« Je sais que vous les comptez [les peuples - aujourd'hui on dirait
le peuple] pour rien, parce que la cour est armée ; mais je vous supplie
de me permettre de vous dire que l’on doit les compter pour beaucoup,
toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. Ils en sont là :
ils commencent eux-mêmes à compter vos armées pour rien, et le malheur
est que leur force consiste dans leur imagination ; et l’on peut dire
avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance,
ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils
croient pouvoir. »
« Les peuples [le peuple] sont las quelque
temps devant [avant] que de s’apercevoir qu’ils le sont. Ce qui cause
l’assoupissement dans les États qui souffrent est la durée du mal, qui
saisit l’imagination des hommes, et qui leur fait croire qu’il ne finira
jamais. Aussitôt qu’ils trouvent jour à en sortir, ce qui ne manque
jamais lorsqu’il est venu jusques à un certain point, ils sont si
surpris, si aises et si emportés, qu’ils passent tout d’un coup à
l’autre extrémité, et que bien loin de considérer les révolutions comme
impossibles, ils les croient faciles ; et cette disposition toute seule
est quelquefois capable de les faire. »
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