vendredi 3 février 2012

LA CIVILISATION DE RACCOURCIR L'ESPÈCE


En 1797 il [Thomas Paine] dédie au Directoire un libelle, La justice agraire…, dont le sous-titre précise : « Contenant un plan pour améliorer la situation générale de tous les hommes ». L’argumentation générale, remarquable, reste toujours, malheureusement, plus actuelle que jamais.
« C’est encore une question fort incertaine, se demande-t-il d’entrée de jeu, de savoir si l’état de société qu’on intitule orgueilleusement, et peut-être indûment la civilisation, a augmenté ou diminué le bonheur de la race humaine en général ». Mettant en contraste la misère hideuse qu’on constate dans toutes les villes d’Europe et celle d’un Indien d’Amérique, misérable au regard « de nos personnages opulents », mais tel « un jour de fête perpétuel » à celui de nos misérables, il conclut que la civilisation « a rendu une partie des hommes plus riche et l’autre plus pauvre qu’ils ne le seraient dans leur état primitif ou naturel ». La question politique première, à laquelle toutes les autres sont subordonnées, est celle de savoir comment rendre l’état de société et de civilisation préférable à l’état de nature aux yeux de la grande majorité des êtres humains alors que c’est actuellement, poursuit-il, la situation inverse qui prévaut.
Qui peut douter que ce sera là la question première du XXIe siècle également : comment éviter qu’une partie de l’humanité, rendue d’autant plus pauvre que l’autre sera toujours plus riche ne préfère systématiquement « l’état de nature », autrement dit la guerre de tous contre tous, à l’état de société ? Et le risque qu’il en soit ainsi sera d’autant plus grand si l’état de société devait se révéler n’être lui-même qu’une autre forme d’état de nature et de guerre, la guerre économique et financière de tous contre tous.

Seule l'initiative privée est assez imaginative pour créer la faim à partir du pain!

L’humanité s’est donné un destin commun : le positif de tous ces risques qui nous menacent, de toutes ces crises systémiques, c’est que l’humanité peut devenir le sujet de sa propre histoire. Elle a commencé, avec Hiroshima, à comprendre qu’elle était le sujet négatif de son histoire. Elle pourrait, à l’heure de Fukushima, devenir le sujet positif de son histoire.
Quand on parle de gouvernance, on tient toujours à y mettre la fonction de défense, qui fait partie de la souveraineté. Or, que serait un ministère de la défense de l’humanité ? Le propre d’un ministère de la défense, c’est d’analyser les menaces et d’y répondre. Existe-t-il des menaces lourdes qui pèsent sur l’humanité ? La réponse est oui. Mais ces menaces ne viennent pas de l’extérieur. La barbarie n’est pas extérieure, elle est intérieure, et l’Europe a payé un prix assez lourd pour avoir conscience que la barbarie peut naître au cœur des civilisations.

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