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mercredi 2 février 2011

Carnaval partout : Premier appel de Montpellier...

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ACHEVONS CARNAVAL !!

Premier appel de Montpellier pour que 100, 1000, un million de Carnavals des Gueux illuminent les villes partout…

Parce que si on sort de nos cages ce n’est pas pour se mettre en boite.

Parce que c’est dans l’interdiction de ce type de rassemblements joyeux, masqués, sauvages,
pour ne pas dire barbares ; que notre joie se partage le mieux, qu’elle devient une arme.

Parce que c’est la guerre mec, et que la guerre c’est sociale et dégueux t’as vu !

Parce qu’il nous faut de nouvelles fêtes sans organisateur-consommateur, sans l’argent et son
monde de merde, sans contrôle de flics ou de papiers…

Parce que pour que ces nouvelles fêtes nécessaires soient possibles, il s’agit de chasser ceux qui nous surveillent ou nous chassent des rues, places et de nos squats. Il faut que l’organisation se communise (où l’on apprend que faire des affiches, un char en liant des caddies, un bar gratuit en volant des bouteilles, des masques en plâtres est possible par tous,…).

Parce que comme ça tu peux jeter ton sweat noir de skateur pour des tenues trash et paillettes bien plus funky et ça c’est cool, non ?

Parce que c’est un test pour se déresponsabiliser mutuellement : il y a pas de coupable, il y a pas de lois, il n’y a pas de fautes…

Parce que c’est un sabotage de la routine quotidienne où l’ennui rime avec temps «libre» et le travail avec prison.

Parce que le lendemain du Carnaval t’as pas envie d’aller au turbin ou en cours, mais plutôt de rester au lit avec ton-ta-tes ami-e-s.

Parce que cette ivresse publique qui se manifeste est une émotion, un souffre partagés.

Parce que le Carnaval des Gueux de Montpellier a 15 ans et qu’il ne doit être ni une crotte de nez institutionnelle (fuck Karakwella : assoc caribéenne utilisée par la Mairie pour récupérer ce qu’elle ne comprend toujours pas, et aussi nique les Zones Artistiques Temporaires de cette enflure de M. Delafosse). Parce que Carnaval ne doit pas être une simple curiosité locale mais se généraliser partout (dédicace aux Tunisiens, Égyptiens, etc… qui ont commencé avant nous…).

Parce que si dans les Cévennes on trouve des châtaignes, qu’ailleurs on trouve la castagne (occitan rules) !

ACHEVONS CARNAVAL !!

Le comité des fêtes invisible… 
Indymedia Nantes, 1er février 2011.


mardi 1 février 2011

ARTAUD - RECENSION


 
Instructions pour une prise d’âmes
Artaud et l’envoûtement occidental
Par Frédéric Neyrat
(La Phocide, 2009)

« Le monde de la terre actuelle est mené par des séries d’envoûtements concertés et calculés » nous dit Antonin Artaud. Quelle signification autre que délirante accorder à une telle déclaration ? L’hypothèse qui gouverne ce livre est la suivante : la folie d’Artaud est entrée en conjonction - en résonance - avec le déni occidental. Sa folie s’exprime là où l’« Occident » a toujours refusé de s’exprimer sur lui-même - à moins qu’il n’en ait jamais été capable. L’envoûtement est un nom qui vient à la place de l’impensé occidental. L’impensé colonial. L’impensé du rapport entre Dieu, la techno-science et le capitalisme. L’impensé qui empêche de vivre et donne faim. L’impensé du corps auquel on fabrique une âme. On dira pourtant que l’on sait pertinemment aujourd’hui ce que sont le colonialisme et le post-colonialisme, le monothéisme, la Big Science et le capitalisme. Mais si l’on sait, nous dit Artaud, alors c’est pire. C’est qu’on ne veut vraiment rien changer et qu’on se veut du mal. L’impensé serait-il ce que nous savons le plus ? Plutôt bizarre... Serions-nous envoûtés ? 

Site de l’éditeur :
http://www.phocide.fr/

mercredi 15 décembre 2010

L’Empire androgyne

 Or, l’Idée d’Empire, en ouvrant une troisième voie entre l’isolement égotiste et le nivellement collectif, ressuscite aussi une certaine forme d’espoir métapolitique. Diversité ordonnée, hiérarchie au sens étymologique du terme, fondant le principe de l’Autorité sur le Sacré et non plus sur le pouvoir temporel, l’Empire dont rêve Pessoa est à la ressemblance du beau cosmos miroitant, de cette terre clarifiée...          Obscurcie par ses parodies successives, l’Idée d’Empire est devenue aujourd’hui presque incompréhensible. « Tout Empire qui n’est pas fondé sur un impérialisme spirituel est un cadavre régnant, une mort sur un trône » écrit Fernando Pessoa. Il importe ici de retrouver le sens du discernement et ne plus confondre totalité et totalitarisme, unité et uniformité, Autorité et pouvoir, Gloire et réussite, Métaphysique et idéologie, intransigeance et fanatisme, Principes et valeurs.          Alors que les valeurs et les idéologies concernent, selon la formule de 
L'Idée advient comme un scintillement sur la surface des eaux.
Raymond Abellio « l’espèce humaine en tant qu’espèce, dans son ensemble ou ses sous-ensembles » (incluant races, nations, communautés diverses), les Principes concernent l’être humain dans sa solitude communielle. Les valeurs relèvent d’une appartenance grégaire et utilitaire. Les Principes obéissent à l’unique souveraineté de l’Esprit et témoignent d’une vocation héroïque, ascétique, ludique ou contemplative.          « En créant notre propre civilisation spirituelle, écrit Pessoa, nous subjuguerons tous les peuples ; car il n’y a pas de résistance possible contre les forces de l’Esprit et des arts, surtout lorsqu’ils sont organisés, fortifiés par des âmes de généraux de l’Esprit. »          Comment définir exactement cet impérialisme ? Pessoa propose la formule : « Un impérialisme de poètes ». En effet, écrit-il, « l’impérialisme des poètes dure et domine ; celui des politiciens passe et s’oublie s’il n’est rappelé par le chant des poètes. »          L’avenir du Portugal, et, par voie de conséquence, de l’Europe, sortie enfin de la pénombre de son activisme somnambulique, est déjà écrit pour qui sait lire dans les strophes de Bandarra et les quatrains de Nostradamus. Cet avenir, explique Pessoa, c’est d’être tout : « Ne tolérons pas qu’un seul dieu reste à l’extérieur de nous-mêmes. Absorbons tous les dieux ! Nous avons déjà conquis la Mer ; il ne nous reste qu’à conquérir le Ciel en laissant la Terre aux autres... Etre tout, de toutes les manières, parce que la vérité ne peut exister dans la carence. Créons ainsi le Paganisme Supérieur, le Polythéisme Suprême ! »          La rimbaldienne « alchimie du Verbe », la quête de « l’étincelle d’or de la lumière nature » s’anime ainsi d’une impérieuse exigence d’étendre le domaine du Sens. Vasco de Gama des mers et des cieux intérieurs, Pessoa ne cherche point à se perdre dans les abysses de l’indéterminé ou de l’absurde, mais à conquérir. En son dessein cosmogonique et impérial, il suit l’orientation du Soleil-Logos.          De même que Sohrawardî voulut réactualiser la sagesse zoroastrienne de l’ancienne Perse tout en demeurant fidèle à la plus subtile herméneutique abrahamique, Pessoa nous promet le retour de Dom Sébastien, un matin de brouillard, précédant le triomphe du Cinquième Empire.          « Par matin, précise Pessoa, il faut entendre le commencement de quelque chose de nouveau, - époque, phase ou quelque chose de similaire. Par brouillard, il faut entendre que le Désiré reviendra caché et que personne ne s’apercevra de son arrivée et de sa présence. »          Le retour au « paganisme » que suggérait Alvaro de Campos pour en finir avec le matérialisme « qui exprime une sensibilité étroite, une conception esthétique réduite, puisqu’il ne vit pas la vie des choses sur le plan supérieur » n’est en rien un refus de la transcendance mais un appel aux vastes polyphonies de l’Ame du monde, écharpe d’Iris et messagère des dieux.          « Inventons, écrit Pessoa, un Impérialisme Androgyne réunissant qualités masculines et féminines ; un impérialisme nourri de toutes les subtilités féminines et de toutes les forces de structuration masculines. Réalisons Apollon spirituellement. Non pas une fusion du christianisme et du paganisme, mais une évasion du christianisme, une simple et stricte transcendantalisation du paganisme, une reconstruction transcendantale de l’esprit païen. »
Luc-Olivier d'Algange