dimanche 25 septembre 2011

SURVIVALISME APOCALYPTIQUE, LA SUITE

La ruine de l'Antiquité fascinait l'époque des Lumières finissantes, avec notamment , en cette même année 1776 où Adam Smith publiait «  La richesse des nations », le britannique Edward Gibbon publiait son « Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain ».

En 1939, le livre « Les raisins de la colère » s'achève sur une scène hautement symbolique. Une jeune mère, qui a vécu l'éclatement de sa famille par la Grande Dépression et une chute continuelle vers le dénuement, se retrouve au milieu de la désolation calme et morne d'un Déluge qui finit d'emporter les derniers vestiges de la civilisation. Son enfant est mort, elle allaite un vieillard affamé. L'hiver 1932-1933, c'était déjà le grondement de l'Apocalypse.


Dans la culture des Etats-Unis, l'Apocalypse selon Saint Jean tient une place de choix, alors que texte est d'un intérêt bien plus mince en Europe. Elle est ressentie à la fois comme un châtiment pour cette Sodome & Gomorrhe, cette Grande Prostituée régnant sur le monde, mais aussi comme une libération et un retour au jardin d'Eden, qui ressemble furieusement au 19ème siècle américan tel qu'il fut fantasmé par Hollywood. Un exemple des plus directs est le roman (puis le film) « The Postman ». Tea Party est en partie bâti sur ce fantasme (adulation du "cowboy d'opérette – président" R. Reagan incluse).


Une partie des « survivalistes » américains vit dans cette optique d'un chambardement certes immense (car *américain*, en quelque sorte) mais auquel on survivra car on aura accumulé armes, munitions et nourriture – que l'on se gardera bien de donner aux nécessiteux car ce serait gâché.

Il y a dans cette vision des survivalistes « mainstream »une réelle rage, une impatience de régler ses comptes dans un Grand Soir sans programme politique, et qui ressemblerait quand même beaucoup aux pogroms médiévaux.

Or, pour une autre frange des survivalistes, qui sont plus des « alternatifs » cherchant à vivre sainement, ou au moins d'une manière moins toxique que l'américain moyen (« leaving the rat race »), l'effondrement est celui du Système (tel qu'il est décrit par Dedefensa). Les influences sont multiples, mais une des références récurrente est le Manifeste d'Unabomber (où Theodore Kaczynski s'inspire confusément des écrits du théologien français Jacques Ellul, dans une sorte de « remake » US).


Dans tous les cas, il s'agit de gens accablés mais non encore broyés par le Système, très souvent issus de cette fameuse classe moyenne qui n'a cessé de se déliter depuis au moins les années 1980, et qui semble vivre ses derniers moments. Les survivalistes "mainstream" ont encore l'illusion de valoir plus que cette immense classe populaire, en grande paupérisation, que sont devenus les Etats-Unis.


Un film de 1972, « Delivrance » du britannique John Boorman, nous livre un regard intéressant sur cette illusion. Il montre des citadins dans un endroit « sauvage » encore présérvé du Système, mais que celui-ci va bientôt dévorer (un barrage va être construit). Un de ces citadins est Burt Reynolds, héros viril de l'époque s'il en est, qui se professe d'une forme de survivalisme, hésitant entre le « mainstream » et « l'aternatif ».. Pourtant face à l'accumulation des difficultés il se « dégonfle », et c'est un pékin moyen qui doit tirer les marrons du feu pour tout le monde. Les locaux sont à la fois source danger mais aussi d'humanité, une famille les incluant dans leur cérémonie de deuil.


Le survivalisme « mainstream » est une expression du Système. On en tire les moyens de vouloir s'en affranchir, sans le pouvoir : les critères de valeur ont été faussés par le Système, ce n'est qu'un marketing ciblé de plus, comme le 4x4 qui permet de rêver à l'évasion et à la liberté en attendant la fin de l'embouteillage des heures de pointe.


Il y a bien, dans chaque cas, la perception d'un monde moribond, avec l'espoir ou la certitude d'y survivre, comme on croit finalement à la vie après la mort. Peut-être les caves emplies de boîtes de conserve et de munitions sont-elles nos momifications à nous (avec les bunkers du CMI - « Continuity of Goverment » en guise de Vallée des Rois, pour l'émerveillement de sociétés d'un avenir lointain).


Mais lorsqu'on se prépare à vouloir surmonter l'Apocalypse, c'est que l'on a décidé que le monde ne pourrait plus être sauvé, engoncé qu'il est dans son surplus de puissance inutile. Lorsque non seulement vos amis ne peuvent plus vous sauver de votre démarche suicidaire (Veto français de 2003 ?), mais même vos propres gens, cela signifie simplement qu'il est trop tard.

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