SOURCE : INDYMEDIA PARIS ÎLE-DE-FRANCE
[ici : le pdf du tract] http://www.fichier-pdf.fr/2011/09/17/indigness/indigness.pdf
Depuis déjà plusieurs mois, on a vu pointer dans plusieurs pays
d’Europe le mouvement dit des « indignés » ou « démocratie réelle ».
Ici comme ailleurs, celui-ci à donné lieu à plusieurs réflexes
conditionnés, pièges et écueils qui touchent en général les « mouvements
sociaux » : le fétichisme des pratiques d’abord (comme l’occupation de
places, le sitting, les happening ou la manifestation plan-plan et
maintenant la marche...) et la limitation stricte du mouvement à ces
pratiques, le démocratisme ensuite (le respect religieux et le privilège
donné aux décisions collectives prises en assemblées « représentatives
du mouvement »), le « nihilisme citoyen » (respect borné de la loi, du
vote, des « droits » donnés et des devoirs exigés par l’Etat) et la
« non-violence » dogmatique (qui va jusqu’à prôner la violence policière
contre ceux ou celles qui refusent ce dogme) et donc l’hégémonisme (la
prise de contrôle du mouvement par une de ses franges), et surtout :
l’absence de perspective révolutionnaire et l’enfermement dans des
revendications abstraites et réformistes. Loin de représenter un sursaut
révolutionnaire, ou une authentique révolte spontanée, ce mouvement des
indignés s’inscrit bien plutôt dans la pacification de toute
contestation réelle (de par le rejet de l’action directe), la
militarisation de l’Etat (les guerres menées à l’étranger et le
renforcement de la répression intérieure sur lesquels le silence des
« indignés » est plus que suspect) et la montée du fascisme dans la
société, au travers de ce mouvement notamment.
La crise comme pacification
Depuis plusieurs années déjà, les gouvernements européens, toutes
tendances confondues, de gauche social-démocrate à la droite la plus
réactionnaire, utilisent l’argument de la crise pour endormir tout
velléité de contestation.
D’un coté, il y a l’explication des gouvernements, qui est celle du FMI
et de la banque mondiale : La crise serait une sorte de phénomène
métaphysique que même les économistes n’arriveraient pas à s’expliquer,
une sorte de catastrophe naturelle qu’il faudrait juguler et gérer à
grands coups de politiques de réformes et de plans d’austérité. Comme si
cette crise n’avait rien à voir avec ces mêmes politiques, comme si
elle était le fait de la divine providence. Cet argumentaire vise en
fait à tenter de se servir de la crise engendrée par le système
capitaliste et ses Etats pour dédouaner les politiques de rigueur que
cette même crise implique dans le seul but de replâtrer encore une fois
le capitalisme. Les « indignés » quant à eux, dépourvus dans leur
immense majorité de toute analyse de classe, et de toute critique du
capitalisme, voient en général dans la crise et l’austérité le fait
d’une caste de « banquiers parasites » et d’un « empire financier
tentaculaire », ou « nouvel ordre mondial » qui auraient vidé les
caisses quand personne ne regardait. En gros : pas besoin de se prendre
la tête avec des « concepts politiques » trop compliqués : « à bas NWO »
c’est tellement plus branché, tellement plus smart et ça résume tout
sans avoir besoin de réfléchir...
Dans les deux cas, et du mouvement des indignés à la nouvelle
extrême droite en passant par Sarkozy, tous dénoncent au final « la
faillite des banques » dont le petit peuple devrait être sauvé, un
« capitalisme financier » devenu fou qu’il faudrait réguler ou
« purger » et une classe moyenne comme « victime de la crise ». La
raison de cette analyse bancale est bien simple : la composition sociale
de ce mouvement est justement celle de la sacro-sainte classe moyenne
(que flatte autant Sarkozy, les socio-démocrates que les nouveaux
fascistes à la Soral). Celle d’une classe qui commence à peine à
percevoir les effets de « la crise », quand la majorité des exploités
subissent la logique et les conditions de vie du capitalisme depuis
toujours, et que la crise n’a fait qu’aggraver. D’où aussi, le décalage
entre le discours « pro-révolution » des indignés concernant le monde
arabe – où comme en Tunisie la pratique effective qui a dominé a été
l’attaque des symboles du pouvoir, les affrontements avec la police, les
pillages de supermarchés, les mutineries et incendies de prisons, et
tout un ensemble de faits qui attestent une véritable logique de guerre
de classes et de guérilla révolutionnaire, et toute une agitation qui,
même si elle ne suffit pas à l’expliquer, a joué un rôle absolument
indéniable dans la chute de plusieurs régimes et les volte-faces de
l’armée ou de la police qui ont sentis le sol trembler sous leurs pieds –
et le comportement de ces même « indignés » ici qui considèrent un tag
ou une petite vitrine de commerce ou de banque pétée comme une
« violence ».
Derrière la critique du capitalisme financier :
le populisme gauchiste et l’antisémitisme.
Cette critique partielle des banques justement, non comme un rouage
du système capitaliste, mais comme un « foyer de parasites » qui
auraient détruit une fantasmatique « économie réelle », et qui voit les
banques comme un problème central laisse la place au vieux fantasme
antisémite d’un complot qui tenterait de contrôler le monde. Car en
cherchant à critiquer le système des banques et le pouvoir des grandes
entreprises multinationales, mais de manière partielle, le mouvement des
indignés s’engouffre dans un discours typiquement réactionnaire et
populiste et passe ainsi complètement à coté de la critique du
capitalisme, le confortant même en jouant le rôle qu’on lui demande de
jouer : celui d’une contestation strictement non-violente, vidé de toute
substance critique, empêchant de par sa forme même un véritable
mouvement (de type grève générale ou insurrection), et déplaçant le
débat vers la droite dans le grand piège du « débat citoyen ». Rendu
donc parfaitement in-offensif de par son caractère « a-politique » et
« a-partisan » auto-proclamé, le mouvement des indignés participe en
réalité au maintiens de l’ordre à travers un spectacle de contestation
dans un front « anti-système » flou qui laisse le champs libre à des
récupérations libérales, populistes et même fascistes. La dénonciation
obsessionnelle du « nouvel ordre mondial » faisant finalement écho au
nouveau discours d’extrême-droite sur le complot « apatride » contre
« les peuples et les nations ». Et ce discours là, en plus de puer la
défaite, est simplement fasciste parce que nationaliste et antisémite.
Ne soyons pas dupes : là où la contestation réelle s’efface, les réactionnaires progressent.
S’INDIGNER NE SUFFIT PAS !
Ce n’est donc pas un hasard si en France, on retrouve dans les
organisateurs du « mouvement des indignés » nombre d’individus
conspirationnistes, reliés à des mouvements d’extrême-droite qui
théorisent l’antisémitisme à travers leur pseudo-critique de la finance.
Le concept même de « capitalisme financier » fut un des thèmes centraux
dans la propagande du parti nazi en Allemagne et des fascismes en
Europe pour construire l’ennemi intérieur et flatter le sentiment
national. Le thème de la « citoyenneté » mis en avant par les indignés,
renouvelle lui aussi ce constant rappel à l’ordre que constitue
l’injonction à ne pas se révolter en faisant poliment démonstration de
son indignation. Il repose sur ce présupposé généreux que les
oppresseurs finiront par abdiquer devant la raison exprimée publiquement
et pacifiquement par « le peuple ». Mais cette fable saint-simonienne
exclue de fait ceux ou celles qui ne sont pas considérés, précisément,
comme des citoyens : les sans-papiers, les « criminels », et quiconque
agit en dehors de la légalité ou de la légitimité citoyenne. Tout les
indésirables, exploités par définition. En prétendant vouloir créer une
« démocratie réelle », le mouvement n’a fait que centraliser le pouvoir
de décision à travers les assemblées des occupations de places et leurs
émanations (comme en Espagne, les commissions dans les « accampadas »),
dans l’espoir de singer les révolutions du Machrek et du Maghreb (en
réutilisant, sans nécessité réelle, et de manière fétichiste les réseaux
sociaux type facebook), les indignés n’ont fait que créer un état dans
l’Etat, ersatz de démocratie représentative et de parlementarisme
bourgeois où toute volonté de s’organiser à la base et d’agir localement
ont été rendus simplement impossibles, notamment lorsqu’à Barcelone la
volonté de scission dans l’occupation, pourtant majoritairement votée a
été censurée par la tribune de l’assemblée, ou que tout débat sortant du
cadre a été simplement saboté. Encore comme à Athènes où les indignés
ont appeler à dénoncer les auteurs « d’actes violents » et à les jeter à
la police : soutenant ainsi la répression d’Etat au nom de la
non-violence ! En restant prisonniers d’une rhétorique a-politique
creuse, de mode de prise de décisions autoritaires et bureaucratiques,
d’un pacifisme abstrait et dogmatiquement non-violent, les indignés ne
font que participer au maintient du statu quo, brimant toute
participation de révoltés ou de révolutionnaires et ouvrant au contraire
la voie à des forces réactionnaires qui n’avaient pas eu jusqu’ici voie
au chapitre sur la place publique. Abandonner la perspective
révolutionnaire au profit de « l’indignation en mouvement », c’est
tresser la corde avec laquelle on voudrait nous pendre .
Se cantonner à cette indignation pacifiée, et focaliser sur « les
banquiers » (même si ces derniers ont, comme d’autre leur responsabilité
dans l’exploitation et les conditions de vie misérable de la majorité
de l’humanité) c’est ne pas voir que partout dans le monde depuis le
début de la « crise économique », des révoltes, des insurrections et des
situations révolutionnaires éclatent partout non seulement contre les
banques, mais surtout contre le capitalisme, l’Etat, les gouvernements,
leurs classes dominantes et leurs flics, leurs lois, leurs tribunaux,
leurs prisons, et leurs armées. C’est ne pas voir que les plans
d’austérité et les « réformes de la fiscalité et du système bancaire »
ne sont que les politiques des mêmes gouvernements et de la même
bourgeoisie qui se prétend victime de la « crise » et en est la
principale bénéficiaire, pour sauver leur économie et protéger leurs
privilèges.
Il faut traduire la colère en actes !
Contre le capitalisme, contre l’Etat :
VIVE LA REVOLUTION SOCIALE !
L’économie est malade ?
QU’ELLE CREVE !
Quelques anarchistes
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