vendredi 9 décembre 2011

Le Carré blanc, mysticité de la dérive





Le monochromisme a été une forme de suicide pictural, après moi le déluge. Terre brûlée pour ne pas revenir en arrière. Une manière brutale et définitive pour se forcer à sortir du cadre.



« Carré blanc sur fond blanc », c’était le moment nécessaire et unique dans la démarche artistique de Malevitch pour se dégager complètement de l’idée pluriséculaire selon laquelle l’art doit re-présenter quelque chose (la mimésis).

L’art pour Malevitch ne re-présente rien, il exprime seulement la sensation, l’excitation — c’est le mot utilisé par lui — inhérente au fait de vivre, au moyen d’un modèle formateur étranger au support, ce qu’il appelle l’élément additionnel. Il prolonge jusqu’au paroxysme le mouvement initié par les impressionnistes puis par Cézanne qui abandonnèrent les contours précis pour la puissance propre de la couleur, laquelle en retour informait les figures, Malévitch abandonnant les figures familières pour les formes purement géométriques et colorées. Entre parenthèses, le blanc est la synthèse additive de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Malevitch est on ne peut plus actuel, il rejoint sur le plan artistique notre préoccupation majeure, à savoir la nécessaire sortie du cadre. Quand il n’y a plus rien de représenté à l’intérieur du tableau, il reste le cadre, qu’il faut alors prendre pour ce qu’il est : ce qui définit un lieu de vie. Les promesses de l'art constituent ce programme radicalisé par le Suprématisme, forcé par lui.

Il nous invite à faire ce saut dans l’inconnu qui passe par l’idée que la figure du monde de demain ne peut émerger que de l’informe, d’une phase de chaos, celle qui est propre justement à l’état d’abandon dans lequel se trouve l’artiste lorsqu’il crée. Ordalie de l'aventure.

Ce qui était directement vécu c'est éloigné dans une représentation, c'est la critique situationniste du Spectacle. Cette sorcellerie est à briser. Ruiner le Spectacle.

La critique situationniste a cherché dans l'errance urbaine de la dérive les marques d'une nouvelle manière de vivre.
Le cadre nouveau c'est le chemin parcouru de la dérive. Le chemin de la dérive est aussi le chemin de toutes les voies du Spectacle, elle s'insèrent en eux. Sensualité, mysticisme, ouverture sur le sentiment océanique. Mais aussi conscience critique du défaut, du manque, de l'écrasement de la part du spectacle. 

Le chemin est une dialectique soumise à la gravité, un exercice tragique de la puissance.

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