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dimanche 1 janvier 2012

Situation de Transhumance (explore extinction highways)

La dissonance  interne au système le déchire de toute part et ne peut-être camouflé que par l'engourdissement sensible ou la fatuité morbide. 
Symptômes qui ne font rien à l'affaire. 
Ce qui camoufle étouffe.
Cette agonie au long cours que l'on appelle crise 
arrive à la phase aigüe de son évolution, l'effondrement. 
Le conflit ne peut plus être tu, 
la carapace de l'enfermement va sauter.

"Groucho, isn't it?"

*

« Aucune société ne peut vivre sans se donner une représentation d'elle-même. Cette représentation fait partie des significations imaginaires sociales corrélatives à son institution. Or, contrairement à toutes les sociétés précédentes, la société capitaliste ne se donne pas d'elle-même une représentation mythique ou religieuse ; elle veut s'en donner une représentation rationaliste qui soit en même temps sa « justification ». L'idéologie capitaliste est rationaliste : elle invoque le savoir, la compétence, la scientificité, etc. Le pseudo-«rationel» est la pièce centrale de l'imaginaire de cette société. Et cela vaut aussi pour l'idéologie marxiste, devenue religion laïque d'État. Je dis bien rationaliste et non pas rationnelle. Elle prétend à une rationalité vide et suspendue dans l'air, et que toute sa réalité contredit. Dans aucune autre société on ne constate cette antinomie entre le système de représentation que la société se donne d'elle-même, et sa réalité effective. La réalité d'une société archaïque, esclavagiste, ou féodale, est conforme à son système de représentations d'elle-même. Mais la société moderne vit sur un système de représentations qui pose la rationalité comme à la fois la fin et le moyen universel de la vie sociale — et qui est démenti par chacun de ses actes. Elle prétend être rationnelle — et produit massivement ce qui est irrationalité de son point de vue même. »

Cornélius CASTORIADIS,
("Une société à la dérive", 1977)

mercredi 21 septembre 2011

"Nous y sommes" par Fred Vargas

Fred Vargas est archéologue et écrivain (de romans policiers très recherchés notamment). C’est un vrai régal de la lire quand elle se met à flinguer le monde fou de la surconsommation et de la croissance.

Nous y voilà, nous y sommes...

Depuis 50 ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes : la Troisième Révolution qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. «  On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidement, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie – une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

SEGUN LEAB, EL "PERFECT STORM" ES PARA NOVIEMBRE

 Crisis sistémica global - El cuarto trimestre 2011: Fusión implosiva de los activos financieros mundiales

Como lo anticipara el LEAP/E2020 desde noviembre de 2010, y en varias oportunidades hasta junio de 2011, el segundo semestre de este año se inicia claramente una súbita recaída de la crisis. Cerca de 10.000 millardos de USD de los 15.000 millardos de activos-fantasmas, anunciados en GEAB N° 56, ya se han volatilizados. El resto (y probablemente mucho más) lo va a hacer durante el cuarto trimestre de 2011 el que se caracterizará por, lo que nuestro equipo llama, « la fusión implosiva de los activos financieros mundiales ». Los dos principales centros financieros mundiales, Wall Street en New York y la City en Londres, serán los « reactores privilegiados » de esta fusión. Y, según lo previsto por el LEAP/E2020 desde hace varios meses, es la solución de los problemas de la deuda pública de algunos estados de Eurolandia lo que permitirá a esta reacción alcanzar su masa crítica, después de lo cual nada será controlable; pero es en Estados Unidos donde se encuentra lo esencial del combustible que alimentará la reacción y la transformará en una real conmoción mundial (1). Desde julio de 2011 lo único que se hizo es empezar el proceso que conduce a esta situación: ¡lo peor está por delante y muy próximo!

jeudi 15 septembre 2011

Vaneigem ou l'or noir des situationnistes



Source : Non Fiction/Yann Ciret

Recension de l'ouvrage de Raoul Vaneigem, "Entre le deuil du monde et la joie de vivre".
 
Résumé : Mêlant l'autobiographie à la critique, Vaneigem dresse un bilan de sa participation au groupe situationniste, éternellement écartelé entre pulsion de mort et instinct de vie.


L’influence de Raoul Vaneigem sur la jeunesse de Mai 68 fut grande, peut-être se répandit-elle plus facilement que celle de La Société du Spectacle de Debord, dont les thèses arides semblaient s’inscrire dans le même marbre que celui que grave la loi. Les écrits de Vaneigem, plus ouvertement libertaires, laissaient déjà poindre l’anarchisme hédoniste de l’auteur futur du Livre des plaisirs et de Nous qui désirons sans fin. Jusqu’à présent, il n’était jamais revenu aussi précisément sur ses années situationnistes. Avec Entre le deuil du monde et la joie de vivre, on entre dans une critique du "situationnisme", ce que la culture et les médias ont fini par faire de ce courant entre esthétique et politique, puis plusieurs livres s’enchâssent ici dans une langue solide, flirtant avec un classicisme teinté de saillies baroques, précieuses.

Ce n’est pas le moindre des plaisirs de lecture de ce livre que d’y entendre un verbe roide, hautain parfois, épouvanté d’une rage sombre, tantôt nonchalante, puis en basse continue, se déchaînant contre l’anéantissement de l’humanité. Il faut le dire, il y a un style, un ton, un humour souvent sarcastique, que nous ont laissé les situationnistes. Avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, en 1967, Raoul Vaneigem a marqué d’une pierre d’angle ce mélange de rigueur formelle et de concepts percutants. Beaucoup imitée, jamais égalée, cette belle machine rhétorique n’existe réellement qu’à travers deux œuvres : celles de Raoul Vaneigem et de Guy Debord. Leur amitié ne résista pas au reflux de 68. Dans sa lettre de démission à l’Internationale situationniste en 1970, Vaneigem pose la question qui va l’occuper jusqu’à ce dernier livre : "Comment ce qu’il y avait de passionnant dans la conscience d’un projet commun a-t-il pu se transformer en un malaise d’être ensemble ?", pour répondre, en partie, par le peu de pénétration des idées situationnistes dans le milieu prolétaire, de la même manière que d’autres groupes gauchistes.

Il se repose toujours la même question, est-ce à une d’élite d’apporter ses lumières théoriques à une classe opprimée et au nom de quoi ?, pour parvenir à un constat plus profond : le mode situationniste de comportement dupliquait une haine de soi, une volonté de démolition, qui n’était pas exempte de nihilisme, d’une pulsion de mort. Vaneigem interroge une forme de folie rance, celle qui a pu le transformer en "ange exterminateur" reproduisant symboliquement les actes staliniens d’exclusion, de crimes potentiels, d’une confrérie dupliquant le schéma meurtrier du bouc émissaire. Il déplie cette "table ronde" chevaleresque des égaux situationnistes où, comme il le dit, l’enjeu du pouvoir était dominant. On s’apercevra, avec le temps, que Entre le deuil du monde et la joie de vivre n’est pas un simple témoignage, mais une réflexion essentielle pour reprendre la liaison entre utopie et agir.

Chaque phrase creuse le problème d’un mouvement qui avait vu la société de consommation comme une Vanité, une tête de mort disponible pour chaque citoyen, son tombeau, et là il faudrait citer tout le livre : "Mais voici que ce confort se dérobe entre les mains de millions de gens, qui se retrouvent sans humanité et sans avoir." La peur, l’effroi s’emparent de chaque travailleur subordonné à des puissances qui le dépassent, le détruisent. Et là où Vaneigem est important, c’est que quittant le "jouir sans entrave et vivre sans temps mort" de 68, il décape ce que le désir a pu devenir comme accélérateur pour les révolutions capitalistes. Les situationnistes appelaient de leurs vœux une société du jeu vital, de l’expression libre, mais ce dispositif fut idéalement capté par l’économisme. De fait, la critique du "Spectacle" servit de fleuron à celui-ci, le désir ou les désirs sont les proies que l’économie cherche et suscite pour les inféoder. On pourrait faire la même analyse pour nombre de philosophes de 68. Sans resserrer ces penseurs dans une même critique du désir comme producteur d’asservissement, le livre de Vaneigem, qui ne s’embarrasse pas de telles précautions, pointe l’impasse d’un certain type de révolution.

Il ne faudrait pas restreindre Entre le deuil du monde et la joie de vivre à un arrachement aux errements des situationnistes, malgré leur perspicacité, mais à une méditation sur le devenir mortifère des révoltes : "Car enfin, nous avions entrepris la révolution en gageant ses espérances sur notre fin apocalyptique." Et, encore plus cinglant : "Dans l’hystérie paranoïaque de notre groupe d’hémophiles excoriés retentissait l’écho d’une exaltation que nous voulions romantique ; elle était seulement morbide." Les assertions claquent comme des refus de se laisser prendre, à nouveau, dans ce désir de pouvoir qui ne cache que celui de n'en avoir aucun. Vaneigem revient sur ces exclusions meurtrières que les situationnistes pratiquaient comme des purges internes, faute de trouver l’ennemi extérieur auquel s’affronter directement. Ce livre entrelace une biographie personnelle, intimement issue de l’histoire de la classe ouvrière, où le présent est décrit comme "Pénétrer dans l’abîme du calcul égoïste, c’est se laisser pénétrer par lui. Au regard des requins mercantiles qui le sillonnent, toute existence est une proie.", et puis ce retour violemment critique sur ses années situationnistes.

Ce n’est en rien un reniement, une repentance, mais au contraire une fidélité qui perçoit en quoi il s’en fallut de peu pour que le monde ne bascule. C’est à ce centre de gravité, qui est aussi un hymne à la vie, que Vaneigem garde son adhésion. Même si l’on peut contester sa perception des émeutes de banlieues, qui reste classiquement marxiste, les classes dangereuses sont forcément traîtres à leur cause, il n’en reste pas moins que c’est le seul situationniste qui a fait la critique salutaire d’un mouvement, indépassé à ce jour, non pour le calomnier, mais pour lui donner sa teneur la plus forte, directe. Versé dans l’alchimie des désirs, il change l’or noir des situationnistes, leurs sarcasmes, pour ne garder que leur joie d’être, leur insurrection. Cette irruption intense de vie qui échappe à la volonté de puissance, cette révolution personnelle, incalculable, Vaneigem nous en donne le legs, avec une générosité rare, un timbre de voix qui résonne, comme une injonction à changer le monde.  

mercredi 7 septembre 2011

Los orígenes del Manuscrito de Los Comunes


Como ya sabemos esto nunca sucedió, los aguaceros continuaron e inundaron todo. Al temporal sólo le siguió el miedo, un miedo pertinaz que caló hasta los huesos, y que se extendió como una plaga. Fue en extremo extraño, pero las formas corporales cambiaron, muchos se encorvaron como esperando a que se dispersaran los cielos grises. Doblados y contraídos, los habitantes urbanos experimentaron la violenta coherencia de una nueva corporalidad: la mirada cambió, obligada a dirigirse al suelo, al igual que el paso, más corto y lento. Tal fue así, que por la cinética de sus movimientos y la extraña proyección de sus cuerpos, comenzaron a ser conocidos con sobrenombres del reino animal: erizos, cucarachas, pero sobre todo tortugas. En el nuevo teatro de sombras en el que se convirtieron las calles de Madrid, se podían ver decenas de miles de formas proyectadas sobre las aceras, curiosa mezcla entre humanos y galápagos, extraña confusión de morfologías producto de las curvaturas del miedo.
Así fueron pasando los meses y los años. Todavía hoy, produce cierto cosquilleo en el estómago, pues hasta los sectores más activos de aquella sociedad, acabaron adoptando la posición encorvada, mientras se preguntaban por qué razón no había habido una revuelta, un estallido social o al menos un debate sincero sobre lo que estaba ocurriendo. Argumentos no les faltaban, pues fue entonces cuando se privatizaron la sanidad, la educación y hasta el agua y el aire. La persecución a los inmigrantes fue constante y el capitalismo financiero, en continua y acelerada caída, no dejó de meter su mano en todo aquello que oliese a dinero. Mientras, los políticos, quizás de los pocos que todavía se mantenían erguidos, lanzaban discursos solemnes sobre el compromiso público con la ciudadanía, o bien dejaban escapar insultantes sonrisas mientras pedían paciencia y reclamaban que todos arrimasen el hombro, «eran tiempos difíciles» decían.
Pero la crisis siguió. Y a fuerza de esperar a que escampase, los barrios se deterioraron, el paro creció hasta dejar a cerca de la mitad de la población sin fuentes de renta seguras, y lo que fue peor, el mal de la curvatura lumbar se hizo más agudo. Sólo unos pocos se atrevieron a reclamar algo de dinero para aliviar los dolores de espalda. Inmediatamente fueron acallados, ese dinero debía destinarse a reflotar la maltrecha economía. Por otra parte, la reivindicación no sólo era arriesgada, sino temeraria, pues la crisis no podía permitir ningún alivio que impidiese a sus habitantes desviar la mirada del suelo. La solución a la crisis pasaba porque todos tuviesen los ojos y los pies clavados en tierra, en la más evidente de las necesidades materiales de su propio cuerpo. El dolor era necesario.
No fue hasta 2015, cuando las reivindicaciones paliativas fracasaron, cuando algunas, en un ejercicio de valentía que todavía se recuerda, decidieron afrontar lo que les hacía mirar hacia abajo, señalando la causa última del encorvamiento generalizado: el miedo. Semejante atrevimiento podía tener sus costes, al recuperar la antigua posición corporal, que los habitantes de la ciudad habían perdido hacía ya más de una década, los ojos, acostumbrados a la sombra que imprimía el propio cuerpo, podían resultar abrasados. Levantar la vista podía quemar las retinas, se decía. Es cierto que quienes se propusieron este desafío tardaron un tiempo en recolocar sus cervicales y el resto de sus vértebras hasta volver a la posición original. Pero normalmente el ejercicio de reconstrucción duraba poco, y en unos pocos días se podía recuperar una visión completa, de arriba a abajo, de la ciudad.
Las cosas habían cambiado mucho, la mayoría estaban peor. La destrucción de los servicios públicos, el paro, la degradación de los barrios o el aumento de la pobreza ofrecían imágenes de una tierra devastada. Pero ¿qué hacer? Muchas cosas sin duda. En las zonas más afectadas se organizaron comisiones que daban apoyo básico frente a problemas y situaciones de urgencia. También se tomaron las plazas y se ocuparon casas vacías y solares abandonados, a fin de al menos tener techo y organizar algunos servicios elementales, desde una mínima asistencia sanitaria hasta la formación elemental de aquellos que habían sido expulsados de las escuelas privatizadas. Ponerse erguido comenzaba a tener sentido, más allá de la valentía de las primeras osadas.
Pero la realidad no era la misma para toda la ciudad. En ocasiones, las caóticas avenidas, eran atravesadas por coches espectaculares, que iban y venían a gran velocidad; en algunas calles se veía un lujo increíble, plagadas de tiendas como museos y palacios como catedrales. Siguiendo los pasos de los habitantes que las frecuentaban, todos ellos erguidos y despreocupados, se acababa en un puñado de zonas residenciales fortificadas. Allí vivían los súper-ricos, los que habían aprovechado la crisis para aumentar sus fortunas.
La pregunta era obvia. Si el miedo a la crisis parecía haberse instalado en toda la sociedad ¿cómo es posible que un sector de la misma saliera indemne, o incluso beneficiado? La respuesta también lo era. Los recién incorporados vieron todo lo que les habían robado mientras andaban con la mirada perdida en el suelo. La crisis había sido un simple robo. Era sencillo, la riqueza que entre todos y todas se había producido seguía ahí, sólo que ahora estaba mucho peor repartida.
Era el momento de pensar. Y las comisiones de apoyo se propusieron hacer inventario del saqueo. No podían dedicarse simplemente a gestionar la miseria. Las protestas y las luchas incipientes, siempre reprimidas, acabaron por concluir en la redacción de un programa. Se trataba de redactar una constitución que invirtiese la situación y estableciese los derechos que correspondían a todos los habitantes de la ciudad de Madrid. A esta ley la llamaron la Carta de los Comunales. Y para su redacción volvieron a la época del Medievo. Pues entre legajos y fueros antiguos, encontraron una palabra, «común», que no podía ser definida ni por referencia a la propiedad privada ni al Estado, apostando por un modo (comunitario) de hacer las cosas que nada tenía que ver con el mercado. La Carta encarnaba el espíritu del momento, propugnaba un nuevo estatuto ciudadano en el que las instituciones públicas fuesen exorcizadas igualmente de la burocracia y de los intereses económicos, reconducidas a un territorio nuevo (los comunales), lejos de la clase política y los flujos financieros.
Como en toda coyuntura histórica que encuentra una lectura adecuada, la Carta concitó el interés de la mayoría. Fue apoyada por cientos de miles de ciudadanos y prohibida por las instituciones municipales y regionales, quedando proscritas aquellas juntas comunales que empezaron a crearse. La tensión no cejó desde entonces. Las comisiones crecieron y su capacidad para gestionar servicios cada vez más amplios, llegó a generar lo que podríamos llamar el embrión del primer procomún urbano. La paradoja es que si por un lado la represión fue brutal y salvaje contra las manifestaciones y huelgas sociales, no se atrevió con las redes de apoyo y subsistencia que hacían funcionar ya buena parte de los recursos de la ciudad. La Carta acabó así por convertirse en una especie de mantra de resistencia. Como los cuentos de los pueblos antiguos, desde entonces, ha seguido siendo recitada por miles de espontáneos, promesa de realidad los nuevos adeptos a la resistencia.
Hoy, tocando a su fin el año 2023, con más de diez años de insurrección permanente a nuestras espaldas, reproducimos por primera vez sobre papel sus primeras versiones, las más poéticas: modesto homenaje a aquellos primeros resistentes que se atrevieron a vivir erguidos.

EXTRAIT DE L'IMPRÉCATEUR (1974)

McGanter prit mes mains entre les siennes. Elles étaient rondes, blanches et grasses :
- Vous savez, reprit-il, il est exact que j’ai passé la plus grande partie de ma vie à faire du profit, à rechercher de nouveaux marchés, à fabriquer de plus en plus ; mais, depuis quelques années, si je veille toujours à notre cash-flow, c’est avant tout pour que mes actionnaires me fichent la paix, qu’ils soient rassurés, fiers, et qu’ils n’exigent pas de trop forts dividendes ; moi, ce qui m’intéresse maintenant, c’est la puissance.
- Le pouvoir de l’argent, dis-je.
- Non, non, pas le pouvoir de l’argent, répliqua McGanter avec vivacité ; si vous saviez la jouissance extrême que me procure cette accusation que le monde porte contre moi : vous avez renversé le régime démocratique chilien! C’est ça le pouvoir, c’est ça, la vraie puissance : créer des crises économiques et monétaires, favoriser l’armement de telle ou telle nation, les lancer ensuite les unes contre les autres, ça c’est un pouvoir que l’argent ne suffit pas à donner! Il y faut une organisation gigantesque, un façonnage des esprits, une mentalité de commando, que dis-je de commando, de croisé, de conquérant! Toutes ces conditions sont aujourd’hui réunies dans Rosserys & Mitchell-International ; nous ne sommes pas loin de dominer le monde ; il n’y a rien de commun entre moi et le pétrolier ou le banquier le plus riche du monde, même si nos intérêts sont évidemment étroitement imbriqués : eux sont puissants parce qu’ils sont riches, moi je suis puissant parce que le profit ne m’intéresse plus, parce que le jour viendra où moi ou mes successeurs nous obligerons les gouvernements à autoriser Rosserys & Mitchell à lever des armées!
- Lever des armées! m’exclamai-je, incrédule.
- Eh oui! ça vous étonne? Et pourtant vous verrez. Nos biens seront menacés partout dans le monde, car nous aurons suscité la haine et la jalousie des peuples ; aucun État, pas même l’État américain, n’aura les moyens ni la volonté de défendre ces biens quand ils seront attaqués ; voyez où nous a conduits la guerre du Viêt-nam! Imaginez que partout, en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, nos biens soient attaqués, nos influences combattues, nos agents spéciaux assassinés ! Comment voulez-vous que les puissances occidentales, même unies, même coalisées, puissent défendre nos intérêts sur 60 ou 200 champs de bataille du type Viêt-nam ou Angola! Les moyens des Etats sont trop faibles et, de plus, les gouvernements ne seraient pas assez motivés car leurs peuples finiraient par exiger d’eux la paix, le retrait des troupes ; non, les démocraties occidentales sont incapables de nous défendre. Tandis que, si j’organise à l’échelle mondiale les moyens colossaux des trois ou quatre multinationales les plus puissantes, si j’arme des mercenaires sur place, si je fais combattre des Boliviens multinationaux bien payés contre des Boliviens nationaux traqués et squelettiques, si je dresse des régiments indonésiens contre les étudiants et les maquisards de la campagne de Djakarta, alors je gagne, alors je deviens le maître du monde, alors les gouvernements de l’Occident, libérés du souci guerrier, pourront calmer leurs peuples, s’occuper des lois sociales, de l’urbanisme, de la circulation. Thieu est un mauvais exemple au Viêt-nam du Sud : il est soutenu par le gouvernement américain, et, comme nous soutenons le gouvernement, on croit qu’on le soutient. Mais c’est faux. Je vous garantis que, si une coalition de multinationales soutenait Thieu, il aurait gagné, nous aurions gagné depuis longtemps. Simultanément, on aurait soutenu l’expansion chinoise, l’économie soviétique. L’erreur au Viêt-nam, c’est de soutenir Thieu parce qu’il n’est pas communiste ; ces querelles sont dépassées ; le critère du soutien, c’est la concordance des intérêts au service d’une hégémonie d’un type nouveau ; il faut parfois supprimer des régimes anticommunistes et soutenir des régimes communistes ; prenez Castro, je n’ai vraiment rien aujourd’hui contre Castro ; croyez-vous que j’aime la junte chilienne? Ce ne sont pas des criminels, ce sont des idiots ; une coalition de multinationales n’aurait sans doute pas soutenu la junte.
René-Victor Pilhes, L’imprécateur, Seuil (1974)

mardi 31 mai 2011

Les perspectives de Keynes en 1931

il est vrai que les besoins des êtres humains peuvent paraître insatiables. Mais ils peuvent être rangés selon deux catégories : les besoins absolus, en ce sens que nous les éprouvons quelle que soit la situation de nos semblables; les besoins relatifs, en ce sens que nous ne les éprouvons que si leur satisfaction nous procure une sensation de supériorité vis-à-vis de nos semblables. Les besoins qui rentrent dans la seconde catégorie, qui satisfont notre désir de supériorité, peuvent bien en effet être insatiables, car plus le niveau s’élève, plus eux aussi grandissent. Mais cela n’est pas vrai pour les besoins absolus – et on atteindra peut-être bientôt le point (bien plus tôt peut-être que nous ne le supposons) où ces besoins seront si bien satisfaits que nous préférerons consacrer nos énergies à des buts autres que des buts économiques.
Et voici donc ma conclusion, que vous trouverez, je pense, de plus en plus stupéfiante, au fur et à mesure que vous y réfléchirez :
Ma conclusion est la suivante : en admettant qu’il n’y ait pas d’ici là de grande guerre ou un accroissement considérable de population, le problème économique peut être résolu, ou du moins en bonne voie de solution d’ici cent ans. Cela signifie que le problème économique n’est pas – si l’on considère l’avenir – le problème éternel de l’humanité.
D’ici cent ans…

dimanche 10 avril 2011

LA SYMPHONIE DU DIABLE


 A Time-Lapse Map of Every Nuclear Explosion Since 

1945 to 1998 - by  Isao Hashimoto



jeudi 3 mars 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

Parfois sur le Chemin je m'écarte de mots. Par précaution. 
Car certains mots ont cet étrange pouvoir de vous faire prisonnier. Ils s'enroulent autour de vos membres comme une toile d'araignée, et quand vous êtes ensorcelé au point de ne plus pouvoir faire un geste, ils vous transpercent la peau, s'infiltrent dans votre sang, paralysent vos pensées. 
Une fois au-dedans de vous, ils s'accomplissent, vous dévorent, et vous laissent vide.