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vendredi 10 février 2012

La culture au futur antérieur

source : Libération

Internet a offert une manne d’infos et d’archives et bouleversé la créativité. Avec «Rétromania», le journaliste Simon Reynolds plonge dans la culture des années 2000, ultraconnectée au passé.

Comment construire le futur quand le passé se mêle en permanence au présent ? Cette interrogation n’est pas inédite, de même que la nostalgie de la culture des décennies passées a fait l’objet d’études plus ou moins savantes. Pourquoi alors nous reposons-nous la question ? Parce que Rétromania, qui vient de paraître, nous est apparu d’emblée comme un livre important, de ceux qui définissent une époque. Il est une habile traversée des années 2000, décennie où la culture a été transfigurée par Internet jusque dans ses moindres recoins.
Instantanéité des échanges, YouTube, téléchargement puis streaming audio et vidéo, remix permanent… Plus qu’un regret du «bon vieux temps», c’est davantage un sentiment de trop-plein, une omniprésence de l’archive imposée par Internet à la première décennie ultraconnectée, qu’analyse son auteur. Collaborateur de grands quotidiens (The Guardian, The New York Times…) et de magazines (Wire…), Simon Reynolds a également écrit un livre de référence sur les années qui ont suivi le séisme punk : Rip it up and Start Again.
Jamais notre quotidien n’a été autant envahi de références à des époques révolues, au point où les arts, même les plus prospectifs, se retrouvent tétanisés et commencent enfin à s’interroger. Dans son ouvrage largement centré sur la musique, mais qui pose des questions à tous les champs artistiques, l’auteur, 48 ans, mêle réflexions et constatations pour raconter un quotidien qui fut aussi le nôtre pendant les années 2000. Un émerveillement extatique devant des disques, films, séries auparavant livrés au compte-gouttes, qui s’offrent aujourd’hui sans limite.
Vous écrivez que la création est affectée car le passé envahit le présent par une archive exponentielle et omniprésente.
Les groupes d’aujourd’hui sont composés de jeunes gens qui ont grandi avec Internet et cet accès gratuit à toute la musique, à travers le téléchargement et YouTube. A 21 ans, ils ont écouté bien plus de musique que moi au même âge (en 1984). C’était tout bonnement impossible alors, ça coûtait de l’argent, et même si vous pouviez emprunter des disques à des amis ou à la médiathèque, il y avait des limites. Désormais, les gens semblent avoir écouté des genres de musique extrêmement divers. Le passé, comme inspiration, entre alors en concurrence avec le présent. A des époques plus anciennes, ils étaient davantage concernés par ce présent.
Dans les années 60, la plupart des groupes de rock réagissaient à ce qui se passait dans la musique noire du moment. Quand ils s’ouvraient à d’autres influences, c’était celles de la récente avant-garde jazz (comme Coltrane) ou électronique (Stockhausen). Il y avait très peu d’inspiration non contemporaine. A mesure que le temps passe, l’appel de l’archive s’est fait de plus en plus intense, puis tout s’est détraqué lorsque l’Internet haut débit a décollé. L’aspect négatif, c’est que beaucoup de groupes tentent de copier le passé. Le positif, c’est que certains artistes s’abreuvent de toute l’histoire de la musique, de partout dans le monde, et créent des «super-hybrides», à l’instar de Vampire Weekend, Rustie, Gang Gang Dance. Mais il faut être un artiste solide pour filtrer cette surabondance d’influences.



Comment expliquez-vous ce goût pour la musique du passé ?
Pour certains, c’est juste qu’il y a eu beaucoup de musique géniale dans les années 60, 70, 80. Pourquoi ne l’écouteraient-ils pas ? Il y a aussi beaucoup de romantisme attaché à certaines périodes en particulier : le psychédélisme, le punk-rock, le hip-hop des débuts. Ou pour ceux qui aiment la dance music, les premiers soubresauts de la house de Chicago, la techno de Detroit et la scène rave du début des années 90, c’était vraiment des périodes excitantes. Elles avaient ce côté vierge et correspondaient à de vrais mouvements, avec un look, un jargon et des rituels subculturels. […] Difficile d’en vouloir aux jeunes d’être sous le charme de cet âge d’or perdu. L’existence digitale peut être assez solitaire et aliénante. […] On est constamment connecté, à jongler avec les différents flux de stimuli. En réaction, les formats analogiques [le vinyle par exemple, ndlr] ont l’air d’aller de pair avec une forme d’expérience plus immersive, plus concentrée. Un meilleur type de flux.



Vous utilisez le terme «hauntology» pour qualifier un style musical créé durant les années 2000 et qui semble se languir d’une période révolue…
Le terme est de Jacques Derrida, mais le jeu de mots fonctionne mieux en français : hantologie-ontologie. Derrida explorait les résonances philosophiques du concept de fantôme, qui n’est jamais ni présent ni absent, jamais totalement dans le présent ni cantonné au passé. L’usage que j’en fais n’est pas strictement derridien, c’est plutôt un mot utile et amusant pour décrire un tas de groupes qui travaillent avec cette mémoire culturelle. Le fait que la maison de disques le plus emblématique de cette scène s’appelle Ghost Box [«boîte à fantôme»], un jeu de mots sur la dimension spectrale de la télévision, m’a fait penser à l’hantologie. Leur musique est étrange et souvent sans formes, évoquant quelque chose de fantômatique et d’inquiétant.
Aux Etats-Unis, il y a aussi un genre de musique qui s’accommode de ce concept : des artistes comme Oneohtrix Point Never, James Ferraro, explorent les dépôts sédimentés de vidéos, de musiques et de vieilles émissions de télé. Une part importante de la musique intéressante de ces cinq ou six dernières années est basée sur cette émotion paradoxale consistant à rappeler un passé où l’humanité regardait devant elle. Derrida peut être déclaré saint patron de ce genre de musique, parce qu’il a également écrit sur le «mal d’archive».



Cette fascination pour le spectral traverse également les arts numériques ?
L’hauntology a un lien clair avec les courants culturels qui se frottent au fétichisme, aux médias morts et aux formats vétustes, de même qu’avec l’esthétique du flou et du lo-fi. Je pense que tous ces courants peuvent être vus comme une même contre-culture opposée à l’hyperconsommation et à ce monde numérique bourdonnant, fait d’images haute définition et de connexions super rapides. Cependant, dans la mode, le vintage chic est aussi une forme de consumérisme. Je suis sûr que Pierre Bourdieu aurait eu quelque chose à dire sur les vecteurs de classes qui se cachent dans ce genre de goût.



Les nouvelles technologies ont bouleversé la manière dont la musique est produite, distribuée et consommée. Mais quid de la musique elle-même ?
Il ne me semble pas qu’elle ait changé tant que cela. En 2012, le rap et le R’n’B ne sont pas très différents du rap et du R’n’B de 1999. Ni leur structure rythmique, ni la manière de rapper ou de chanter, ni même en termes de contenu ou du type de personnalités qui deviennent des stars. La musique électronique a été légèrement plus inventive, mais même des courants comme le dubstep ne me semblent qu’une extension des années 90, démarrées avec la rave et qui se sont poursuivies avec la jungle et la drum’n’bass. Le grime, qui m’excitait beaucoup au début de la décennie 2000, est devenu plus ou moins statique depuis 2005. Il y a plein d’énergie et de différences subtiles dans le champ des musiques électroniques, mais pas autant que les avancées immenses et les tangentes mutantes apparues à la fin des années 80 et 90 […].
Le remix et le mashup - qui consistent à mêler dans un seul morceau une multitude d’éléments samplés dans d’autres préexistants - ne sont-ils pas la quintessence de ces dernières années ?
Comme phénomène, le mashup semble en effet en lien avec l’âge de la musique numérique et de la surcharge pop. Mais quelque chose qui y ressemblait fort était déjà expérimenté par des DJs à la fin des années 80 - comme Bomb the Bass, Coldcut, Norman Cook [alias Fatboy Slim, ndlr] avec son projet Beats International - et aussi dans l’avant-garde par des figures comme John Oswald avec son projet Plunderphonics. Ces DJs utilisaient le sampling, mais les collages de type mashup existaient bien avant.
Un pionnier de la musique concrète comme Bernard Parmegiani a fait quelques pièces à partir de musique pop. L’idée d’un disque réalisé entièrement à partir de morceaux d’autres disques n’a pas été inventée par les producteurs de mashup comme Girl Talk. Toutefois, la technologie a grandement facilité sa production et sa distribution sur le Net.

mardi 13 décembre 2011

Juego serio: el Movimiento Occupy y los cuernos gemelos de la opresión y la revolución

Provocador ensayo en que Aeolus Kephas explora la faceta des-ilusionante del Movimiento Occupy y cómo la revolución, esencialmente egoísta, termina fortaleciendo las estructuras a las que cree oponerse.


En este post, en el que recojo comentarios recientes que hice en Reality Sandwich, Facebook y de un diálogo que sostuve con un amigo manifestante, quisiera abordar lo que tiene de desilusionante el Movimiento Occupy y cómo el activismo social solamente fortalece las estructuras que desafía. Esto no sería necesariamente malo, sin embargo, excepto porque la gente llega con propósitos y resultados específicos en mente y por esta razón termina frustrada y desilusionada. Es este aspecto desilusionante lo que considero negativo, no el activismo en sí, que como forma de pasar el tiempo es tan válida como cualquier otra (al menos para algunas personas). Hay una impresión creciente, sin embargo, de que la “revolución global” es evidencia de un cambio colectivo de conciencia y —derivando de esto la siguiente deducción “lógica”— de que esto es, de hecho, su símbolo. En mi opinión nada podría estar más alejado de la verdad, por razones que expondré a continuación lo mejor que pueda.

Anonymous me parece interesante desde esta perspectiva porque Anonymous existe en un reino de las sombras entre dos paradigmas, sin la obvia pertenencia a ninguno de ellos. De hecho aventuro que hay tres paradigmas relevantes para esta discusión: 1) el paradigma dominante del dinero, el poder, etc. 2) el paradigma opuesto de la rebelión, la resistencia, los valores comunitarios y la expresión individual 3) el paradigma que intentaré describir en este post, un paradigma que percibe los primeros dos como meras imágenes especulares de uno y otro y, por lo tanto, como igualmente obsoletas. A mi juicio, Anonymous, que existe en algún lugar entre el segundo y el tercer paradigma, no está causando ningún cambio, social u otro cualquiera, sino que está suscitando únicamente una manifestación superficial de cambio. Como su personaje inspirador Guy Fawkes/V, Anonymous trabaja con fuegos de artificio, creando un juego deslumbrante de luces y sombras que finalmente no tiene ninguna consecuencia real. Para mí es su inconsecuencia misma lo que hace todo ello mucho más puro.

Hablando recientemente con Ramsey Dukes sobre el tema, este comentó la diferencia entre el arte y la magia: la magia, dijo, trata de conseguir los resultados/cambios deseados, mientras que el arte es simplemente una liberación de las energías creativas y después un seguimiento de cómo esas energías traen el cambio, independientemente de nuestra voluntad (en el modelo cuádruple de Ramsey de Magia-Arte-Religión-Ciencia, la magia involucra al arte). El Movimiento Occupy (magia, en su mejor faceta) se superpone a Anonymous (arte, en su mejor faceta) porque algunos manifestantes utilizan máscaras y Anonymous alienta e incluso planea las protestas. Y como Anonymous, el Movimiento Occupy es una manifestación más que un catalizador de cambio. Su principal diferencia con respecto a Anonymous, es que, en mi impresión, muchos o la mayoría de los participantes de Occupy creen que están propiciando el cambio o al menos aspiran a hacerlo.

Esta es una diferencia clave. Es la diferencia entre dejar que un zeitgeist (espíritu) se mueva a través de uno (sin que sea necesario entenderlo) e intentar mover las cosas por uno mismo hacia el fin deseado. Por ejemplo: yo podría estar escribiendo este texto con miras a persuadir a otros de mi punto de vista; por el otro lado, podría simplemente estar usando las palabras como un medio para ver qué se está moviendo en el interior, qué viene a través de mí, sin ningún resultado específico en mente. En realidad es un poco de ambas —cuán efectivo será este texto será la única determinación real de qué tanto mi ego está previniendo que la interacción real (y por tanto la comunicación) ocurra.

Otra diferencia es distinguir la tiranía, la opresión, etc., de ellos, sin hacer un juicio de valor sobre ellos y tener un problema personal con ellos. Lo dicho sobre escribir este texto: si reconozco el aspecto desilusionante del Movimiento Occupy, ¿puedo hacerlo sin sentirme superior a este o sin verlo como un problema que necesita arreglarse? Para Anonymous y todos aquellos que quisieran aproximarse a la vida (incluyendo la tiranía y la opresión) en un espíritu de juego similar, el sistema global de control no es un problema que necesita arreglarse sino un digno contrincante en un gran juego de ping-pong cósmico. La diferencia entre estos dos oponentes es que un lado sabe que todo es un juego, mientras que el otro lo ve todo con mortal seriedad. Cuando los activistas toman su “revolución” en serio, yo diría que sin darse cuenta se están uniendo al lado al que se oponen, porque entonces comparten con este el mismo “espíritu”.

La revolución y la tiranía son los cuernos gemelos de un mismo demonio y la prueba es que, tal y como lo dictan las leyes físicas, la resistencia fortalece. Basado en ejemplos históricos (esto es, experiencia previa), oponerse a la estructuras de poder solamente refuerza y fortalece a largo plazo esas mismas estructuras. Como prueba A de este argumento presento el 9/11 y la resultante “guerra contra el terror”, la Patriot Act y la miríada de formas en que el gobierno de los Estados Unidos (y el global) utilizaron un acto de resistencia para consolidar su poder político y extender el aparato de tiranía, la misma tiranía que el ataque a las Torres Gemelas intentó (supuestamente) minar.

Como lo veo (y admito que no he experimentado directamente las protestas o acampadas), el Movimiento Occupy tiene dos propósitos. Primero, es una oportunidad para que la gente se reúna y conecte en una forma “divertida”, preferible a joderse con drogas y alcohol. Segundo, está sirviendo para ampliar la brecha existente entre las estructuras sociopolíticas de poder (y la supuesta “élite” detrás de estas, el 1%) y “el pueblo” (el 99%), quienes son, ambos, sujetos de dichas estructuras y, paradójicamente, quienes las preservan al depender de ellas. Como lo demuestra la reacción política reciente, el Movimiento Occupy actúa para dinamizar la vieja polarización del “nosotros y ellos”, tanto en la psique colectiva como en la individual. Todo esto es suficientemente “positivo” con miras a representar el psicodrama cristiano del Armagedón, ¿pero es eso realmente lo que deseamos?

Me parece que los Occupy de verdad quieren mejorar su suerte y la suerte de los presuntos oprimidos y en eso, quizá, radica el problema. Yo pienso que todos nosotros estamos igualmente oprimidos independientemente de nuestras condiciones sociales y que intentar mejorar esas condiciones resistiendo la corrupción gubernamental es como cambiar de lugar los muebles de una casa que está incendiándose. En cuyo caso mi pronóstico es que los niños de la revolución quedarán sumamente decepcionados cuando adviertan que el Movimiento Occupy —al energizar al enemigo— conduce a un resultado exactamente opuesto al que esperaban, esto es, a la concreción de la tiranía.


También imagino que muchos de los participantes más conscientes —de ambos bandos— saben esto, aunque puedo estar equivocado en la medida en que nada ciega más a la gente frente a la verdad que los ideales. Me parece interesante que a pesar de lo bien versados que muchos de los manifestantes de Occupy están en conceptos esotéricos, parece que operan según una interpretación de cambio social relativamente ingenua o endeble, justo como si se tratara de estructuras políticas ordinarias y seres humanos corruptos dirigiendo el show en vez de un colectivo milenario, patrones ancestrales (alias “demonios”) de la negación. Para recurrir a un gran cliché: ningún cambio puede ocurrir externamente a menos que sea consecuencia de un efecto dominó de un cambio interno. Occupy en las ciudades es una gran diversión para la opresión de nuestras vidas, pero quizá esto haga más probable que se posponga un cambio psíquico interno, o la “revolución”, más que propiciarlo.

Para ser claro: no me opongo al Movimiento Occupy ni a desafiar al “sistema”. Es un viaje de ego colectivo, en mi opinión, pero esto no debe tomarse como un juicio de valor en tanto un viaje de ego colectivo tal vez sea justamente lo que necesitamos en este momento como especie. A lo único a lo que me opongo es a la ilusión, y ya que tengo las manos llenas por haber sobrepasado mis propias ilusiones, el lector quizá se pregunte por qué estoy perdiendo el tiempo confrontando la ilusiones de otros. Mis comentarios sobre el Movimiento Occupy y todo lo demás no son más significativos o importantes que el movimiento en sí. Son también, hasta cierto punto, exhortaciones de mi ego con algo más profundo y más real moviéndose por debajo de su superficie. Diré esto: aquellos que creen que el Movimiento Occupy es parte de un cambio colectivo no necesitan defenderlo de mis ideas “heréticas” porque, si están en lo correcto, nada de lo que diga hará ninguna diferencia.

Pero desde mi punto de vista todo este movimiento se trata de mejorar las condiciones de los individuos (y grupos de individuos), lo cual implica que mana de una conciencia del ego, separatista, y que los involucrados intentan representar un cambio externo. Como una especie de teatro catártico, esto podría ser (un tanto) efectivo, pero dependería de reconocerlo como teatro, orientado no hacia reformar las estructuras externas sino hacia el cambio interno de los propios participantes. El Movimiento Occupy es parte de un proceso más amplio, claro, como la tiranía y todo lo demás. Lo que más me preocupa es que muchas personas van a ver frustradas sus esperanzas (como antes con Obama) cuando se den cuenta de que la naturaleza de la tiranía es no ceder ante la presión. O por lo menos nunca ha sucedido.