La dissonance interne au système le déchire de toute part et ne peut-être camouflé que par l'engourdissement sensible ou la fatuité morbide.
Symptômes qui ne font rien à l'affaire.
Ce qui camoufle étouffe.
Cette agonie au long cours que l'on appelle crise
arrive à la phase aigüe de son évolution, l'effondrement.
Le conflit ne peut plus être tu,
la carapace de l'enfermement va sauter.
"Groucho, isn't it?"
*
« Aucune société ne peut vivre
sans se donner une représentation d'elle-même. Cette représentation fait
partie des significations imaginaires sociales corrélatives à son
institution. Or, contrairement à toutes les sociétés précédentes, la
société capitaliste ne se donne pas d'elle-même une représentation
mythique ou religieuse ; elle veut s'en donner une représentation
rationaliste qui soit en même temps sa « justification ». L'idéologie
capitaliste est rationaliste : elle invoque le savoir, la compétence, la
scientificité, etc. Le pseudo-«rationel» est la pièce centrale de
l'imaginaire de cette société. Et cela vaut aussi pour l'idéologie
marxiste, devenue religion laïque d'État. Je dis bien rationaliste et
non pas rationnelle. Elle prétend à une rationalité vide et suspendue
dans l'air, et que toute sa réalité contredit. Dans aucune autre société
on ne constate cette antinomie entre le système de représentation que
la société se donne d'elle-même, et sa réalité effective. La réalité
d'une société archaïque, esclavagiste, ou féodale, est conforme à son
système de représentations d'elle-même. Mais la société moderne vit sur
un système de représentations qui pose la rationalité comme à la fois la
fin et le moyen universel de la vie sociale — et qui est démenti par
chacun de ses actes. Elle prétend être rationnelle — et produit
massivement ce qui est irrationalité de son point de vue même. »
Cornélius CASTORIADIS,
("Une société à la dérive", 1977)

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