jeudi 3 novembre 2011

Comme un "effet de levier" (situation de transhumance)

« Je sais que vous les comptez [les peuples - aujourd'hui on dirait le peuple] pour rien, parce que la cour est armée ; mais je vous supplie de me permettre de vous dire que l’on doit les compter pour beaucoup, toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. Ils en sont là : ils commencent eux-mêmes à compter vos armées pour rien, et le malheur est que leur force consiste dans leur imagination ; et l’on peut dire avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance, ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils croient pouvoir. »
« Les peuples [le peuple] sont las quelque temps devant [avant] que de s’apercevoir qu’ils le sont. Ce qui cause l’assoupissement dans les États qui souffrent est la durée du mal, qui saisit l’imagination des hommes, et qui leur fait croire qu’il ne finira jamais. Aussitôt qu’ils trouvent jour à en sortir, ce qui ne manque jamais lorsqu’il est venu jusques à un certain point, ils sont si surpris, si aises et si emportés, qu’ils passent tout d’un coup à l’autre extrémité, et que bien loin de considérer les révolutions comme impossibles, ils les croient faciles ; et cette disposition toute seule est quelquefois capable de les faire. »

Extrait des « Mémoires » de Paul de Gondi, alias le Cardinal de Retz (1613-1679)

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