances ne soient plus qu'une immense misère n'a pourtant rien d'un plaidoyer en leur faveur, mais c'est là leur dernière possibilité d'émerger du néant, et le syllogisme susceptible d'épater la galerie. La restauration du monde paysan est désormais inscrite sur leur bannière comme si c'était l'avenir des villes. En matière d'émancipation, celui qui les a fréquentés jadis sait pourtant ce qu'on peut attendre d'eux aujourd'hui, ou même demain. « Il dépend de ces efforts que ce que Henri Mendras appelle une reruralisation de la société française aboutisse ou s'enlise. [...] C'est, je crois, la société tout entière qui peut trouver dans cette émergence d'une nouvelle culture rurale les éléments d'un ressourcement » : mais, cette fois, ce n'est pas Fried qui s'exprime, ni Hitler, seulement, dans les mêmes termes, un agro-économiste écologiste d'aujourd'hui[15].

NOTES 

[11] On retrouve les mêmes propos, de nos jours, dans les écrits d’écologistes puritains ou d’ennemis du « système industriel ».
[12] 
Reagrarisierung dans le texte original.
[13] De nos jours, cette proportion est passée, en France, à 14,5 % en 1965, puis à 3,0 % en 1999, illustrant le degré de mécanisation des travaux agricoles, le niveau d’industrialisation atteint, mais aussi à quel point le travail pénible de siècles d’enracinement peut être supprimé dans une population : le travail agricole représente en France, désormais, 3,5 % de la population active totale.
[14] « Il est tout à fait intéressant de voir, par exemple en France, se développer aujourd’hui tout un secteur de petites exploitations, souvent créées par des personnes d’origine non paysanne, cherchant à vivre d’autoproduction et de mise de leurs produits en marchés locaux avec un maximum de transformation sur place et d’exigence de qualité. Une importante migration des urbains vers le monde rural, qui se manifeste de façon constante depuis les années soixante-dix, se traduit par quelques implantations agricoles supplémentaires, mais surtout par la possibilité pour les paysans de vendre dans des circuits courts qui ont tendance à se développer » (François de Ravignan,
 La faim… comment s’en sortir ?, in : L’Ecologiste, n°7, Vol. 3, Juin 2002, p. 29).
[15] François de Ravignan, 
op. cit., p. 29.

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