Quand la misère chasse la pauvreté,
par Majid Rahnema, Actes Sud 2003
Présentation du livre par Daniel Cardot, d’Alternatives Economiques :
« Curieux
livre, écrit par un ancien diplomate iranien, qui a fait partie de
l’équipe du Pnud, le programme des Nations unies sur les questions de
pauvreté et d’inégalités à l’échelle mondiale. Homme du Sud, mais
baignant aussi dans la culture francophone et anglophone, Majid Rahnema
était sans doute bien placé pour l’écrire.
La thèse: la pauvreté a
longtemps été une richesse, parce que la vie pauvre, en même temps,
permettait la satisfaction des besoins essentiels, faisait de l’entraide
une nécessité et de la solidarité une réalité qui enrichissaient les
rapports humains de tous.
L’intrusion de l’économique a bouleversé ces
liens sociaux et ces formes de production autonome: la misère,
c’est-à-dire l’incapacité à satisfaire les besoins essentiels tout
autant que la course sans fin aux objets, a chassé la pauvreté. « Jamais
(…) autant d’hommes et de femmes (…) n’avaient pris à ce point leurs
richesses pour de la pauvreté et recherché la richesse là où elle les
appauvrissait », écrit-il.
L’ouvrage est parcouru de tranches
d’histoire ou de récits exemplaires. Le lecteur éprouve une sorte de
malaise face à un livre qui se veut à la fois contestation de l’ordre
établi, éloge spirituel de la vie pauvre, dénonciation des méfaits de la
modernité et de l’impérialisme de l’économique, réflexion philosophique
sur le changement qui vient de l’intérieur. On se sent interrogé et
remis en cause, mais, en même temps, gêné par une sorte d’idéalisation
de la tradition, de critiques définitives et pas toujours convaincantes
de l’économique, de foi dans le bien-fondé d’une rupture radicale avec
la croissance. Comme d’autres imaginaient une rupture radicale avec le
capitalisme. Vraiment un curieux livre… »
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