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samedi 24 septembre 2011

Apocalypse USA, ou le besoin de catastrophe…

La fin de l’Amérique est, aux USA, un “thème porteur”. Le livre Aftershock: Protect Yourself and Profit in the Next Global Financial Meltdown, de David Wiedemer, Robert A. Wiedemer et Cindy S. Spitzer, est devenue une institution dans ce domaine de la programmation de l’apocalypse américaniste. Un peu comme une série TV, il y a une première édition en 2009, suivie d'une seconde, révisée à mesure des événements et à la hausse en 2011, avec 160.000 exemplaires vendus pour cette édition. Le site Newsmax.com, qui travaille beaucoup dans les prévisions apocalyptiques, s’est associé aux deux Wiedemer pour produire une vidéo qui a un succès remarquable (10 millions d’exemplaires vendus). Intitulée Aftershock Survival Summit, la vidéo décrit le sort prévu de l’Amérique, peut-être dès la fin de 2011, sans aucun doute en 2012, et la façon de protéger ses avoirs et ses capitaux dans de telles circonstances si troublées de l'effondrement sans doute tonitruant de la chose.
Le 14 septembre 2011, le site Moneynews.com publiait un article sur le thème.
«Robert Wiedemer, author of The New York Times best-selling book Aftershock, has been lumped in with these “End of America” economists. His disturbing prophecy of a 90% stock market drop, 100% annual inflation, and 50% unemployment, starting in 2012, definitely sounds like the end of America is near.
»“I didn’t believe his claims at first. They seemed extreme,” confessed Aaron DeHoog, the financial publisher at Newsmax Media, after a private meeting with Wiedemer in Palm Beach, Fla. “But then he showed me the evidence. It was eerily alarming.” After seeing the same charts as DeHoog, Russ H., a financial adviser from Wichita, Kan., said, “It scared the hell out of me. It was a great wake-up call.”»
Plus loin, l’article nous explique que les choses ne vont pas tout seul. Le “message”, publicitaire ou pas c’est selon, ne passe pas dans tous les médias de la presse-Système, car la presse-Système est toujours déchirée entre l’amour vertueux du profit et la protection de l’intégrité vertueuse du Système. Pourtant, le “message” n’est pas sans espoir, nous dit le même Aaron DeHoog…
«But it wasn’t without cost. Certain media outlets have banned the message, claiming it was “too controversial.” At one point, Wiedemer says Washington’s “medicine has become the poison. And the money from heaven has become a path to hell.”
»DeHoog doesn’t disagree with the controversial tone of the video. “Wiedemer tells it how it is. He unapologetically names names, points fingers, and leaves no stone unturned.” However, DeHoog adds, “It is important to understand that ‘the end of America’ is not our message. Hope is not lost. In fact, we think the United States will emerge from these trials stronger than ever. And those who prepare now will prosper financially.”
»And he says there is a special bonus for viewers…»

jeudi 21 avril 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (perception & phantasie)

« Je compris aussitôt, dès le 7 août probablement, soit un jour après Hiroshima et deux jours avant Nagasaki, que le 6 août était le premier jour à partir duquel l’humanité était devenue capable, de manière irréversible, de s’exterminer elle-même. Seulement, il m’a fallu des années avant d’oser me mettre devant une feuille de papier, pour remplir cette tâche qui était de rendre concevable ce que nous — par ce « nous », j’entendais l’humanité — étions alors capable de produire. Je me souviens : c’est en Nouvelle-Angleterre, quelque part du côté du Mont Washington, que j’ai essayé pour la première fois. Je suis resté assis des heures entières sous un noyer, la gorge nouée, devant ma feuille de papier, incapable d’écrire un seul mot. La deuxième fois — c’était en Europe, déjà, probablement en 1950 ou 51 — je crois que j’y suis arrivé. Ce qui a pris forme là était le chapitre de Die Antiquiertheit des Menschen [L’Obsolescence de l’homme] sur les « Racines de notre aveuglement face à l’Apocalypse » et sur le décalage [Diskrepanz] entre ce que nous sommes capables de produire [herstellen] et ce que nous sommes capables d’imaginer [vorstellen]. Aujourd’hui encore, je pense que j’ai effectivement dépeint, en soulignant ce décalage, la conditio humana de notre siècle et de tous les siècles à venir pour autant qu’ils nous soient encore accordés ; et que l’immoralité ou la faute, aujourd’hui, ne réside ni dans la sensualité ou l’infidélité, ni dans la malhonnêteté ou l’immoralité, ni même dans l’exploitation, mais dans le manque d’imagination [Phantasie]. Au contraire, aujourd’hui, notre premier postulat doit être : élargis les limites de ton imagination pour savoir ce que tu fais. Ceci est d’ailleurs d’autant plus nécessaire que notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons : comme ils ont l’air inoffensif, ces bidons de Zyklon B — je les ai vus à Auschwitz — avec lesquels on a supprimé des millions de gens ! Et un réacteur atomique, comme il a l’air débonnaire, avec son toit en forme de coupole ! Même si l’imagination seule reste insuffisante, entraînée de façon consciente elle saisit [nimmt] infiniment plus de « vérité » [mehr « Wahr »] que la perception [Wahrnehmung]. Pour être à la hauteur de l’empirique, justement, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il nous faut mobiliser notre imagination. C’est elle la « perception » d’aujourd’hui.»
Günther Anders, Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? Entretien avec Mathias Greffath, 1977, traduit de l’allemand par Christophe David, éditions Allia, 2004.
Notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons. Tout le problème est bien dans ce « décalage [Diskrepanz] entre ce que nous sommes capables de produire [herstellen] et ce que nous sommes capables d’imaginer [vorstellen] » : un décalage que les chiffres ne pourront jamais combler. Au contraire, ils sont trompeurs en donnant l’impression que l’on « estime » « raisonnablement » les risques. Avec l’imagination, l’on « voit » rapidement que l’on n’a pas les moyens de faire face à une véritable catastrophe. Ce qui se passe au Japon le prouve amplement.  
P. PRAXIS

jeudi 31 mars 2011

SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION

Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes

Enchainement des causes depuis 1945 :
Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods
Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités
Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed
Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital
Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle
Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire
Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing

Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle

Enchainement des causes financières :
Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques
Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »
Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire
Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés
Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité
Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible
Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.

Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques

-      Énonciation des résultats probables ou avérés :
-      Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale
-      Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées
-      Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu
-      Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux
-      Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables
-      Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle

source : pauljorion.com

dimanche 6 mars 2011

LA DANSE DES TÉNÊBRES



      



        Butoh

    Souvent très lente, cette « danse des ténèbres » a été créée d'abord en réaction à l'occidentalisation du Japon,
    inspirée entre autre par l'expressionnisme allemand, "L'Après-midi d'un faune" interprété par Nijinsky, par la littérature des « maudits d'Occident », Artaud, Lautréamont, Bataille, Genet, etc.,
    également d'une réaction à une tradition sclérosante des arts vivants japonais mais dans la lignée du Nô (lenteur, envoûtement, minimalisme, poésie, même extrême...). La bombe d'Hiroshima fut un
    coup de butoir pour se remémorer la douleur ou pour tenter de répondre à la question : « comment peut-on encore danser après l'horreur d'Hiroshima ? » En général cette danse est faite par des
    hommes et des femmes quasi nus et souvent peints de blanc (le blanc et le crane rasé furent amené par la troupe des Dairakudakan).
  

samedi 27 novembre 2010

Le manifeste des égaux (Gracchus Babeuf)

C’est le 250ème anniversaire de la naissance de Gracchus BABEUF.
Né le 23 novembre 1760 – Guillotiné le 27 mai 1797 (à l’âge de 36 ans)


Le manifeste des égaux

Sylvain Maréchal

Suivi de

GRACCHUS BABEUF (1760-1797)  ET LE COMMUNISME
Alain Maillard

Suivi de

Extraits commentés du texte " Analyse de la doctrine de Babeuf ",
distribué et placardé par les Égaux dans les rues de Paris en 1796

 

Le manifeste des égaux

PEUPLE DE FRANCE !

Pendant quinze siècle tu as vécu esclave, et par conséquent malheureux. Depuis six années tu respires à peine, dans l'attente de l'indépendance, du bonheur et de l'égalité. L'Egalité ! premier vœu de la nature, premier besoin de l'homme, et principal nœud de toute association légitime ! Peuple de France ! tu n'as pas été plus favorisé que les autres nations qui végètent sur ce globe infortuné !... Toujours et partout la pauvre espèce humaine livrée à des anthropophages plus ou moins adroits, servit de jouet à toutes les ambitions, de pâture à toutes les tyrannies. Toujours et partout, on berça les hommes de belles paroles : jamais et nulle part ils n'ont obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial on nous répète avec hypocrisie, les hommes sont égaux, et de temps immémorial la plus avilissante comme la plus monstrueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humain. Depuis qu'il y a des sociétés civiles, le plus bel apanage de l'homme est sans contradiction reconnu, mais n'a pu encore se réaliser une seule fois : l'égalité ne fut autre chose qu'une belle et stérile fiction de la loi. Aujourd'hui qu'elle est réclamée d'une voix plus forte, on nous répond : Taisez-vous misérables ! l'égalité de fait n'est qu'une chimère ; contentez-vous de l'égalité conditionnelle ; vous êtes tous égaux devant la loi. Canaille que te faut-il de plus ? Ce qu'il nous faut de plus ? Législateurs, gouvernants, riches propriétaires, écoutez à votre tour.
Nous sommes tous égaux, n'est-ce pas ? Ce principe demeure incontesté, parce qu'à moins d'être atteint de folie on ne saurait dire sérieusement qu'il fait nuit quand il fait jour.
Eh bien ! nous prétendons désormais vivre et mourir égaux comme nous sommes nés ; nous voulons l'égalité réelle ou la mort ; voilà ce qu'il nous faut.
Et nous l'aurons cette égalité réelle, à n'importe quel prix. Malheur à qui ferait résistance à un vœu aussi prononcé !
La révolution française n'est que l'avant-courrière d'une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la dernière.
Le peuple a marché sur le corps aux rois et aux prêtres coalisés contre lui : il en fera de même aux nouveaux tyrans, aux nouveaux tartuffes politiques assis à la place des anciens.
Ce qu'il nous faut de plus que l'égalité des droits ?
Il nous faut non pas seulement cette égalité transcrite dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Nous consentons à tout pour elle, à faire table rase pour nous en tenir à elle seule. Périssent, s'il le faut, tous les arts pourvu qu'il nous reste l'égalité réelle !
Législateurs et gouvernants qui n'avez pas plus de génie que de bonne foi, propriétaires riches et sans entrailles, en vain essayez-vous de neutraliser notre sainte entreprise en disant : Ils ne font que reproduire cette loi agraire demandée plus d'une fois déjà avant eux.
Calomniateurs, taisez-vous à votre tour, et, dans le silence de la confusion, écoutez nos prétentions dictées par la nature et basées sur la justice.
La loi agraire ou le partage des campagnes fut le vœu instantané de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plutôt que par la raison. Nous tendons à quelque chose de plus sublime et de plus équitable, le bien commun ou la communauté des biens ! Plus de propriété individuelle des terres, la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde.
Nous déclarons ne pouvoir souffrir davantage que la très grande majorité des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir de l'extrême minorité.
Assez et trop longtemps moins d'un million d'individus dispose de ce qui appartient à plus de vingt millions de leurs semblables, de leur égaux.
Qu'il cesse enfin, ce grand scandale que nos neveux ne voudront pas croire ! Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvre, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés.
Qu'il ne soit plus d'autre différence parmi les hommes que celles de l'âge et du sexe. Puisque tous ont les mêmes besoins et les mêmes facultés, qu'il n'y ait donc plus pour eux qu'une seule éducation, une seule nourriture. Ils se contentent d'un seul soleil et d'un même air pour tous : pourquoi la même portion et le même qualité d'aliments ne suffiraient-elles pas à chacun d'eux ?
Mais déjà les ennemis d'un ordre des choses le plus naturel qu'on puisse imaginer, déclament contre nous.
Désorganisateurs et factieux, nous disent-ils, vous ne voulez que des massacres et du butin.

PEUPLE DE FRANCE !

Nous ne perdrons pas notre temps à leur répondre, mais nous te dirons : la sainte entreprise que nous organisons n'a d'autre but que de mettre un terme aux dissensions civiles et à la misère publique. Jamais plus vaste dessein n'a été conçu et mis à exécution. De loin en loin quelques hommes de génie, quelques sages, en ont parlé d'une voix basse et tremblante. Aucun d'eux n'a eu le courage de dire la vérité tout entière.
Le moment des grandes mesures est arrivé. Le mal est à son comble ; il couvre la face de la terre. Le chaos, sous le nom de politique, y règne depuis trop de siècles. Que tout rentre dans l'ordre et reprenne sa place.
A la voix de l'égalité, que les éléments de la justice et du bonheur s'organisent.
L'instant est venu de fonder la République des Egaux, ce grand hospice ouvert à tous les hommes. Les jours de la restitution générale sont arrivés. Familles gémissantes, venez vous asseoir à la table commune dressée par la nature pour tous ses enfants.

PEUPLE DE FRANCE !

La plus pure de toutes les gloires t'était donc réservée ! Oui, c'est toi qui le premier dois offrir au monde ce touchant spectacle. D'anciennes habitudes, d'antiques préventions voudront de nouveau faire obstacle à l'établissement de la République des Egaux. L'organisation de l'égalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, ne plaira peut-être point d'abord à tout le monde.
L'égoïste, l'ambitieux frémira de rage. Ceux qui possèdent injustement crieront à l'injustice. Les jouissances exclusives, les plaisirs solitaires, les aisances personnelles causeront de vifs regrets à quelques individus blasés sur les peines d'autrui. Les amants du pouvoir absolu, les vils suppôts de l'autorité arbitraire ploieront avec peine leurs chefs superbes sous le niveau de l'égalité réelle. Leur vue courte pénétrera difficilement dans le prochain avenir du bonheur commun ; mais que peuvent quelques milliers de mécontents contre une masse d'hommes tous heureux et surpris d'avoir cherché si longtemps une félicité qu'ils avaient sous la main ?
Dès le lendemain de cette véritable révolution, ils se diront tout étonnés : En quoi ! le bonheur commun tenait à si peu ? Nous n'avions qu'à le vouloir. Ah ! pourquoi ne l'avons-nous pas voulu plus tôt. Oui sans doute, un seul homme sur la terre plus riche, plus puissant que ses semblables, que ses égaux, l'équilibre est rompu ; le crime et le malheur sont sur la terre.

PEUPLE DE FRANCE !

A quel signe dois-tu donc reconnaître désormais l'excellence d'une constitution ?...Celle qui tout entière repose sur l'égalité de fait est la seule qui puisse te convenir et satisfaire à tous tes voeux. Les chartes aristocratiques de 1791 et de 1795 rivaient tes fers au lieu de les briser. Celle de 1793 était un grand pas de fait vers l'égalité réelle ; on n'en avait pas encore approché de si près ; mais elle ne touchaient pas encore le but et n'abordait point le bonheur commun, dont pourtant elle consacrait solennellement le grand principe.

PEUPLE DE FRANCE !

Ouvre les yeux et le coeur à la plénitude de la félicité : reconnais et proclame avec nous la République des Egaux.
 

GRACCHUS BABEUF (1760-1797)  ET LE COMMUNISME

Alain Maillard

" Qu’est-ce qu’une révolution politique en général ? Qu’est-ce, en particulier, que la révolution française ? " se demande Babeuf dans son journal Le Tribun du peuple. Réponse : " une guerre déclarée entre les patriciens et les plébéiens, entre les riches et les pauvres ". En 1796-97, la Révolution n’est plus une révolution. Le Directoire cherche à la terminer au profit des propriétaires, des spéculateurs.... Babeuf considère que les " riches " trompent le peuple, conspirent contre lui pour maintenir leur domination. Il faut donc continuer la Révolution, riposter par une sorte de contre-conspiration pour que le peuple reconquière sa souveraineté et s’achemine vers une " égalité parfaite ". Gracchus Babeuf organise ainsi en 1796 avec des militants d’origines diverses (anciens partisans des Montagnards, hébertistes, ou encore un écrivain que l’on qualifierait aujourd’hui de " communiste libertaire " comme Sylvain Maréchal), un véritable mouvement politique : celui-ci visait à renverser le Directoire mais plus encore, le libéralisme bourgeois, la propriété individuelle. En 1793, Babeuf avait hésité entre deux termes, " communautiste " et " Égaux " : il choisit en définitive " Égaux ", sans doute pour ménager les différences doctrinales (les robespierristes souhaitaient seulement limiter le droit de propriété, lui, voulait l’abolir et instaurer ce qu’il appelait la communauté des biens, des travaux et des jouissances. Babeuf entendait rassembler dans un front commun toutes les forces qui refusaient la Constitution de l’an III (adoptée par la Convention thermidorienne) et qui réclamaient le retour à celle de 1793 : la Constitution de l’an I, dont l’article premier de la Déclaration des droits proclamait que " le but de la société est le bonheur commun ". Les Égaux ont ainsi mis en œuvre dans les quartiers populaires de Paris et dans les régions de France où ils comptaient des partisans, des abonnés (Nord, Pas-de-Calais, Champagne, région lyonnaise, Midi...) une propagande politique en diffusant des libelles, des journaux (Le Tribun du peuple) et des chansons, en placardant des affiches (Analyse de la doctrine de Babeuf), en tenant des réunions... Parallèlement, un Comité secret préparait, politiquement et militairement, l’insurrection pour renverser le Directoire et lui substituer une " autorité révolutionnaire et provisoire, constituée de manière à soustraire le peuple à l’influence des ennemis naturels de l’égalité, et à lui rendre l’unité de volonté nécessaire pour l’adoption des institutions républicaines " : bref une dictature révolutionnaire temporaire (le temps de mater l’aristocratie) et un régime de transition qui mènerait le peuple de France et les autres nations à ce qui n’est pas encore nommé le communisme, mais la communauté.
Dans le Comité secret, on discute pour savoir si après l’insurrection victorieuse, on fera revenir " une partie de la Convention ", ou si l’on créera " la dictature " (d’un seul homme), ou encore si l’on établira " un corps nouveau, chargé de déterminer heureusement la révolution ". Il semble que les conjurés aient décidé de former un " corps composé d’un démocrate par département, à proposer au peuple de Paris en insurrection " : une fois le gouvernement renversé, le directoire secret " rend compte de sa conduite " au peuple de Paris " réuni en assemblée générale ", place de la Révolution. Il l’invite à approuver " l’acte insurrecteur " et propose au " peuple insurgent de créer sur-le-champ une autorité provisoire chargée de terminer la révolution, et de gouverner jusqu’à la mise en activité des institutions populaires ". Mais les pourparlers entre le Directoire secret de la Conspiration et les anciens Conventionnels (le Comité montagnard) ont conduit à de nouvelles propositions : on rétablirait la Convention avec la soixantaine d’anciens montagnards proscrits et la centaine de babouvistes (un par département). La lutte entre babouvistes et montagnards pour le contrôle de cette autorité provisoire était engagée...
Le nouveau régime instituera un système d’éducation publique, des clubs populaires, des fêtes civiles pour changer les mœurs ; on formera une armée populaire et on établira dans les communes, dans les villes, à l’échelle nationale, des magasins communs, une administration collective des subsistances...
Qu’est-ce que Babeuf et le babouvisme (je pense notamment au rôle déterminant de Buonarroti au début du XIXe siècle) vont apporter directement ou indirectement aux mouvements socialistes du XIXesiècle et au-delà ?
1) La figure prophétique d’un père fondateur et d’un martyr : un martyr qui se sacrifie pour la révolution égalitaire ; un père fondateur du mouvement socialiste et communiste ; lequel n’a pas manqué de le célébrer sans toujours le connaître. Les deux derniers colloques sur Babeuf et le babouvisme ont apporté beaucoup en précisant la trajectoire extraordinaire de ce Picard, " né dans la fange " ; autodidacte, qui réussit à exercer le métier de feudiste (grâce à sa " belle écriture "), – une profession que la Révolution va supprimer... Un lecteur de la littérature démocratique (Rousseau) et utopique (Mably, Morelly...) du XVIIIe siècle ; un agitateur et un organisateur qui, pris dans le tourbillon de la Révolution, anime en Picardie des mouvements de défense des paysans pauvres (l’une de ses nombreuses pétitions sera signée dans 800 communes) ; un sans-culotte, qui travaille dans l’administration des subsistances à Paris (quand il n’est pas en prison) ; un publiciste remarquable qui connaît le peuple (des villes et des campagnes) et qui s’efforce d’introduire une éthique et une utopie égalitaires dans le combat politique.
Bref, il importe de découvrir la trajectoire d’un " sans ", parti de rien, qui sut se transformer en cherchant passionnément à transformer la société...
2) Un communisme égalitaire : la conception babouviste de la communauté des biens, des travaux et des jouissances s’oppose à la loi agraire, à toutes les doctrines qui préconisent un simple partage des terres (ce qu’on appelle au XIXe siècle les socialismes de partageux) et qui ne remettent pas radicalement en cause la propriété privée ; Babeuf écrit qu’il faut " dépropriairiser généralement toute la France ". Ce système que Babeuf définit comme la " démocratie pure ", ou encore " l’égalité de fait ", et qui, à partir de 1840, prend le nom de " communisme ", est un communisme égalitaire dans lequel jamais Marx ne se reconnaîtra, en raison de son égalitarisme niveleur, du caractère doctrinaire de sa démarche théorique et politique, critiques qu’il est impossible ici de résumer. (Le Manifeste du parti communiste que Marx et Engels rédigent fin 1847 se démarque nettement de la vision et des formulations néo-babouvistes de leurs camarades de la Ligue des communistes).
3) L’égalitarisme babouviste est aussi un " républicanisme communiste ". Grâce à l’insurrection populaire du 10 août 1792, la République a été instaurée. Mais Babeuf distingue deux " partis " qui " veulent la république " : celui des " patriciens " et celui des " plébéiens ". " [...] Chacun la veut à sa manière. L’un la désire bourgeoise et aristocratique ; l’autre entend l’avoir faite et qu’elle demeure toute populaire et démocratique ". Il faut donc que la république soit aussi sociale et tant qu’elle ne sera pas la " RÉPUBLIQUE DES ÉGAUX " [sic], tant qu’elle n’aura pas été faite pour le plus grand nombre, il faut continuer 1793. Continuation qui implique une rupture avec un fondement de la Première République : la propriété privée. Cette vision imprégnera le socialisme et le communisme français, dont on sait qu’une bonne partie est intrinsèquement républicaine. Le rouge sera intimement lié au bleu, pour reprendre l’image de Roger Martelli.
4) L’idée que la Révolution française " n’est pas finie ", qu’elle est, selon l’expression de Sylvain Maréchal, " l’avant courière d’une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la dernière ". La Révolution a été confisquée par une " nouvelle aristocratie ". C’est pourquoi, déclare Babeuf, " [...] il faut la continuer, cette révolution, jusqu’à ce qu’elle soit devenue la révolution du peuple ".
En 1850, suite aux échecs de la révolution en Europe, Marx considère que la bourgeoisie ne peut plus jouer un rôle révolutionnaire et qu’il revient dorénavant au prolétariat, " seule classe résolument révolutionnaire " et à ses organismes, de transformer radicalement la société, " de rendre la révolution permanente, jusqu’à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été délogées de leur position dominante ; que le prolétariat ait conquis le pouvoir d’État ; que l’association des prolétaires ait progressé, non seulement dans un pays mais dans tous les pays dominants du monde [...] ".
La révolution russe est traversée par une logique similaire. Les conquêtes de la " révolution démocratique bourgeoise " de février ne peuvent être sauvées de la contre-révolution blanche que par son dépassement dans une révolution prolétarienne socialiste internationale. Signalons toutefois une différence sociologique, qui limite l’analogie : chez Babeuf, la révolution sociale est surtout l’œuvre de masses urbaines et rurales issues des sociétés précapitalistes : les sans-culottes chers à Albert Soboul, ou les bras nus de Daniel Guérin... Chez Marx, la révolution sociale est le fait du prolétariat moderne des travailleurs salariés. Chez Lénine aussi, à condition que le prolétariat urbain sache s’allier avec les masses paysannes dans des pays arriérés comme la Russie du début du XXe siècle.
5) La nécessité de s’organiser politiquement ; d’où la formulation de Marx : " La première apparition d’un parti communiste réellement agissant se trouve dans le cadre de la révolution bourgeoise [...] " : les niveleurs pour l’Angleterre, la conspiration des Égaux pour la France. Un " parti " qui, comme ceux du XIXe siècle, est très différent de ce que sont les formations politiques aujourd’hui. Mais déjà on assiste, avec les babouvistes, à la mise en œuvre des techniques de l’agitation et de la propagande politiques pour gagner la population au programme égalitaire : c’est le Babeuf publiciste, rédacteur du Tribun du peuple qui annonce le journalisme révolutionnaire et le mouvement socialiste du XIXe siècle. Mais c’est une organisation semi-secrète, centralisée, qui vise la conquête du pouvoir d’État, à Paris d’abord et dans toute la France. Au vrai, la vision qu’en donnera Buonarroti en 1828, dans son récit Conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf, testament que toutes les générations socialistes du XIXe siècle liront, est quelque peu modifiée : devenu sous la Restauration l’un des chefs les plus prestigieux de la Charbonnerie, Buonarroti accentue le caractère hiérarchique et secret des structures du mouvement conspiratif. Les néo-babouvistes de 1840 et les blanquistes, qui ont eux aussi hérité entre temps des méthodes carbonari, systématiseront le principe d’une avant-garde de " révolutionnaires professionnels " (l’expression vint plus tard), une avant-garde qui, dans la tradition jacobino-babouviste et carbonariste, défendent des conceptions élitistes et volontaristes, bref substitutistes, de l’insurrection révolutionnaire (que l’on songe aux coups de force, aux tentatives de coup d’État des sociétés secrètes néo-babouvistes et blanquistes au XIXe siècle). Marx admet que la centralisation et la clandestinité peuvent s’avérer indispensables dans certaines situations, mais il rejette tout fétichisme de la conspiration et se moque des " alchimistes de la révolution " qui croient que leurs initiatives aventuristes vont être suivies par les masses. On connaît la devise de la Première Internationale : " L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes " ; ce qui n’exclut pas, selon Marx, bien au contraire, la nécessité de médiations politiques, de partis ouvriers révolutionnaires (à la différence de la conception spontanéiste des anarchistes).
6) Le projet de dictature révolutionnaire, provisoire et transitoire : Marat déjà avait conçu partiellement l’idée que pour mater les forces de la contre-révolution, il fallait " un chef éclairé et incorruptible ", un " dictateur ", un " tribun militaire " (ou encore un triumvirat), qui aurait fait preuve de son intelligence de la situation et de son dévouement à la cause démocratique. On lui aurait alors confié une magistrature extraordinaire, pour déjouer les complots et mener le peuple à la victoire. Le mot " dictature ", aux XVIIIe et XIXe siècles, n’avait pas la connotation très négative d’aujourd’hui. Il renvoyait à l’imaginaire antique, alors omniprésent : on évoquait la république romaine qui recourait à la nomination d’un dictateur, le temps de sortir la société d’une période de crise grave. Buonarroti, les néo-babouvistes des années 1830-1840 et Blanqui théorisent la nécessité d’établir, après la prise d’armes et l’insurrection victorieuse, la dictature d’une minorité de " citoyens sages et courageux ", pour renverser la bourgeoisie, dans une France qui va de révolution en révolution mais dont la population reste encore largement rurale et soumise aux notables. Ces raccourcis politiques relèvent d’une sorte d’ultra-jacobinisme. Bien qu’il admire les Jacobins de 1793 et les babouvistes de 1796, Marx critique dès les années 1840 la dimension subjectiviste et volontariste du jacobinisme : celui-ci hypostasie les principes d’unité et de volonté du peuple (la volonté générale, la république une et indivisible...). Le jacobino-babouvisme du XIXe siècle substitue à la volonté populaire, ou plutôt à ce que Marx nomme " le mouvement réel ", la volonté de la minorité agissante.
La dictature révolutionnaire des babouvistes et des blanquistes devient chez Marx la " dictature du prolétariat " : c’est-à-dire la prise en main de l’organisation politique, économique, culturelle, militaire, non par une minorité de législateurs éclairés, mais par l’ensemble des travailleurs des deux sexes, de tous âges et de leurs associations (mutuelles, coopératives, sociétés d’éducation populaire, syndicats et partis). Et l’on sait que Marx ne dispose alors que d’un exemple, que d’une esquisse : la Commune de Paris. La dictature du prolétariat n’a pas pour but de maintenir un État, fût-il ouvrier, mais de le détruire...
En 1917 : la dictature du prolétariat se résume par le mot d’ordre bolchevik : " tout le pouvoir aux soviets "... Mais la révolution soviétique et la contre-révolution stalinienne posent, dès le début, des problèmes non encore résolus et qui représentent autant de défis pour ceux qui restent, " malgré tout ", révolutionnaires. La prise et l’exercice du pouvoir soulèvent la question du rapport entre parti et classe, le problème de la démocratie, des pratiques substitutistes (voir la dualité de pouvoir, l’interdiction des partis soviétiques...), et celui de la bureaucratie...
Nous conclurons ici avec ces quelques lignes de Buonarroti sur la confiscation du pouvoir par une minorité de spécialistes, qui ont intéressé Trotsky et Rakovsky dans leur analyse du stalinisme : " S’il se formait, disait-il [le comité insurrecteur babouviste] dans l’État une classe exclusivement au fait des principes de l’art social, des lois et de l’administration, elle trouverait bientôt dans la supériorité de son esprit, et surtout dans l’ignorance de ses compatriotes, le secret de se créer des distinctions et des privilèges ; exagérant l’importance de ses services, elle parviendrait à se faire regarder comme la protection nécessaire de la patrie ; et, colorant ses audacieuses entreprises du prétexte du bien public, elle parlerait encore de liberté et d’égalité à ses peu clairvoyants concitoyens, déjà soumis à une servitude d’autant plus dure, qu’elle paraîtrait légale et volontaire ".

1. La nature a donné à chaque homme un droit égal à la jouissance de tous les biens.
2. Le but de la société est de défendre cette égalité, souvent attaquée par le fort et le méchant dans l’état de nature, et d’augmenter, par le concours de tous, les jouissances communes.
3. La nature a imposé à chacun l’obligation de travailler ; nul n’a pu, sans crime, se soustraire au travail.
4. Les travaux et les jouissances doivent être communs.
5. Il y a oppression quand l’un s’épuise par le travail et manque de tout, tandis que l’autre nage dans l’abondance sans rien faire.
6. Nul n’a pu, sans crime, s’approprier exclusivement les biens de la terre ou de l’industrie.
7. Dans une véritable société, il ne doit y avoir ni riches ni pauvres.
8. Les riches qui ne veulent pas renoncer au superflu en faveur des indigents sont les ennemis du peuple.
10. Le but de la révolution est de détruire l’inégalité et de rétablir le bonheur commun.
11. La révolution n’est pas finie, parce que les riches absorbent tous les biens et commandent exclusivement, tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans l’état.
12. La Constitution de 1793 est la véritable loi des Français, parce que le peuple l’a solennellement acceptée...

Extraits commentés du texte " Analyse de la doctrine de Babeuf ",
distribué et placardé par les Égaux dans les rues de Paris en 1796
Ceux que leurs adversaires affublèrent du nom d'enragés: Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet furent en 1793 les interprètes directs et authentiques du mouvement des masses; ils furent, comme n'hésita pas à l'écrire Karl Marx, les représentants principaux du mouvement révolutionnaire.
A ces trois noms doit être rattaché celui de Gracchus Babeuf. Il ne s'associe certes que partiellement au mouvement des enragés. Il devait être davantage leur continuateur qu'il ne fut leur compagnon de lutte. Mais il appartient à la même espèce d'hommes que Jacques Roux, Leclerc, Varlet, et tous quatre présentent un certain nombre de traits communs.
Ils avaient fait de bonnes études. Jacques Roux appartenait à une famille aisée. Il était fils d'un officier devenu magistrat. S'étant fait prêtre, il avait enseigné la philosophie et la physique expérimentale dans divers séminaires, pour exercer ensuite la fonction d'aumônier dans un château. Leclerc, fils d'un ingénieur des Ponts et Chaussées, avait reçu une certaine instruction. Varlet, commis des postes, appartenait également à une bonne famille. Il avait été un brillant élève du collège d'Harcourt. Babeuf, fils d'un officier et lui-même arpenteur-géomètre et spécialiste du droit féodal, était fort instruit.
Mais tous quatre avaient souffert de la vie et des hommes. Tous quatre étaient des révoltés, des déclassés. Jacques Roux avait été opprimé, calomnié, persécuté. Son amour pour la justice lui avait suscité des ennemis irréconciliables. Leclerc, embarqué tout jeune pour la Guadeloupe, y avait été la victime de l'aristocratie. Varlet, qui depuis le début de la révolution haranguait la foule, en plein air, du haut d'une tribune roulante, avait subi de la part de ses adversaires toutes sortes d'avanies. Babeuf, chargé de famille, avait connu la plus noire misère et s'était attiré une meute d'ennemis.
Tous quatre avaient partagé la grande misère des masses. Jacques Roux, qui vivait parmi les artisans pauvres du quartier des Gravilliers, pouvait se permettre de lancer cette apostrophe aux bourgeois jacobins: Députés de la Montagne, que n'êtes-vous montés depuis le troisième jusqu'au neuvième étage des maisons de cette ville révolutionnaire; vous auriez été attendris par les larmes et les gémissements d'un peuple immense, sans pain et sans vêtements, réduit à cet état de détresse et de malheur par l'agiotage et les accaparements. Leclerc invitait les législateurs à se lever à trois heures du matin et à aller prendre rang parmi les citoyens qui assiégeaient la porte des boulangers: Trois heures de temps passé à la porte d'un boulanger formeraient plus un législateur que quatre années de résidence sur les bancs de la Convention. Varlet rédigea sur lui-même cette courte notice biographique: Depuis quatre ans, toujours sur la place publique dans les groupes du peuple, dans la sans-culotterie, dans la guenille que j'aime, j'appris que naïvement et sans contrainte, les pauvres diables des greniers raisonnaient plus sûr, plus hardiment que les beaux messieurs, les grands parleurs, les savants tâtonneux; s'ils veulent apprendre de la bonne science, qu'ils aillent comme moi courir le peuple..
Et Babeuf apostrophait ainsi les parlementaires: Délégués! vous ne comptez pas parmi vous de vrais sans-culottes. Presque aucun de vous, on le voit, n'a jamais ressenti les angoisses déchirantes des besoins.
Au nom de ce peuple qu'ils côtoyaient chaque jour, les enragés élevèrent une protestation qui va beaucoup plus loin que les doléances des modestes délégations populaires. Ils osèrent attaquer la bourgeoisie de front. Ils entrevirent que la guerre -la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale-aggravait la condition des bras-nus; ils aperçurent l'escroquerie de l'inflation, source de profits pour le riche, ruineuse pour le pauvre.  Le 25 juin 1793, Jacques Roux vint lire une pétition à la barre de la Convention:
Eh quoi! parce que les mandataires infidèles [les girondins] ont appelé sur notre malheureuse patrie le fléau de la guerre étrangère, faut-il que le riche nous en déclare une plus terrible encore au-dedans? Il est possible que nous n'ayons la paix que dans vingt ans, les dépenses énormes de la guerre (Violents murmures de la partie gauche de l'Assemblée.) Vous avez à craindre qu'on ne vous accuse d'avoir discrédité le papier-monnaie et d'avoir ainsi préparé la banqueroute Et la pétition prenait l'allure d'un réquisitoire: La liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes.
Quelques semaines plus tard, dans son journal, il se faisait encore plus précis, mettait le doigt sur la source des profits colossaux opérés aux dépens du peuple, stigmatisant les fournisseurs de guerre et les acheteurs de biens nationaux:
Vous ne faisiez qu'un très petit commerce, encore au milieu de la rue, et vous tenez des magasins immenses; vous n'étiez qu'un petit commis dans les bureaux, vous armez des vaisseaux en guerre; votre famille tendait la main au premier venu, maintenant elle affiche un luxe insolent, elle est chargée de l'approvisionnement des troupes sur terre et sur mer. Certes, je ne suis plus étonné qu'il y ait tant de personnes qui aiment la révolution; elle leur a fourni un prétexte spécieux pour entasser patriotiquement, et dans peu de temps, trésors sur trésors. Ou encore: Les biens du clergé et les domaines nationaux ont presque tous passé dans les mains de personnes enrichies du sang de la veuve et de l'orphelin.
Mais la pensée des enragés n'allait pas plus loin que ce réquisitoire -ils ne furent pas, ils ne pouvaient pas être- conséquents dans leur opposition au système économique et financier de la bourgeoisie révolutionnaire. S'ils entrevirent et dénoncèrent l'exploitation capitaliste, ils n'en comprirent pas tout le mécanisme interne et ne cherchèrent pas à la supprimer. Ils voulurent seulement en limiter les effets. Ils crurent, comme le peuple lui-même, que si les marchands avaient voulu vendre meilleur marché, on n'aurait pas vu l'or et l'argent monter si haut. Ils attribuèrent la baisse du papier-monnaie et la vie chère aux manoeuvres des agioteurs et des accapareurs. Ils ne se saisirent pas que l'agiotage et l'accaparement étaient la conséquence de l'inflation. Ils voulurent remédier au désordre par des mesures de contrainte, susceptibles de contenir provisoirement le mal, non de le guérir. Ces remèdes, les orateurs populaires les avaient déjà entrevus. Ils ne firent que les mieux formuler.

dimanche 21 novembre 2010

Formulaire de réception à la Société des Saisons


Le récipiendaire est introduit les yeux bandés.
Le président au présentateur. - Quel est le nom du nouveau frère que tu nous amènes ....
Au récipiendaire. - Citoyen (...), quel est ton âge ? ta profession ? le lieu de ta naissance ? ton domicile ? Quels sont tes moyens d'existence ? As-tu réfléchi à la démarche que tu fais en ce moment, sur l'engagement que tu viens de contracter ? Sais-tu bien que les traîtres sont frappés de mort ?
Jure donc, citoyen, de ne révéler à personne rien de ce qui se passera dans ce lieu.
Le président pose les questions suivantes.
- 1. Que penses-tu de la royauté et des rois ?
- Qu'ils sont aussi dangereux pour le genre humain que le tigre pour les autres animaux.
- 2. Quels sont maintenant les aristocrates ?
- L'aristocratie de naissance a été abolie en juillet 1830. Elle a été remplacée par l'aristocratie d'argent, qui est aussi vorace que la précédente.
- 3. Faut-il se contenter de renverser la royauté ?
- Il faut renverser tous les aristocrates, abolir tous les privilèges.
- 4. Que devons-nous mettre à sa place ?
- Le gouvernement du peuple par lui-même, c'est-à-dire la république.
- 5. Ceux qui ont des droits sans remplir des devoirs, comme maintenant les aristocrates, font-ils partie du peuple ?
- Ils ne devraient point en faire partie ; ils sont pour le social ce qu'est un cancer pour le corps humain : la première condition du retour du corps social à l'état juste est l'anéantissement de l'aristocratie.
- 6. Immédiatement après la révolution, le peuple pourrait-il se gouverner lui-même ?
- L'état social étant gangrené, pour passer à un état sain, il faut des remèdes héroïques ; le peuple aura besoin, pendant quelque temps, d'un pouvoir révolutionnaire.
- 7. En résumé, quels sont donc tes principes ?
- Qu'il faut exterminer la royauté et toutes les aristocraties, substituer à leur place la république, c'est-à-dire le gouvernement de l'égalité ; mais, pour passer à ce gouvernement, employer un pouvoir révolutionnaire, qui mette le peuple à même d'exercer ses droits.

Citoyen, les principes que tu viens d'énoncer sont les seuls justes, les seuls qui puissent faire marcher l'humanité vers le but qui lui est fixé ; mais leur réalisation n'est pas facile. Nos ennemis sont nombreux et puissants ; ils ont à leur disposition toutes les forces sociales : nous, républicains, notre nom même est proscrit ; nous n'avons que notre courage et notre bon droit. Réfléchis, il est temps encore, sur tous les dangers auxquels tu te voues en entrant dans nos rangs. Le sacrifice de la fortune, la perte de la liberté, la mort peut-être, es-tu décidé à les braver ?
Ta réponse nous est la preuve de ton énergie. Lève-toi, citoyen, et prête le serment suivant :
« Au nom de la république, je jure haine éternelle à tous les rois, à tous les aristocrates, à tous les oppresseurs de l'humanité. je jure dévouement absolu au peuple, fraternité à tous les hommes, hors les aristocrates, je jure de punir les traîtres ; je promets de donner ma vie, de monter même sur l'échafaud, si ce sacrifice est nécessaire pour amener le règne de la souveraineté du peuple et de l'égalité. »
Le président lui met un poignard à la main.
« Que je sois puni de la mort des traîtres, que je sois percé de ce poignard si je viole ce serment. je consens à être traité comme un traître, si je révèle la moindre chose à quelque individu que ce soit, même à mon plus proche parent, s'il n'est point membre de l'association. »
Le président. - Citoyen, assieds-toi ; la Société reçoit ton serment ; maintenant tu fais partie de l'association, travaille avec nous à l'affranchissement du peuple.
Citoyen, ton nom ne sera point prononcé parmi nous, voici ton numéro d'inscription dans l'atelier. Tu dois te pourvoir d'armes, de munitions. Le Comité qui dirige la société restera inconnu jusqu'au moment où nous prendrons les armes. Citoyen, un de tes devoirs est de répandre les principes de l'association. Si tu connais des citoyens dévoués et discrets, tu dois nous les présenter.
Le récipiendaire est rendu à la lumière.

Source : Auguste Blanqui, Textes Choisis, avec préface et notes par V.P. Volguine, Editions Sociales, Paris 1971.

Des sorcières aux autonomes : les hérétiques, de l’Antiquité à nos jours

Source: suivant l’excellent ouvrage de Norman Cohn : "Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen-Âge, 
fantasmes et réalités". ARTICLE XI ("Herr Grimaud")

Retour aux sources : cette bonne vieille Antiquité
La sorcellerie telle qu’elle est conçue et imaginée au Moyen-âge est un héritage de l’Antiquité. Les accusations de démonolâtrie et d’infanticides rituels sont prononcés pour la première fois à l’encontre des chrétiens, à l’époque une secte dissidente du judaïsme refermée sur elle-même et qui prétend que son Dieu est le seul labellisé 100% divin. C’est l’aspect mystérieux et confidentiel de cette secte, la confusion par rapport à l’Eucharistie (manger le corps du christ sous forme de pain) et à l’Agape (nom donné au repas que prenaient les premiers chrétiens pour commémorer la cène et pendant lequel ils échangeaient le baiser de la paix) qui conduisent de nombreux observateurs de l’époque à décrire les chrétiens comme participant à des orgies incestueuses et cannibales et à des sacrifices rituels. Certaines descriptions carrément grotesques en deviennent comiques, notamment l’accusation d’adorer un Dieu à tête d’âne et de lui baiser l’anus (dans le monde antique, si certains dieux ont effectivement des parties animales, peu sont aussi mal considérés que l’âne). Les chrétiens étant une secte marginale, ils servent de boucs émissaires et agrègent tous les fantasmes morbides de l’époque.
Le système religieux romain est une concrétion à même d’assurer l’unité de l’empire et la « pax romana ». Au fur et à mesure que l’empire s’étend, les Dieux et les peuples sont pareillement intégrés. Parallèlement, la société romaine évolue vers une déification de l’empereur. A ce stade, le monothéisme des premiers chrétiens est considéré comme une atteinte à la société dans son ensemble, d’où les persécutions dont ils sont victimes.
La religion catholique finit par sortir de son ornière et, bien entendu, il n’est plus question de ces accusations lorsque la religion chrétienne, prosélyte et universelle, devient religion d’empire.
Paradoxe historique
L’évolution que connait l’idée de sorcellerie au cours du Moyen-âge est parallèle à la diabolisation des hérétiques. En pratique, il s’opère un retournement historique audacieux : les chrétiens accusent ceux qui dévient du dogme de ce qu’on leur reprochait à l’origine. D’où : ces accusations sont toujours une manière d’exclure les personnes incriminées de la société humaine en les accusant de transgresser l’ensemble des tabous communément admis (inceste, partouze, manger les bébés, zoophilie…). C’est valable pour les Vaudois, les Cathares et les Fraticelli. Ça a également été le cas pour les Templiers, qui n’ont eu d’autre tort que d’avoir une immense fortune aiguisant l’appétit de ce psychopathe de Phillipe le Bel. Ces affaires démontrent l’utilisation machiavélique qui a pu être faite de ce type d’accusations.

Par la suite, il s’opère une confusion entre la perception paysanne de la sorcellerie (qui s’exerce sous forme de « malleficum » : maléfices ayant pour objet de nuire à quelqu’un), la conception du magicien (lettré qui fait appel à des forces démoniaques sur la base de rituels établis par écrits) et ces hérésies dont les adeptes, par la force des choses, ont une pratique collective et secrète de leur foi. Si le fait de transformer ces derniers en adorateurs du démon bons pour le feu relève incontestablement de la manipulation, une grande part des procès individuels et collectifs dans les villages relèvent du fanatisme religieux, de l’obscurantisme et de la connerie humaine. Avec ce constat : les personnes taxées de sorcellerie s’étaient souvent, au cours des années, mis une grande part de la population du village à dos ; cette accusation matérialisait ainsi un consensus villageois pour se débarrasser de quelqu’un.
Méthode inquisitoriale
En ce qui concerne la justice, la méthode inquisitoriale est une innovation intéressante de la période. Auparavant, le procédé de droit utilisé était largement issu du droit germain : la méthode accusatoire imposait au plaignant d’engager personnellement sa responsabilité dans la plainte déposée. Et s’il n’apportait pas la preuve matérielle de ses accusations, c’est lui qui se mangeait un châtiment équivalent. Ce système avait l’avantage de limiter les procédures aux cas où les personnes étaient prêtes à prendre ce risque considérable pour obtenir justice.
A contrario, la méthode inquisitoriale consiste en une mise en accusation par la puissance publique. Cette dernière se charge d’obtenir des aveux par la torture et de brûler l’accusé s’il revient sur ses aveux. Pratique, n’est-ce pas ? D’où la possibilité d’obtenir ce qu’on veut de qui ont veut, de suggérer et de voir immédiatement la personne contresigner.
(Pour information, la raison qui sous-tendait l’utilisation de la torture dans les procès en sorcellerie est la suivante : les personnes étant sous l’emprise du démon, seule une torture bien menée pouvait permettre de rompre le lien entre la victime et les puissances infernales ; la torture était donc vivement recommandée par Dieu lui-même, puisque les aveux pouvaient permettre de sauver l’âme du pauvre pêcheur(resse).)

La grande chasse au sorcière des XVIe et XVIIe siècles, et les procès de masse qui ont eu lieu, proviennent de l’exigence de délation de la part des autorités, persuadées d’avoir affaire à une force occulte organisée. Sous la torture, les gens dénonçaient n’importe qui. Pour exemple, dans la petite ville de Wiesensteig, en Allemagne, 63 femmes ont été brûlées pour la seule année 1562 ; et en une année, des villages ont perdus prés de 10 % de leur population.
Ésotérisme et falsification historique
Question : y avait-il une organisation structurée de sorciers ? L’auteur de Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen-Âge, fantasmes et réalités, Norman Cohn, pose que l’amalgame opéré entre hérésie et sorcellerie, entre des pratiques individuelles et des pratiques collectives, a conduit de nombreux auteurs modernes à verser dans cette erreur historique postulant l’existence de « covens », ces sociétés secrètes de sorciers(ères) se livrant à des sabbats, réunions périodique comportant leur lot d’activités plus ludiques les unes que les autres. Telles qu’invocation du démon ou du diable en personne, grosse partouze et dévoration de bébés…

Les principales sources d’information à ce sujet sont les comptes-rendus de procès d’inquisition. Au vu des méthodes employées, on peut se poser des questions sur la crédibilité de ces témoignages. Et supposer que ces compte-rendus sont surtout des projections d’inquisiteurs obsédés par leurs propres démons. Ainsi de cet abbé persuadé que des diablotins s’acharnaient sur lui, lui donnant des gaz et le faisant dormir pendant la messe…
Ce qui est amusant, c’est que l’ouvrage de référence en la matière, celui de madame Murray, publié au début XXe siècle, a conduit à la renaissance du mouvement païen et à la constitution de la Wicca, néo-paganisme moderne né dans les années 30 sous l’influence de l’ouvrage de Murray et d’un individu nommé Gardner. Pourtant, aucune preuve historique sérieuse n’existe pour confirmer ce postulat de l’existence d’une société secrète de sorciers. Par ailleurs, sa théorie se fonde largement sur l’oeuvre d’ethnologie de Frazier, le « Rameau d’Or », qui ramène la plupart des croyances antiques à la fertilité. Pour Murray, les cercles de sorcières étaient des cercles de femmes adorant une sorte de religion primitive de la terre et de la fertilité, en opposition au patriarcat du catholicisme.
A la suite de Murray, de nombreuses théories historiquement invérifiables ont été échafaudées, comme celle de Michelet, postulant que les cercles de sorciers étaient en fait des réunions de personnes en rébellion contre l’autorité de la religion et des seigneurs. Il est intéressant de constater que ces théories suivent très fidèlement le Zeitgeist du moment : celle de Michelet par son enthousiasme pour l’émancipation des classes laborieuses et le féminisme naissant ; celle de Murray par Frazier ; enfin, celle de Rose par l’époque psychédélique (il postule de grandes réunions de défonces à base de décoctions de plantes et des orgies avec des gens déguisés en animaux).
Les liens à établir avec notre époque, maintenant, chez nous
D’après Norman Cohn, les historiens ont gravement sous-estimé les capacités de l’imagination humaine : les récits de sorcellerie sont manifestement des compilations de faux documents et de délires montés de toute pièce. Il en ressort aussi un archétype au sens Jungien de la société secrète, que l’on retrouve dans l’antisémitisme au XXe siècle (notamment à travers le Protocole des sages de Sion), mais également dans le traitement du terrorisme et la paranoïa sécuritaire actuelle.
La continuité est de deux ordres.
>>Sur la forme : le traitement fait aux « terroristes » présumés dans les prisons israëliennes ou américaines est du même ordre que celui réservé aux hérétiques du Moyen-âge ; de même, alors qu’au Moyen-âge existaient des manuels de la « question » pour faire avouer l’hérétique, des manuels de torture ont été réalisés à destination des marines américains.
On peut constater aussi que la procédure inquisitoriale a déteint sur la conception juridique actuelle, en tout cas en matière de lois antiterroristes. Une des principales caractéristique de la procédure inquisitoriale comme des lois antiterroristes est l’absence presque totale de protection de l’accusé. La puissance publique accuse, cherche les preuves, condamne et applique la sentence. En pratique, elle part de sa propre conviction, sans qu’elle soit motivée par une plainte ou une dénonciation (comme c’est le cas en droit romain, par exemple), et cherche ce qui peut étayer sa thèse. Pour moi, les hérétiques du XXe siècle sont les personnes suspectées de terrorisme (étant donné qu’une infime part de ces dernières sont effectivement des terroristes actifs).
>>Sur le fond : il apparaît clairement que le fantasme terroriste, bien qu’il soit en partie fondé sur la réalité, est largement amplifié et manipulé par les autorités capitalistes, occidentales et impérialistes (pas de raisons d’exclure le gouvernement chinois du cercle très ouvert des enfoirés). Sans revenir sur les différentes théories qui font du terrorisme une manipulation d’Etat, l’opportunité de l’ennemi intérieur et extérieur est évidente dans une situation de contestation politique grandissante et généralisée. Les masses terrorisées se concentrent alors sur le danger le plus immédiat : celui qu’on leur fait manger à l’heure du journal télévisé en accompagnement des petits pois.


D’une certaine manière, les membres de la mouvance anarcho-autonome incarnent les sorciers du XXIe siècle, et il est difficile de dire si l’acharnement dont elle est victime (si tant est qu’elle soit autre chose qu’un fantasme du pouvoir) est de la manipulation ou du fanatisme dogmatique. Dans l’affaire de Tarnac, on a pu voir la preuve de cette procédure inquisitoriale dans la recherche de pièces à conviction : harnais, horaires de trains et, pour montrer que Julien Coupat était le chef de la « bande », ce qui justifia son incarcération.
Et si la soi-disant mouvance anarcho-autonome représente la sorcellerie du XXIe siècle, il n’y pas loin à chercher pour trouver l’Eglise prosélyte et universaliste, avec ses conciles (G8) et ses instances prétendant gouverner le monde (OTAN, ONU, FMI, OMC), par la force s’il le faut. 
La dérive sécuritaire paranoïaque me paraît n’être rien de plus qu’une énorme baudruche remplie de ces gaz fétides que produisent la peur et le fanatisme. Ça me fait bien marrer quand des gens disent : « Ça n’arriverait pas chez nous, on est pas des barbares »… Alors que « chez nous », on revient à grand pas aux bonnes vieilles méthodes médiévales de traitement de la contestation.