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vendredi 28 octobre 2011

Les migrations, telles qu’elles ont eu lieu en réalité, et à « un cheveu » près !

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-de-pracontal/221011/samedi-sciences-15-du-nouveau-sur-nos-origines
non seulement, on savait depuis plus ou moins deux ans que Néanderthal et Sapiens avaient cohabité un bon moment, mais s’étaient parfois « épousaillés » =) nombre d’entre nous ont qq gènes néanderthaliens …( lesquels étaient moins habiles de leurs mains ( outils ), mais plus « spirituels » ( sépultures ) et devaient compenser leur non habileté par des stratégies …
là, autres croisements :
… »Les recherches menées dans la grotte de Denisova ont montré que ce site exceptionnel avait été fréquenté par trois variantes de l’espèce humaine : les Néandertaliens, les hommes modernes et les Denisovans, dont on ne connaît à ce jour que trois fossiles, tous retrouvés dans la fameuse grotte sibérienne. Mais cette rareté n’empêche pas que dans le passé, les Denisovans, comme les Néandertaliens, se sont croisés avec les hommes modernes.
En effet, les analyses d’ADN effectuées par les chercheurs de Leipzig montrent que les Aborigènes et les Mélanésiens possèdent des segments d’ADN communs avec les Denisovans. Mais on ne trouve pas l’ADN des Denisovans chez tous les peuples océaniens ; ils sont absents, par exemple, du génome de l’ethnie Jehai de Malaisie. Ce qui confirme encore un scénario en deux vagues, l’une ayant atteint l’Océanie directement, sans croiser les groupes humains archaïques, tandis qu’une autre se serait mélangée avec les Denisovans.
… »En un mot, on assiste à un changement de paradigme en paléo-anthropologie. Et il a suffi d’un cheveu pour l’amorcer… »
Tiens, tiens, changement de paradigme ! …

dimanche 25 septembre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

Il n’y a pas que les Etats qui réduisent violemment la voilure, les grands groupes aussi à l'image de VEOLIA (voir le paragraphe « accélération du recentrage des opérations du groupe », ça a l’air anodin mais c’est du brutal).


 Avant il fallait diversifier, maintenant il faut recentrer.
 
C’est beau la foi.

mercredi 7 septembre 2011

EXTRAIT DE L'IMPRÉCATEUR (1974)

McGanter prit mes mains entre les siennes. Elles étaient rondes, blanches et grasses :
- Vous savez, reprit-il, il est exact que j’ai passé la plus grande partie de ma vie à faire du profit, à rechercher de nouveaux marchés, à fabriquer de plus en plus ; mais, depuis quelques années, si je veille toujours à notre cash-flow, c’est avant tout pour que mes actionnaires me fichent la paix, qu’ils soient rassurés, fiers, et qu’ils n’exigent pas de trop forts dividendes ; moi, ce qui m’intéresse maintenant, c’est la puissance.
- Le pouvoir de l’argent, dis-je.
- Non, non, pas le pouvoir de l’argent, répliqua McGanter avec vivacité ; si vous saviez la jouissance extrême que me procure cette accusation que le monde porte contre moi : vous avez renversé le régime démocratique chilien! C’est ça le pouvoir, c’est ça, la vraie puissance : créer des crises économiques et monétaires, favoriser l’armement de telle ou telle nation, les lancer ensuite les unes contre les autres, ça c’est un pouvoir que l’argent ne suffit pas à donner! Il y faut une organisation gigantesque, un façonnage des esprits, une mentalité de commando, que dis-je de commando, de croisé, de conquérant! Toutes ces conditions sont aujourd’hui réunies dans Rosserys & Mitchell-International ; nous ne sommes pas loin de dominer le monde ; il n’y a rien de commun entre moi et le pétrolier ou le banquier le plus riche du monde, même si nos intérêts sont évidemment étroitement imbriqués : eux sont puissants parce qu’ils sont riches, moi je suis puissant parce que le profit ne m’intéresse plus, parce que le jour viendra où moi ou mes successeurs nous obligerons les gouvernements à autoriser Rosserys & Mitchell à lever des armées!
- Lever des armées! m’exclamai-je, incrédule.
- Eh oui! ça vous étonne? Et pourtant vous verrez. Nos biens seront menacés partout dans le monde, car nous aurons suscité la haine et la jalousie des peuples ; aucun État, pas même l’État américain, n’aura les moyens ni la volonté de défendre ces biens quand ils seront attaqués ; voyez où nous a conduits la guerre du Viêt-nam! Imaginez que partout, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, nos biens soient attaqués, nos influences combattues, nos agents spéciaux assassinés ! Comment voulez-vous que les puissances occidentales, même unies, même coalisées, puissent défendre nos intérêts sur 60 ou 200 champs de bataille du type Viêt-nam ou Angola! Les moyens des Etats sont trop faibles et, de plus, les gouvernements ne seraient pas assez motivés car leurs peuples finiraient par exiger d’eux la paix, le retrait des troupes ; non, les démocraties occidentales sont incapables de nous défendre. Tandis que, si j’organise à l’échelle mondiale les moyens colossaux des trois ou quatre multinationales les plus puissantes, si j’arme des mercenaires sur place, si je fais combattre des Boliviens multinationaux bien payés contre des Boliviens nationaux traqués et squelettiques, si je dresse des régiments indonésiens contre les étudiants et les maquisards de la campagne de Djakarta, alors je gagne, alors je deviens le maître du monde, alors les gouvernements de l’Occident, libérés du souci guerrier, pourront calmer leurs peuples, s’occuper des lois sociales, de l’urbanisme, de la circulation. Thieu est un mauvais exemple au Viêt-nam du Sud : il est soutenu par le gouvernement américain, et, comme nous soutenons le gouvernement, on croit qu’on le soutient. Mais c’est faux. Je vous garantis que, si une coalition de multinationales soutenait Thieu, il aurait gagné, nous aurions gagné depuis longtemps. Simultanément, on aurait soutenu l’expansion chinoise, l’économie soviétique. L’erreur au Viêt-nam, c’est de soutenir Thieu parce qu’il n’est pas communiste ; ces querelles sont dépassées ; le critère du soutien, c’est la concordance des intérêts au service d’une hégémonie d’un type nouveau ; il faut parfois supprimer des régimes anticommunistes et soutenir des régimes communistes ; prenez Castro, je n’ai vraiment rien aujourd’hui contre Castro ; croyez-vous que j’aime la junte chilienne? Ce ne sont pas des criminels, ce sont des idiots ; une coalition de multinationales n’aurait sans doute pas soutenu la junte.
René-Victor Pilhes, L’imprécateur, Seuil (1974)

dimanche 28 novembre 2010

La Grande divergence de Kenneth Pomeranz


 Recension parue dans Le Monde des livres :
Ce n’est qu’une affaire de temps, on nous l’a assez répété : l’hégémonie économique chinoise mettra fin à la suprématie occidentale. A lire Une grande divergence, la somme de l’historien américain Kenneth Pomeranz consacrée à la construction de l’économie mondiale depuis le XVIIIe siècle, le processus serait moins nouveau qu’il n’y paraît.
S’inscrivant dans une perspective « à double sens », le brillant sinologue y compare les économies asiatique et européenne à la veille de la Révolution industrielle. Ses conclusions sont à la fois inattendues et audacieuses : certaines régions d’Asie et d’Europe avaient atteint, à la fin du XVIIIe siècle, un niveau de développement comparable. Comment expliquer alors la distance qui sépara les deux espaces par la suite, et pourquoi la révolution industrielle eut-elle lieu en Grande-Bretagne plutôt qu’en Chine ? Par une sorte de hasard écologique et conjoncturel, répond Pomeranz : la disponibilité des ressources en charbon et l’exploitation du Nouveau Monde sont les deux principaux phénomènes à l’origine de cette « grande divergence ».
Enfin traduit en français, ce livre constitue l’une des contributions les plus novatrices à l’histoire économique récente. D’une immense qualité, dense et exigeant dans son contenu mais d’une exposition limpide, il éclaire les enjeux de l’équilibre économique mondial contemporain.
Pomeranz n’est évidemment pas le premier à s’interroger sur les raisons de la suprématie occidentale. Depuis la fin du XIXe siècle, les sciences humaines n’ont eu de cesse de le faire. Nombreuses ont été les théories considérant que l’Europe « était porteuse d’un gène particulier, spécifique et surgi en son sein, de la réussite industrielle ». Mais aucune analyse n’a vraiment envisagé le phénomène à l’échelle globale : la plupart postulaient l’infériorité économique consubstantielle de l’Asie par rapport à l’Europe.
Spécialiste de la Chine moderne, professeur d’histoire à l’Université de Californie, à Irvine, Pomeranz a été l’un des premiers à mener un travail d’analyse rigoureux consacré à des espaces économiques aussi éloignés que l’Asie et l’Europe. Son travail a provoqué d’innombrables débats dans le monde entier, car, comme le rappelle l’auteur dans une préface inédite, « que sont des travaux sur des thématiques aussi vastes que celle que j’aborde ici, sinon des moments dans un dialogue permanent ? ».
C’est en partant du constat d’un « fossé injustifié entre nos façons de qualifier des phénomènes qui, aux deux extrémités de l’Eurasie, étaient de même nature » que Pomeranz entreprend de démontrer les similitudes et les points de convergence entre certaines « régions-centres » de l’Ancien Monde au XVIIIe siècle. Le delta du Yangzi en Chine, la plaine du Kantô au Japon, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Gujarat en Inde présentaient des « ressemblances étonnantes », en termes démographiques par exemple. La consommation de produits de luxe était « au moins aussi répandue parmi les diverses classes de Chinois et de Japonais que parmi les Européens ». La Chine importait toutes sortes de produits exotiques, perles d’Asie, lorgnons venus d’Occident et fourrures de Russie. En outre, l’Europe semblait moins efficace dans certains domaines considérés traditionnellement comme les facteurs du dynamisme économique, tels l’organisation des marchés et la division du travail. Ces différentes régions avaient donc atteint, à la fin du XVIIIe siècle, des limites comparables : elles étaient toutes « en marche vers un commun cul-de-sac « proto-industriel » où la production (…) parvenait tout juste à devancer la croissance démographique « .
Dès lors, pourquoi l’Europe fut-elle le berceau de la révolution industrielle et pas la Chine ? D’abord, selon Pomeranz, la « chance » de la Grande-Bretagne fut de disposer d’importants gisements de charbon à proximité des lieux de l’activité économique, quand les ressources chinoises étaient éloignées des grandes régions de production. Au XIXe siècle, le combustible fossile joua donc le rôle de « substitut de la terre », au moment où on ne parvenait plus à accroître ses rendements. La seconde cause est à chercher dans l’exploitation de l’Amérique coloniale, riche de matières premières, et sans population pour les consommer. Selon lui, la croissance ne fut donc pas seulement endogène, mais rendue possible par des ressources extérieures. Enfin, insiste Pomeranz, ce n’est pas avant le milieu du XIXe siècle que l’Europe « devint cette monstruosité cousue d’or ». La divergence fut donc tardive.
Ce livre constitue l’un des premiers ouvrages de référence de la global history (histoire globale ou mondiale), programme de recherche séduisant mais dont la mise en oeuvre n’est pas toujours aisée. Pomeranz montre tout l’intérêt de dépasser les cadres nationaux pour mener à bien le travail comparatiste, en choisissant d’étudier des « régions-centres ». Cette optique transnationale invite à considérer un monde décloisonné et une histoire décentrée, qui ne fait ni de l’Europe ni de la Chine le coeur des processus historiques. C’est en abordant une pluralité d’espaces que l’historien met en perspective des réalités jusqu’alors déconnectées.
En refusant de postuler la supériorité des valeurs européennes, et en particulier une « opposition théorique entre souverains tempérés (d’Occident) et absolus (d’Orient) », Pomeranz n’écarte pas pour autant les explications culturelles ou politiques. Mais il balaie définitivement le grand roman d’un Occident éclairé contre le reste du monde obscurantiste et inadapté à la modernité. La thèse, nécessairement simplifiée ici, est d’une infinie richesse, et envisage le processus historique et économique dans toute sa complexité.