vendredi 3 février 2012

Tout conspire pour l'insignifiance

La Montée de l’insignifiance, de Cornelius castoriadis
Emission de Daniel Mermet, 1996 à écouter :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1039

Ni Dieu, ni césar, ni tribun!…

Daniel Mermet. — Pourquoi ce titre, la Montée de l’insignifiance ? Est-ce la caractéristique de l’époque ?
Cornelius Castoriadis. — Ce qui caractérise le monde contemporain, ce sont bien sûr les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, etc., mais ce qui me frappe surtout, c’est précisement l’insignifiance. Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Actuellement, elle a perdu son sens. Non pas parce qu’il n’y a pas de quoi nourrir une querelle politique et même une très grande querelle politique, mais parce que les uns et les autres disent la même chose. Depuis 1983, les socialistes ont fait une politique, puis Balladur est venu, il a fait la même politique, puis les socialistes sont revenus, ils ont fait avec Beregovoy la même politique, Balladur est revenu, il a fait la même politique, Chirac a gagné les élections en disant : « Je vais faire autre chose », et il fait la même politique. Cette distinction manque de sens.
D.M. — Par quels mécanismes cette classe politique est-elle réduite à cette impuissance ? C’est le grand mot aujourd’hui, impuissance.
C.C. — Ce n’est pas un grand mot, et ils sont impuissants, c’est certain. La seule chose qu’ils peuvent faire c’est suivre le courant, c’est-a-dire appliquer la politique ultralibérale qui est à la mode. Les socialistes n’ont pas fait autre chose, et je ne crois pas qu’ils feraient autre chose revenus au pouvoir. Ce ne sont pas des politiques à mon avis, mais des politiciens – au sens de micropoliticiens. Des gens qui font la chasse aux suffrages par n’importe quel moyen.
D.M. — Le marketing politique ?
C.C. — C’est du marketing, oui. Ils n’ont aucun programme. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir, et pour cela ils sont capables de tout. Clinton a fait sa campagne électorale en suivant uniquement les sondages : « Si je dis ceci, est-ce que ça va passer ? » En prenant à chaque fois l’option gagnante pour l’opinion publique. Comme disait l’autre : « Je suis leur chef, donc je les suis. » Ce qu’il y a de fascinant dans l’époque, comme dans toute époque d’ailleurs, c’est comment cela conspire. Il y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la politique, ce devenir nul de la politique, et cette insignifiance dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans la littérature. C’est cela l’esprit du temps : sans aucune conspiration d’une puissance quelconque qu’on pourrait désigner, tout conspire, au sens de respire, dans le même sens, pour les mêmes resultats, c’est-à-dire l’insignifiance.
Emission de Daniel Mermet à écouter : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1039

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire