Affichage des articles dont le libellé est rétroconception. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rétroconception. Afficher tous les articles

mardi 31 mai 2011

Les perspectives de Keynes en 1931

il est vrai que les besoins des êtres humains peuvent paraître insatiables. Mais ils peuvent être rangés selon deux catégories : les besoins absolus, en ce sens que nous les éprouvons quelle que soit la situation de nos semblables; les besoins relatifs, en ce sens que nous ne les éprouvons que si leur satisfaction nous procure une sensation de supériorité vis-à-vis de nos semblables. Les besoins qui rentrent dans la seconde catégorie, qui satisfont notre désir de supériorité, peuvent bien en effet être insatiables, car plus le niveau s’élève, plus eux aussi grandissent. Mais cela n’est pas vrai pour les besoins absolus – et on atteindra peut-être bientôt le point (bien plus tôt peut-être que nous ne le supposons) où ces besoins seront si bien satisfaits que nous préférerons consacrer nos énergies à des buts autres que des buts économiques.
Et voici donc ma conclusion, que vous trouverez, je pense, de plus en plus stupéfiante, au fur et à mesure que vous y réfléchirez :
Ma conclusion est la suivante : en admettant qu’il n’y ait pas d’ici là de grande guerre ou un accroissement considérable de population, le problème économique peut être résolu, ou du moins en bonne voie de solution d’ici cent ans. Cela signifie que le problème économique n’est pas – si l’on considère l’avenir – le problème éternel de l’humanité.
D’ici cent ans…

jeudi 21 avril 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (perception & phantasie)

« Je compris aussitôt, dès le 7 août probablement, soit un jour après Hiroshima et deux jours avant Nagasaki, que le 6 août était le premier jour à partir duquel l’humanité était devenue capable, de manière irréversible, de s’exterminer elle-même. Seulement, il m’a fallu des années avant d’oser me mettre devant une feuille de papier, pour remplir cette tâche qui était de rendre concevable ce que nous — par ce « nous », j’entendais l’humanité — étions alors capable de produire. Je me souviens : c’est en Nouvelle-Angleterre, quelque part du côté du Mont Washington, que j’ai essayé pour la première fois. Je suis resté assis des heures entières sous un noyer, la gorge nouée, devant ma feuille de papier, incapable d’écrire un seul mot. La deuxième fois — c’était en Europe, déjà, probablement en 1950 ou 51 — je crois que j’y suis arrivé. Ce qui a pris forme là était le chapitre de Die Antiquiertheit des Menschen [L’Obsolescence de l’homme] sur les « Racines de notre aveuglement face à l’Apocalypse » et sur le décalage [Diskrepanz] entre ce que nous sommes capables de produire [herstellen] et ce que nous sommes capables d’imaginer [vorstellen]. Aujourd’hui encore, je pense que j’ai effectivement dépeint, en soulignant ce décalage, la conditio humana de notre siècle et de tous les siècles à venir pour autant qu’ils nous soient encore accordés ; et que l’immoralité ou la faute, aujourd’hui, ne réside ni dans la sensualité ou l’infidélité, ni dans la malhonnêteté ou l’immoralité, ni même dans l’exploitation, mais dans le manque d’imagination [Phantasie]. Au contraire, aujourd’hui, notre premier postulat doit être : élargis les limites de ton imagination pour savoir ce que tu fais. Ceci est d’ailleurs d’autant plus nécessaire que notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons : comme ils ont l’air inoffensif, ces bidons de Zyklon B — je les ai vus à Auschwitz — avec lesquels on a supprimé des millions de gens ! Et un réacteur atomique, comme il a l’air débonnaire, avec son toit en forme de coupole ! Même si l’imagination seule reste insuffisante, entraînée de façon consciente elle saisit [nimmt] infiniment plus de « vérité » [mehr « Wahr »] que la perception [Wahrnehmung]. Pour être à la hauteur de l’empirique, justement, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il nous faut mobiliser notre imagination. C’est elle la « perception » d’aujourd’hui.»
Günther Anders, Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? Entretien avec Mathias Greffath, 1977, traduit de l’allemand par Christophe David, éditions Allia, 2004.
Notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons. Tout le problème est bien dans ce « décalage [Diskrepanz] entre ce que nous sommes capables de produire [herstellen] et ce que nous sommes capables d’imaginer [vorstellen] » : un décalage que les chiffres ne pourront jamais combler. Au contraire, ils sont trompeurs en donnant l’impression que l’on « estime » « raisonnablement » les risques. Avec l’imagination, l’on « voit » rapidement que l’on n’a pas les moyens de faire face à une véritable catastrophe. Ce qui se passe au Japon le prouve amplement.  
P. PRAXIS

jeudi 24 mars 2011

FUKUSHIMA, SYMPTOME D’AGONIE, DEBORDEMENT DE COMPLEXITE

Imbrication humaine des causes

D’après les informations qui nous ont été données, le tremblement de terre du 11 mars au Japon a normalement déclenché la procédure de mise en sécurité de la centrale nucléaire de Fukushima. Puis le tsunami est arrivé et a noyé les pompes de secours de refroidissement des réacteurs. Pour une panne d’électricité, la vie de millions de gens est mise en danger et une portion inconnue du tout petit territoire japonais risque d’être stérilisée pour longtemps. Des faits naturels se conjuguent dans une catastrophe où les conséquences apparaissent disproportionnées aux actions subjectives qui ont été effectivement engagées ou qui pouvaient être engagées pour les éviter.
La disproportion met en regard des pertes incalculables en vies humaines et en dégradation du milieu de vie avec un investissement et un objectif initiaux qui avaient un certain prix ; un investissement qui a « économisé » la vie humaine mais bien en deçà de ce qui avait été promis. Des options ont été prises à l’origine de la centrale électrique accidentée. Un projet avait été défini dans lequel un certain calcul faisait apparaître que l’électricité nucléaire à produire vaudrait globalement plus que les dépenses de conception, de construction et d’entretien sur toute la durée de vie de l’infrastructure. La comparaison du projet avec des modes alternatifs de production de la même quantité d’électricité, disponibles au même moment, avait laissé penser que le nucléaire rendrait la plus grande valeur. Le même objectif de production serait atteint à moindre coût avec les réacteurs de Fukushima. Mais que contenait vraiment l’objectif ?
En prix humain, la catastrophe en cours révèle une immense erreur de calcul. L’investissement et les coûts engagés jusqu’au tremblement de terre sont assimilables au versement d’une prime d’option dont le prix nominal a été le chiffre d’affaires encaissé par l’exploitant Tepco. L’échéance de l’option était la durée de vie prévisionnelle de la centrale électrique. Le contrat nominal sous-jacent au chiffre d’affaires prévisionnel était l’ensemble des normes techniques, sanitaires et politiques impliquées dans l’autorisation formelle publique à produire de l’électricité nucléaire. Tout le calcul financier à l’origine de la construction de la centrale s’est fondé sur une séparation politique normative de l’acceptable et de l’inacceptable ; et sur une anticipation de la disponibilité des techniques requises au respect des engagements pris. L’erreur de calcul bien apparente après la catastrophe se trouve donc dans la délimitation juridique même du civilement acceptable, donc dans l’évaluation des techniques propres à respecter les normes retenues et enfin dans l’effectivité des contrôles réalisés pour garantir le prix de revient anticipé de l’électricité produite.

Le risque de méconnaissance de la réalité

Le drame de Fukushima révèle une dimension tout à fait sous-estimée du risque des projets humains. Le risque n’est pas la seule imprécision des calculs financiers de rentabilité, c’est à dire la possibilité d’un prix de revient supérieur en fin de compte au prix de vente, mais le défaut d’identification des causes possibles de perte de valeur. Plus grave, les causes inconnues de non-valeur contiennent la possibilité de détruire l’homme lui-même ; de mettre fin à tout calcul. Plus grave encore : bien que l’homme connaisse depuis quelque temps sa capacité à s’autodétruire, il ne l’intègre pas dans ses anticipations d’erreur. Il n’a pas changé son mode de gouvernement qui consiste à laisser à quelques-uns la responsabilité d’engager la vie des autres sans avoir à répondre effectivement et concrètement d’intentions véritables ni des dégâts effectivement provoqués. Le coût humain des décisions engagées est arbitrairement pris en compte dans le calcul économique sans consultation ni information des personnes concernées.
Les accidents nucléaires se succèdent pour confirmer l’inadaptation des cadres nationaux de réglementation, de normalisation et de contrôle de cette industrie à l’emprise des projets engagés. Des autorités nationales publiques et privées n’ont nulle part toute la compétence, l’indépendance et l’objectivité requises pour juger du prix réel de leurs projets. Si le Japon peut légitimement estimer qu’il ait un besoin justifié d’électricité nucléaire, il apparaît absurde après la catastrophe de Fukushima d’avoir construit des réacteurs en zone sismique exposée aux tsunamis. Il est tout aussi absurde du point de vue de la proximité géographique et économique que l’Allemagne et la France n’aient pas de politique nucléaire commune. La catastrophe de Tchernobyl et celle de Fukushima montrent qu’aucun gouvernement ni aucune nation, et encore moins une entreprise, ne peut avoir une appréciation humainement objective et juste de sa politique nucléaire.
Ni les individus, ni les collectivités aussi grandes soient-elles n’ont une appréciation fiable de leurs propres intérêts ni des intérêts des autres. Les externalités qui déterminent l’intérêt humain peuvent peser bien davantage que la rationalisation qu’il produit. Il est des enjeux, soit par l’universalité de leurs conséquences, soit par la complexité des technologies utilisées, soit par l’étendue de leur emprise sur le milieu de vie naturel, qui dépassent la compréhension que les regroupements d’hommes peuvent en avoir, fussent-ils particulièrement éclairés et clairvoyants. Une hypothèse fondatrice du capitalisme libertarien actuellement en vigueur est contredite par la catastrophe de Fukushima. Ni les individus, ni les collectivités ne sont capables dans leurs projets même avec toute la science humaine à portée de main d’anticiper et d’éviter des erreurs d’appréciation qui compromettent l’avenir de l’humanité tout entière.

Ontologie de l’erreur capitaliste

Par capitalisme, il faut entendre le sens étymologique de la valeur produite par la tête ou une combinaison de têtes. Par libertarien, il faut entendre le choix de reconnaître une valeur absolue à la liberté d’un seul ou de quelques-uns sans que les autres n’aient un avis à donner. Fukushima est un produit du capitalisme libertarien même dans le pays de la cohérence sociétale. Un seul pays, une seule technocratie, une seule entreprise, un seul ensemble de consommateurs d’électricité ont pu décider d’engager un projet sur une vision partielle et partiale de la réalité qui engage toute l’humanité. La modélisation des entreprises humaines par la structure d’option permet de démontrer l’inanité économique de l’hypothèse d’une information optimale de l’offre par la demande dans le prix. L’option nucléaire de Fukushima fournit un exemple du principe de falsification que contient intrinsèquement le capitalisme libertarien contemporain ignorant la définition délibérative du bien commun.
Le résultat de l’option de Fukushima est l’incommensurable moins-value de la pollution radioactive engendrée par la perte d’intégrité physique de la centrale. Le prix promis de la production électrique de cette centrale se révèle faux. Les spécifications techniques, les contrôles et les procédures de sauvegarde qui constituaient le nominal de l’option ne remplissent pas l’objectif de sécurité vendu à l’origine de la centrale. Tout l’argent investi dans la centrale de son origine à sa destruction ne couvre pas la perte de valeur finalement obtenue. La prime investie depuis l’origine du projet a été calculée pour une rentabilité théorique qui ne préservait pas vraiment la valeur humaine. La perte occasionnée est supportée par la société japonaise tout entière et par toutes les victimes inconnues de la catastrophe.
On objectera que ce qui est arrivé n’était pas prévisible et ne pouvait pas être évité. Peut-être. Mais tout n’a pas été fait pour minimiser dans le réel les conditions de probabilité d’une tragédie. Si la nature optionnelle de la valeur économique avait été assumée, le projet de Fukushima aurait été conduit autrement. Toutes les causes du prix réel de l’électricité de cette centrale-là auraient été cotées sur un marché d’options humaines. Toute l’information nécessaire à une décision éclairée aurait été inventoriée, discutée, appréciée et perpétuellement réévaluée pour contenir le projet dans un canal de responsabilité effective de la valeur produite dans la valeur attendue. La réalité n’aurait pas été déterminée par le prix d’intérêts particuliers mais par la valeur universelle d’un objectif de production électrique au prix opté par tous ceux qui en assument le risque.

Savoir transformable en valeur

Le mode actuel de décision capitaliste repose sur une liberté de marché fantasmée par des individus mal associés. La liberté limitée aux détenteurs autoproclamés du capital est vouée à s’échouer sur la réalité universelle qu’elle ne peut réduire. Ce système de décision prétend limiter la mesure des biens aux prix nominaux négociés à l’intérieur d’une oligarchie d’un savoir confiné. Les sujets d’intelligence, de volonté et de choix ne sont pas identifiables ni consultés à l’extérieur de l’oligarchie enfermée dans ses limites. La prime des options prises par les sachants et les puissants n’est pas librement négociable. Le savoir et la puissance ne sont pas vérifiables par des savoirs et des potentiels humains différents. Celui qui croit à la justesse d’une option ne peut en acheter la prime. Celui qui voit une erreur potentielle ne peut s’en prémunir en vendant la prime.
Ce capitalisme libertarien anticipe des prix nominaux sur l’hypothèse invérifiable du bien représentable par quelques-uns. Il ne capitalise pas les primes d’option de toutes les causes possibles d’un bien commun infini a priori. Le développement exponentiel des produits dérivés sur les trente dernières années montre l’extraordinaire fertilité de l’intelligence humaine à modéliser les réels possibles pour en anticiper le prix. Mais si les possibilités du réel ne sont pas clairement exposées et accessibles à l’ensemble de ses sujets, le prix nominal établit un privilège de valeur. La réalité devient un bénéfice restreint à quelques-uns alors que les pertes d’anticipation retombent sur tous. Si l’économie de la réalité possible est délibérément exposée à l’analyse ouverte de toute intelligence, le choix du prix nominal repose sur l’information la plus élargie de l’intérêt à faire et consommer ; une information qui ne soit pas exclusive de l’intérêt à ne pas faire pour ne pas mettre la vie personnelle en danger.
Si la capitalisation du prix de la valeur projetée est fondée sur des primes d’option de la réalité nommée sans exclusive, elle pose des limites de réalité objective au nominalisme politique, juridique, scientifique et financier. Appliqué au développement d’une centrale nucléaire, l’évaluation optionnelle du projet part des premiers plans jusqu’au démantèlement complet des installations après utilisation. Le prix d’une centrale nucléaire implique que la technologie qu’elle emploie soit décrite et déposée. Les ingénieurs qui croient à l’application de la technologie dans un projet identifié en garantissent l’exécution en touchant la prime d’option tandis que les ingénieurs qui croient à la surestimation de la valeur des plans vendent la même prime en tant qu’assurance du prix de la moins-value qu’ils anticipent.

Option de réalisation de la valeur nommée

Une même prime rémunère une réalisation pour son vendeur, ou bien l’incertitude du prix réel à terme pour son acheteur ; la prime représente le prix du risque, c’est à dire la possibilité de réalisation ou de non-réalisation du prix aux échéances définies. La certification technologique de valeur des plans déposés n’a de sens qu’à travers les théories scientifiques qui les sous-tendent et à travers les normes du vivre ensemble qui structurent l’élaboration et l’application concrète des théories. La loi légale nomme les normes du vivre ensemble qui produisent les lois scientifiques qui rendent la réalité transformable. L’optionalité d’une technologie est elle-même réduite, rationnellement nommée, par l’optionalité des conditions de son application. Les scientifiques achètent la prime des ingénieurs qui couvrent l’option des technologies employées ; la société politique achète la prime de la science produite, enseignée et évaluée par ses applications concrètes.
La fiscalité et les prélèvements d’assurance de la société politique sont des primes de valeur de l’agence économique dans l’État de droit. Tout citoyen est protégé par la prime publique à remplir ses engagements économiques. Les primes fiscales et sociales financent la régulation par production d’un cadre humain de renégociation permanente des primes d’option ; les primes publiques sont investies dans l’intégrité de jugement des agents économiques et dans la réparation des pertes de valeur non portées des engagements nominatifs. La finalité de l’État de droit est d’assurer l’universalité de la valeur de l’option de continuité sociale entre le prix de la réalité effectuée, la nomination de cette réalité et la réparation des erreurs de réalisation des promesses de prix.
La négociation transparente à toute personne des options de prix de tout objet garantit une réalité présente et permanente à l’annonce de toute valeur en monnaie. La monétisation du prix est l’engagement en droit d’une option de réalité nommée au présent dans la prime et nommée à l’échéance de l’option sous le prix nominal d’une livraison conforme à la promesse d’origine. Par le paiement de la prime, la société exige la réalité de la valeur anticipée par l’engagement d’un vendeur du nominal déposé dans le marché. L’achat obligatoire de la prime de tout objet intéresse toute la société à développer sa connaissance de la réalité afin de transformer les primes réglées en plus-value de prudence. Les prix nominaux sont garantis par le savoir personnellement engagé de réalité. La plus-value est subordonnée à la vérification du savoir par la démocratie des personnes.

Monnaie de droit humain accompli

La validation du savoir transformé par l’option à agir induit la métamorphose de la monnaie. Le signe monétaire n’est plus seulement une représentation de la possibilité du prix et du calcul de la valeur mais l’engagement réel de reconnaissance des personnes dans une société politique identifiable et responsable. L’émission monétaire sous-jacente à l’option du prix est conditionnée par l’application d’une loi de souveraineté. Entre des souverainetés différentes, la valeur de la Loi applicable doit être mesurable par une convertibilité légale de monnaies de nationalités différentes. Un prix dans une monnaie doit avoir valeur légale dans une autre monnaie par l’optionalité garantie du change. Et la prime de la Loi dans une monnaie doit être légalement calculable hors d’une loi nationale particulière. Une société de droit qui nomme, négocie, anticipe et garantit tout ce qu’elle produit est obligée de se garantir elle-même. Tout étranger manifeste son intérêt à investir et tirer un bénéfice personnel de la valeur réelle d’une nationalité en achetant la prime de change dans une monnaie internationale ou en vendant des actifs dans la monnaie nationale.
Si la logique d’information des objets de valeur par la nomination en droit, en prix et en prime de la réalité future, garantit la valeur universelle d’une transaction à l’intérieur d’une souveraineté nationale, elle la garantit tout autant à l’extérieur. A la condition d’une négociation de l’option de change du prix de la monnaie nationale dans les mêmes règles de transparence adoptées par les nationaux ; à la condition donc d’un marché international d’option où toute transaction en monnaie nationale soit convertible en monnaie internationale garantie par l’achat effectif de la prime de change. La continuité financière entre la réalité, le droit et les engagements économiques à l’intérieur d’une souveraineté s’étend par la monnaie internationale à n’importe quelle autre souveraineté engagée dans le principe de réalité du prix par l’option du droit des personnes.
L’option négociable dans un marché d’égalité des droits entre personnes est un puissant outil de définition de la réalité, de réalisation du droit à produire et de reconnaissance des sujets de la valeur universelle. Fondée sur la responsabilité intelligente de toute personne conviée sans réserve à la transformation du réel effectivement demandée par la société politique, l’option mobilise la seule ressource humaine qui puisse réduire la complexité d’un univers partiellement perceptible, partiellement libre de la volonté humaine, partiellement intelligible et partiellement explorée. L’homme sait depuis qu’il s’est engagé dans la civilisation qu’il ne peut servir à la fois son humanité et l’argent. S’il accapare la matérialité de la monnaie pour lui-même, il détruit la société qui le relie à la réalité.

Ethique monétaire

L’argent est bien la réalité économique quantifiée de la relation de transformation du monde par l’homme ; il est impossible de ne pas détruire l’homme et le monde sans séparer à l’intérieur de la monnaie, la matière de valeur, l’intelligence de transformation, la finalité du calcul économique et la mesure effective de la réalité. Toute confusion des différents prix détruit l’anticipation humainement vraie de la réalité. Il est impossible d’opérer la distinction monétaire des vraies causes de la valeur sans l’option discutable dans la démocratie. Sans le marché ouvert des options des causes du prix, la ploutocratie élimine la discussion du futur. Fukushima est la conséquence ultime de la finance qui perd l’homme dans le calcul individualiste. Combien faut-il de vies sacrifiées pour instaurer la responsabilité politique et financière de la personne ?

SOURCE : pauljorion.com

samedi 5 mars 2011

Le XXIème siècle sera acrobatique



 

SOURCE : CLÉS

Entretien avec Peter Sloterdijk


CLES : Lorsque Nietzsche proclame la mort de Dieu, il prophétise deux siècles de nihilisme à venir. Vous qui revendiquez parfois un « nietz-schéisme de gauche », seriez-vous aussi pessimiste pour le XXIe siècle ?

Peter Sloterdijk : Nietzsche parle de nihilisme car il a compris qu’au fond des choses on trouve le hasard et non la divine et sage nécessité tant vénérée depuis le début des temps. Notre temps a rattrapé cette intuition importante. L’inflation de la « renommée » ou, mieux, de la celebrity, qui va s’imposer comme la principale expression du destin dans les décennies et siècles à venir, est à cet égard très révélatrice. Au XXIe siècle, n’importe qui pourra devenir une vedette mondiale pour les raisons les plus imprévisibles et souvent les plus ridicules. Ce sera donc le siècle de la tyrannie du hasard. Bien sûr, le hasard a toujours été au pouvoir, mais il n’était jamais perçu dans son état nu. Tant que les êtres humains se résignaient face à ce qu’ils étaient incapables de contrôler, le hasard leur apparaissait sous une lumière religieuse quasi comme la manifestation d’une force majeure – celle du destin. Mais la seconde moitié du XXe siècle a créé une humanité persuadée que le premier droit de l’homme est de vivre dans un monde libéré des caprices du destin : c’est dans un univers rationalisé que le scandale du hasard – ce grand producteur d’inégalité – va donc se profiler de plus en plus. Il sera la force majeure du futur. On le remarque déjà dans la culture du XXe siècle : les inégalités qui n’expriment que le règne du hasard provoquent le sentiment de vivre dans un monde absurde.

L’époque semble pourtant tourner le dos à l’absurde. Ce qui s’exprime aujourd’hui relève plutôt d’une volonté de sens.
L’individualisme du XXIe siècle consistera précisément dans la volonté de présenter le hasard comme une action voulue et préméditée. Ce sera une forme nouvelle d’une éternelle mystification. Dans le passé, on vivait avec le sentiment d’une nécessité qui imprègne tout, d’une prévision globale qui agirait en grand metteur en scène de l’histoire du monde comme histoire du salut. Or, Nietzsche a écarté le rideau : ce sont bien la répétition et le hasard que l’on trouve si l’on va jusqu’au bout des choses. Là est la nouveauté de la pensée moderne. On la digère mieux si l’on considère qu’à côté de la comédie du hasard absolu, dont les combles sont le monde tel qu’il est et moi-même tel que j’existe, la densification progressive des civilisations sur la Terre est devenue l’autre facteur du destin qui va modeler l’avenir. « Densité » veut dire que les probabilités de rencontres et de collisions sont devenues quasiment infinies. Vous pouvez à n’importe quel moment faire une rencontre qui va réorienter votre vie.

Précisément, dans votre trilogie « Sphères », vous défendez l’idée iconoclaste que l’individu des villes, malgré la multiplication des foyers célibataires, n’est jamais seul.
Mon projet est fondé sur une hostilité philosophique à l’égard de l’idéologie de l’individu solitaire. Ma thèse est qu’en dernière instance il n’y a pas d’individu. Je refuse le concept erroné de la solitude ontologique sur laquelle s’est édifiée la société des modernes. En vérité, être veut toujours dire être accompagné mais pas nécessairement par un accompagnateur visible. Dans la solitude apparente de l’individu se cache toujours un couple invisible. Etre célibataire, c’est donc former un couple avec un Autre caché – fût-ce mon moi inconnu. La subjectivité moderne, urbaine, disponible et active répond parfaitement à l’idée du couple projeté à l’intérieur. C’est vivre la différence de soi-même à soi-même. La capacité de vivre seul signifie avoir trouvé les moyens, les médias, les exercices pour se compléter de manière autoréférentielle. Je ne suis jamais seul avec mes livres, avec la musique que j’ai choisi d’écouter, avec mon polylogue intérieur. De ces choses-là, je parle avec beaucoup de détails dans le troisième volume de la trilogie, « Ecumes ». Les Américains le savent : lorsqu’ils nous quittent en nous disant « take care », c’est une manière de s’adresser à notre jumeau inconscient.

Les Français diraient plutôt « bon courage », un signe que l’idée de solitude individuelle est plus ancrée ici qu’outre-Atlantique ?
Pourquoi ne pas concevoir le courage comme un accompagnateur plus ou moins fidèle ? Moi et mon courage, nous nous débrouillons finalement pas mal ! Le courage est le génie de tous les jours.

La psychologie a pris l’ascendant sur la philosophie. Est-ce pour avoir proposé un modèle de couple intime – moi et mon inconscient –, là où les philosophes promouvaient l’idée d’une conscience autonome, donc solitaire ?
Toute la problématique de la première philosophie européenne découle du fait que les Grecs appelaient les humains « les mortels ». Lorsque la décision est prise de mettre l’accent sur la mortalité, on se tourne vers l’adulte, l’exemplaire complet de l’être humain. Face à l’homme qui sait qu’il meurt, on a toujours l’impression que la solitude sera la vérité ultime de l’existence. Or, il serait tout à fait concevable de mettre l’accent sur l’autre pôle de l’existence : la naissance. Dans l’histoire des idées, ce motif a été évalué tardivement, par Heidegger, Hannah Arendt ou moi-même. Ici, la natalité devient décisive. Or, elle ne porte aucune trace de solitude : naître, c’est affronter un comité d’accueil – et la première pré-idée du nouveau-né est : ici, il y a du monde. Les gens d’abord, les choses ensuite. Il n’y a donc que des nouveaux venus qui, au sein de la famille, expérimentent cette tonalité profonde de l’accueil qui donnera sa forme à ce qui plus tard deviendra « le monde ». Philosophiquement, nous vivons un tournant qui mène d’une priorité de la mortalité à la natalité. Les hommes du XXIe siècle ne seront plus des mortels mais des naissants, des êtres natals. Pour repenser les droits de l’homme à la hauteur de nos savoirs, il faut concevoir une humanité au-delà du diktat de la mortalité pure – une humanité dont les ressortissants expriment la volonté de venir au monde jusqu’au bout.

Nous devrions donc vivre notre vie comme une succession de naissances plutôt que de petites morts ?
Ce qui nous amène à faire un pas supplémentaire vers la démystification du destin. Autrefois, il consistait à être « jeté » dans le monde, pour reprendre le terme morose et génial du jeune Heidegger. Or, celui qui est jeté en avant ne peut jamais s’approprier les forces qui l’ont jeté.

Démystifier le destin nous permet donc de nous réapproprier les forces qui nous ont jetés dans le monde ?
Oui, à commencer par le canon biologique qu’est la sexualité. Mais il faut utiliser le mot « appropriation » avec réserve. Ce n’est pas pour rien que le XXe siècle a sécularisé la sexualité : il s’agissait d’arrêter le destin qui, fondamentalement, consiste dans le fait que les êtres humains produisent des enfants – et souvent, ils en produisent trop. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient lorsqu’ils mettaient au monde des enfants auxquels ils ne pouvaient promettre ce que les Américains appellent « a decent life ». Une vie décente, c’est précisément ce que les parents devraient être capables de promettre à leur progéniture. La gestion de la procréation est le secret du destin. La plupart du temps, le malheur est un héritage. Certes, ces mécanismes ne seront jamais complètement éclaircis. Mais nous sommes désormais assez informés pour savoir qu’il est possible de ne pas faire de nos maladies somatiques et psychologiques un héritage obligé pour ceux qui nous suivent. L’éventail des techniques thérapeutiques permet aujourd’hui d’interrompre la malédiction. Et c’est précisément cela : les Lumières sont une entreprise pour saboter le destin. On peut interrompre la mauvaise répétition. Et comme on le voit dans les pays occidentaux aux temps de la deuxième contraception, le destin peut être aussi interrompu en supprimant la surproduction humaine.

Mais elle continue un peu partout ailleurs ?
Le XXIe siècle sera celui d’une nouvelle distribution des rôles entre les civilisations qui produisent trop d’enfants et celles qui n’en produisent pas assez. Pour l’instant, il existe à ma connaissance soixante-deux nations en décroissance démographique et près de cent trente qui possèdent une reproductivité positive, modérée ou exagérée. Sous l’hypothèse optimiste selon laquelle le XXIe siècle ne verra pas une série de catastrophes aussi terribles que le précédent, on peut espérer que la plupart de ces cent trente rejoindront bientôt le club des pays qui font peu d’enfants.

La Tunisie et l’Iran, par exemple, sont déjà tombés au niveau de la France.
C’est surprenant et, en même temps, logique. Alors que nous discutons de la folie des ayatollahs, il vaudrait mieux parler de cette raison extraordinaire dont font preuve les couples iraniens en ne produisant que deux enfants. Voilà une chose que les ayatollahs ont sous-estimée : il y a une sorte de grève biologique. Car, en ne faisant pas plus de deux enfants, les Iraniennes privent l’Etat de croyants futurs, capables de se sacrifier dans une guerre sainte. Il n’y aura plus de guerre sainte en Iran parce qu’il n’y aura plus de jeunes hommes pour la mener, même si l’idée restera encore quelques années dans les têtes des dirigeants. Là-bas aussi, on rejoint les Français et les Américains qui représentent, depuis longtemps, la société du fils unique. On ne peut plus mener des guerres qui demandent beaucoup de sacrifices avec des armées de fils uniques – raison pour laquelle l’art de faire la guerre en Occident s’oriente de plus en plus vers les armes automatiques.

Vous dessinez une image assez cruelle des civilisations passées.
Dans l’histoire du monde, ce sont les deuxièmes et les troisièmes fils qui ont été les grands perturbateurs. Les cultures de fils uniques s’apaisent. Pourquoi la France a-t-elle abandonné l’idée de révolution vers 1880-1890 ? Parce qu’elle a été le premier pays à pratiquer le principe de la famille à deux enfants. Les autres nations se moquaient de l’amour à la française, c’est-à-dire la façon de faire l’amour pour empêcher le troisième enfant. L’Europe riait sous cape des pratiques de coït anal ou de l’amour buccal. Mais c’était le véritable pacifisme, parce qu’on ne produisait plus assez d’enfants pour faire la guerre. Vous me direz que cela n’a pas empêché la France de se jeter dans la Première Guerre mondiale. Mais ce sont les générations nées avant le tournant démographique qui se sont retrouvées dans les tranchées. La Deuxième Guerre a été perdue par la France, entre autres, parce qu’elle se trouvait en décalage par rapport à l’Allemagne où la baisse du taux de natalité a eu lieu plus tard, autour du début de la Première Guerre mondiale. Les dernières cohortes démographiques massives, nées entre 1910 et 1914, avaient près de 20 ans quand Hitler est arrivé au pouvoir. Ainsi, il trouva deux millions de jeunes hommes prêts à brûler, et sa conviction profonde était qu’ils étaient faits pour cela.

Si l’on prend la naissance comme motif de pensée privilégié, les courbes démographiques deviennent une structure d’explication fondamentale de l’évolution des sociétés humaines…
Les Grecs disaient que le meilleur des sorts est de ne pas être né. On peut entendre cette phrase comme une confession optimiste : la meilleure chose, dans la perspective de ceux qui vivent déjà, est de ne pas peupler la terre de foules que l’on ne peut nourrir. Cette omission élémentaire est l’essence même de l’humanité. Là, il faut combattre l’idéologie « mortaliste » du papisme. L’Eglise catholique n’a pas opéré ce tournant essentiel vers les temps modernes : elle veut encore épargner du sperme pour le réserver exclusivement à la procréation. Et si l’Italie est un des pays au taux de natalité le plus bas du monde, c’est en dépit du Vatican et grâce aux Italiennes qui ont décidé de reporter leur désir d’avoir des enfants au risque de ne jamais rencontrer ce moment.

En multipliant les possibilités de thérapies spirituelles, nos sociétés du confort ne nous offrent-elles pas le privilège de connaître une seconde naissance ?
Attention à l’expression « seconde naissance ». Les XIXe et xxe siècles ont été le théâtre de la fin des religions « de la rédemption ». Spirituellement parlant, on entre dans une période où ce n’est pas la rédemption, mais la décharge (en allemand « Entlastung ») qui compte. La rédemption classique proposait un chemin de salut qui nous arrachait à ce monde et nous réorientait vers un autre : il s’agissait de tourner le dos à sa première vie pour se vouer à un mode de vie radicalement différent. Depuis quelques siècles, nous avons parcouru une transformation spirituelle gigantesque, qui mène d’une spiritualité imprégnée par le refus de la vie et du monde à une spiritualité fondée sur leur acceptation. Voilà pourquoi la religion de la décharge, du soulagement, de la facilitation de la vie, du bien-être, ou du « care » pour reprendre un terme qui, curieusement, apparaît en politique, jouera un rôle essentiel dans les rituels de l’humanité à venir. Pour nous, il n’y a plus de seconde naissance. Tout le monde mise sur la première, qui sera suffisante pour permettre la floraison d’une spiritualité nouvelle.

Cette manière neuve de considérer la spiritualité n’est-elle pas l’enjeu de votre dernier livre, dans lequel vous constatez que la crise économique va nous obliger à changer nos vies, ce que la politique n’a pas obtenu ?
Tirant le bilan de trente ans d’exercices spirituels et physiques, j’ai choisi le chemin d’une nouvelle anthropologie philosophique. Dans les notions de base de notre civilisation, autrement dit dans la théorie de l’action classique de nos sociologues, il manque un terme sans lequel il est impossible de dire comment nous vivons. Pour les classiques de la sociologie, il y a d’un côté la communication, et de l’autre, le travail : on peut soit se parler, soit tourner le dos à l’autre pour investir ses énergies vers l’élaboration d’un produit. Mais ce que les Modernes ont oublié, c’est la troisième dimension de nos activités : l’exercice.

Qu’entendez-vous par exercice ?
L’exercice consiste en opérations répétitives, dont le résultat est l’amélioration de la capacité du sujet à effectuer cette opération. Celui qui s’exerce élabore sa propre forme. Il faut comprendre que l’être humain est une créature qui ne peut pas ne pas faire d’exercices : on est condamné à la répétition. La seule alternative, c’est de répéter consciemment ou se laisser avoir par les habitudes. Les habitudes passives sont simplement des exercices inconscients, des dépendances ou des obsessions. Par contre, toute culture supérieure commence avec la découverte que l’on est capable de se former soi-même à travers des exercices volontaires. La culture personnelle, c’est la volonté de libérer l’acrobate en soi.

D’où l’importance croissante du coaching ?
Dans la perspective spirituelle, la conscience de cette dimension de l’exercice dans l’existence humaine va, à mon avis, s’accentuer. De façon inattendue, le sport aura été le grand annonciateur de ce mouvement. Par sa nouveauté relative, le sport était le phénomène le plus saisissant, dans le profil de la civilisation moderne. Sa démocratisation prouve que les activités autoréférentielles ont atteint la première place. Ma prophétie est que, dans vingt ans, la sociologie ne parlera plus guère du travail ni de la communication, mais de ce groupe d’activités que nous appelons exercices.

Des exercices qui ne seront donc plus seulement sportifs, mais aussi spirituels ?
Le sport est la métaphore de quelque chose qui le dépasse amplement. Bien sûr, sa dimension costaude et primitive est palpable. Mais le simplisme des sportifs ne devrait plus servir d’excuse aux intellectuels pour s’en désintéresser. Car, à travers le sport, on observe l’émergence d’une spiritualité fondée sur l’affirmation de la forme. Or, nous savons depuis Nietzsche qu’être, c’est être en forme. Etre en forme est un phénomène complexe qui englobera la quasi-totalité de ce que l’on appelait autrefois religion. Mais la nécessité de se mettre en forme, sans que cela soit imposé par autrui, ne peut être que le résultat d’une culture quotidienne, c’est-à-dire d’un système de bonnes habitudes. Cela ouvre des perspectives à long terme. Ici, il faut corriger Malraux : le XXIe siècle sera acrobatique ou il ne sera pas.

La culture consumériste des médias de masse ne décourage-t-elle pas cette nécessité pour chacun de conquérir sa propre forme ?
Les médias de masse répondent à la nécessité d’offrir un entraînement à ceux qui ne veulent pas faire d’efforts. Le résultat est connu : nous sommes en route vers 50 % d’obèses dans la population mondiale. Néanmoins, même à travers les mass media, une intuition essentielle est transmise : le début de toute sagesse, de toute intelligence personnalisée, consiste dans le choix de l’entraîneur. A un moment, on comprend qu’on ne peut pas s’entraîner seul. Dans cette perspective, même un instrument peut être un maître : un piano, un violon, des percussions, un jeu vidéo.

Vous utilisez un concept assez large d’exercices spirituels…
Seule une vision élargie nous permettra de saisir les lois de nos biographies cognitives. N’oublions pas qu’une carrière spirituelle moderne contient plusieurs conversions. La conversion classique suivait un schéma selon lequel on passait de l’adoration des dieux romains ou germains au Dieu chrétien. Bouddha, Mohamed, Christ sont d’ailleurs les noms de grands entraîneurs et leurs successeurs ne sont que des entraîneurs de deuxième ordre qu’on connaît mieux sous le nom d’apôtres ou de prêtres. La conversion se révèle donc être un changement d’entraîneur.

Votre fille vivra la plus grande part de sa vie au XXIe siècle. Que lui souhaitez-vous de connaître ?
Comme elle a compris qu’il ne suffit pas d’être belle, elle a fait un choix intelligent en votant pour un bon internat, où elle peut faire tout ce qui est nécessaire pour affronter son avenir : des exercices d’amitié, des exercices d’espoir, des exercices de savoir, des exercices de coups de téléphone à ses parents enchantés.

lundi 17 janvier 2011

Zen y el arte del mantenimiento de la motocicleta




Zen y el arte del mantenimiento de la motocicletaZen y el arte del mantenimiento de la motocicleta.Una indagación sobre los valores, del filósofo norteamericano Robert M. Pirsig es un maravilloso libro iniciático, de esa clase de libros de culto que leí apenas hace poco más de década que de cuando en cuando releo en época estival y aún hoy me sigue cautivando.
Zen y el arte del mantenimiento de la motocicleta es un libro inclasificable, que engañan por su título [no es propiamente un tratado de Budismo, aunque tiene cierta inspiración zen, ni un manual de mantenimiento de motocicletas, aunque tenga algunas pistas, ni una exactamente una novela, aunque lo parezca], un título que, intuyo, viene dado por la ola de libros titulados "Zen y..." que se publicaron en los contraculturales años 60' y 70' marcados por la contestación"anti-sistema", el movimiento hippie, Vietnam, la psicodelia y la influyente obra californiana del filósofo inglés Alan Watts, títulos que en realidad heredaron su prefijo de la estupenda obra de introducción al Budismo Zen [esta sí] Zen en el arte del tiro con arco, del filósofo alemán Eugen Herrigel, posiblemente uno de los primeros occidentales que junto con el mencionado Alan Watts mejor entendieron y practicaron Zen.

Publicada en Estados Unidos en 1974 [en España veinte años más tarde], donde se sitúa la historia, narra el viaje en motocicleta de la costa este a la costa oeste, de un padre [el mismo] y su hijo [Chris, al que llama Fedro, en honor a la obra de Platón, 
Fedro o de la Belleza]. Hay quien ve en esta obra un tratado de Filosofía, de Moral, de Educación, de Estética, de Diseño y hasta de Metafísica de la Calidad o de la Calidad Transcendente. Es posible. Es una obra polimórfica, que ha inspirado a mucha gente y no deja de sorprender así pasen los años. Lo dicho, os dejo con Robert M. Pirsig.

"Cuando el pensamiento analítico -el cuchillo- es aplicado a la experiencia, siempre hay algo a lo que se le da muerte en el proceso. Esto es cosa entendida en las artes. Mark Twain, después de haber reunido los conocimientos suficientes como para pilotear una embarcación en el Mississippi, descubrió que el río había perdido su belleza".


"Los instrumentos de precisión están destinados a conseguir una idea, la precisión dimensional, cuya perfección es imposible. No hay parte de la motocicleta cuya forma sea perfecta, y nunca la habrá, pero cuando se llega tan cerca como lo permiten estos instrumentos, ocurren cosas notables, y uno echa a volar a través de la campiña impulsado por una fuerza a la que cabría llamar mágica si no fuese tan completamente racional en todos los aspectos. Lo fundamental es la comprensión de esta idea intelectual racional. John contempla la moto y ve acero en diversas formas, experimenta sentimientos negativos respecto a estas formas del acero, y prescinde de todo el asunto. Yo contemplo ahora las formas del acero y veo ideas. El cree que trabajo sobre partes, pero yo trabajo sobre conceptos."
"Hablaba ayer de estos conceptos cuando dije que una motocicleta puede ser dividida según sus componentes y según sus funciones. Y cuando dije que los componentes pueden subdividirse en un conjunto energético y un conjunto de marcha, aparecieron repentinamente nuevos conceptos. Y cada vez que establecía una ulterior división, surgían más conceptos basados en estas divisiones, hasta que tuve una gran pirámide de conceptos. Finalmente, mientras dividía la moto en piezas cada vez más pequeñas, estaba construyendo también una estructura."
"Hay otras muchas clases de estructuras tales como causas que producen largas estructuras en cadena de la forma: "A causa B que causa C que cauda D" y así sucesivamente. Una descripción funcional de la motocicleta esta estructura. Éstas se encuentran normalmente relacionadas entre sí según pautas y directrices tan complejas que nadie puede entender más de una pequeña parte de ellas en toda su vida. El nombre general de estas estructuras interrelacionadas es sistema. La motocicleta es un sistema. Un verdadero sistema."
"Hablar de ciertas instituciones del gobierno y del establishment como "el sistema" es hablar correctamente, puesto que tales organizaciones se fundan en las mismas relaciones conceptuales que una motocicleta. Son sustentadas por relaciones estructurales incluso cuando han perdido todo otro significado y propósito. La gente llega a la fábrica y efectúa una tarea totalmente carente de significado desde las ocho hasta las cinco, sin preguntar por qué exige la estructura que las cosas sean así. No hay en ello un villano, no hay "el malo" deseoso de que ellos vivan estas existencias sin significado; se trata, tan sólo, de que el sistema lo exige y nadie quiere asumir la formidable misión de cambiar la estructura sólo porque carece de significado."
"Pero arrasar una fábrica, rebelarse contra un gobierno o abstenerse de reparar una moto porque es un sistema, es atacar a los efectos más bien que a las causas, y mientras el ataque se realice tan sólo contra los efectos, ningún cambio es posible. El verdadero sistema, el real sistema, es nuestra actual construcción del propio pensamiento sistémico, de la propia racionalidad, y si una fábrica es destruida pero se deja en pie la racionalidad que ella producía, entonces esta racionalidad producirá, simplemente, otra fábrica. Si una revolución destruye un gobierno, pero las pautas sistémicas de pensamiento que producía ese gobierno se dejan intactas, entonces tales pautas se repetirán en el gobierno subsiguiente. Se habla tanto del sistema y se le comprende tan poco..."


"La calidad es una experiencia directa independiente y anterior a las abstracciones intelectuales."
"Calidad no es ni mente ni materia, sino una tercera entidad independiente de las otras dos..., aun cuando la calidad no pueda definirse, usted sabe bien que es."
"¿Y qué es bueno, Fedro, Y qué no lo es?... ¿Necesitamos pedirle a alguien que nos diga estas cosas?."


Para saber más: Robert M. Pirsig Bio y Robert M. Pirsig en Wikipedia

Metafísica de la Calidad en Wikipedia

Zen and the Art of Motorcycle Maintenance [Texto en Html]

Fedro o de la Belleza [Texto en Html]

Algunos clásicos Zen [Texto en Html]

Eugen Herrigel en Wikipedia

Alan Watts en Wikipedia

Zen en Wikipedia

Hippie en Wikipedia

Psicodelia en Wikipedia

Contracultura en Wikipedia

mercredi 22 décembre 2010

WikiLeaks : qui règne par le code tombera par le code

source : liberation.fr


Par Luis de Miranda (créaliste)


L’être humain est un animal protocolaire. Nos comportements obéissent, consciemment ou non, à des codes. Jusqu’à une époque récente, le protocole était un instrument de pouvoir hégémonique. Plus on maîtrisait les règles et leur construction, plus on contrôlait la population. L’écriture et la police des protocoles étaient le privilège des élites. Internet est aujourd’hui le lieu par lequel l’humanité est en train de prendre conscience que la liberté passe par la reprise en main collective de la construction et de la réinvention des protocoles. Le nom de WikiLeaks restera comme l’un des jalons de cette démocratisation. Dans le mot «WikiLeaks», «Leaks» est important : ce sont les «fuites» grâce auxquelles les cercles décideurs qui jadis apparaissaient solides comme le roc se liquéfient et perdent de leur superbe. Mais «Wiki» est tout aussi signifiant : cela veut dire que tout un chacun peut contribuer à cette démystification active des protocoles.

Quel est le point commun entre Internet et les cercles diplomatiques ? Ce sont deux mondes régis par des protocoles très stricts, mais de manière inversée. La rigueur diplomatique est un vernis de surface qui permet toutes les hypocrisies, les coups bas et trahisons. Le protocole est mis en scène, tandis que les manœuvres restent dans l’ombre. La rigueur d’Internet se trouve au contraire dans tout ce que l’on ne voit pas : dans ses codes sources, dans ses standards universels d’écriture des programmes et de traitement des informations (par exemple, sur Internet, les standards RFC, TCP/IP ou HTML). Ce qui est visible immédiatement, sur le Net, c’est un joyeux chaos, la turpitude, la liberté d’expression, toutes les manifestations du kaléidoscope humain. Nous sommes depuis longtemps vaguement familiers des codes qui régissent la vie plus ou moins feutrée des ambassades, ces règles plus ou moins tacites d’étiquette, de préséance et de relations entre les Etats et leurs émissaires. Nous connaissons moins bien la récente logique opératoire de la technologie numérique.
Wikileaks est le produit de la culture hacker. Un hacker, ce n’est pas un méchant boutonneux qui provoque la troisième guerre mondiale en bidouillant des computeurs. Un hacker est un acteur du réel : sa pratique repose sur le reverse engineering, ou rétroconception. Qu’est-ce à dire ? Il s’agit de déconstruire les programmes, les règles ou les protocoles construits par des groupes à vocation monopolistique pour comprendre comment ils sont bâtis à la source, afin de les modifier et de devenir acteur de ses propres instruments de communication, si possible en open source, c’est-à-dire conformément à l’esprit des logiciels libres, modifiables par tous ceux qui se donnent la peine de connaître la logique numérique des protocoles. Mais cette manière de faire, les hackers ne la limitent pas aux programmes numériques : à force de passer le plus clair de leur temps sur Internet, les jeunes générations ont désormais l’algorithme dans la peau : elles comprennent à quel point nos protocoles mondains, nos règles politiques et sociales, nos comportements, nos goûts, nos croyances, nos identités ont été construites et sont des instruments de contrôle.
Le monde diplomatique, celui des dirigeants, n’est certes pas sacré. Beaucoup l’ont répété dans leurs analyses, les fuites de WikiLeaks ne sont pas très surprenantes dans le contenu. Mais n’oublions pas que «le message, c’est le médium», selon la fameuse et toujours éclairante formule de Marshall McLuhan. La force de l’événement historique en cours réside dans la forme plutôt que dans le fond. Cet événement se dit ainsi : le «numérisme», à savoir la codification globale de nos représentations en suites électroniques binaires est un nouvel ADN universel. Ce numérisme, par effet de contraste, met de plus en plus à jour une tendance humaine complémentaire, le «créalisme», volonté de s’autonomiser, de se maintenir librement à l’écart des automatismes, tout en reprenant en main une recréation démocratique des protocoles. En anglais, cela se dit empowerment; en français, capacitation.
Les vieux mondes analogiques élitistes du double langage et du bluff, ceux notamment de la politique, ne peuvent qu’être ébranlés. Le message qu’envoie WikiLeaks à ceux qui gouvernent est le suivant : à présent que vous avez recours à la logique numérique pour organiser le monde et contrôler les masses, sachez que les masses pourront avoir accès, comme vous, à ce protocole universel pour le détourner ou en démasquer les usages hégémoniques. Une démocratisation inévitable, sauf à mettre en prison tous ceux qui connaîtraient la programmation informatique, tentation qui semble démanger certains dirigeants, y compris en France.
Celui qui règne par le code tombera par le code. Ceux qui entendent contrôler les masses par la biométrie, le contrôle électronique, doivent s’attendre à voir les protocoles numériques se retourner contre eux grâce à la vigilance de quelques-uns, pourvu qu’Internet et la presse restent libres. Une liberté qui ne doit pas être que technique, mais critique et constructive. Car n’oublions jamais, avec Orwell, que le numérisme seul, sans créalisme collectif, ne mènera pas à plus de démocratie, mais seulement au meilleur des mondes.
Dernier ouvrage paru : «De l’art d’être libres au temps des automates» (Max Milo, 2010).