lundi 23 mai 2011

PARA QUE VIVA ESPAÑA ; CONDITION FINANCIÈRE DE LA DÉMOCRATIE RÉELLE, par Pierre Sarton du Jonchay



Les Espagnols s’indignent. L’Espagne, c’est du lourd. La deuxième guerre mondiale a commencé entre espagnols en 1936 ; par la guerre entre communistes et fascistes, républicains et démocrates, anarchistes et monarchistes, régionalistes et internationalistes. Les Espagnols posent les débats de fonds. Quel régime politique exprime l’aspiration humaine à la justice ? Quel régime économique produit des richesses pour tous les citoyens ? Quel régime de pensée et de discours rend-il à l’homme sa dignité ?
Les manifestants de la Puerta del Sol formulent un message limpide. Ils ne vivent pas pour l’argent. La démocratie n’est pas l’application de la loi de l’argent. Leur valeur morale n’est pas mesurée par l’argent. Ils veulent que leur travail soit le moyen de vivre dignement. Que la démocratie soit réelle ; qu’elle soit la discussion d’une société réelle et vraie ; que son gouvernement soit motivé par le bien commun ; que le citoyen soit personnellement représenté dans les institutions. Les Espagnols n’ont pas peur des moulins à vent de la Manche ; ils veulent simplement mettre le monde sur ses pieds.
Le nouveau « nouveau monde » de la Puerta del Sol met la société humaine à la tête. La morale du bien commun est au service de la personne. La démocratie discute du bien commun au service de la dignité personnelle. Et l’argent compte le prix des biens au service de l’homme. L’argent est au service de la démocratie. L’argent compte la chose publique inscrite dans les limites du monde réel. La Puerta del Sol contredit le monde qui marche sur la tête. Elle contredit le pouvoir de l’argent qui fixe à l’homme des limites arbitraires pour piétiner la réalité du monde, pour en épuiser les ressources au profit d’individus tout puissants.
Le manifeste de la Puerta del Sol étant proclamé, il faut qu’il s’applique concrètement, qu’il devienne un programme d’action politique. L’objectif est de remettre l’argent sous la démocratie. Le programme est de réduire la barbarie financière. Comme le monde est unifié, il faut soit le convertir intégralement et immédiatement à sa nouveauté humaine, soit séparer l’ancien monde du nouveau monde. Si la liberté des barbares est nuisible, la dictature du bien risque d’être pire. Le régime de la liberté ne peut pas exclure la liberté de se détruire.

Transparence financière

Pour opérer la séparation entre la barbarie financière et la civilisation, il faut un critère d’intelligence visible de la spéculation prédatrice. Cela signifie en Espagne et dans les autres démocraties un nouveau régime de droit par lequel, le « système » actuel soit déclaré en faillite financière dans un autre système qui le contienne. La démocratie renouvelée doit pouvoir se financer avec de la vraie monnaie qui ne puisse pas être confondue avec la fausse monnaie de l’ancien système.
Dans le nouveau système, ce qui s’échange doit avoir un prix conforme à la valeur que l’homme se donne dans la loi qui dit le bien commun. Pour que le prix du bien commun ne soit pas confondu avec le prix de la cupidité politique et financière, il est impératif d’utiliser des monnaies différentes. Il est impératif qu’un vrai bien soit régler par une créance de bien vérifiée par la démocratie. Et qu’un vrai bien dont le prix est contextualisé dans la barbarie financière soit convertible en prix vérifiable par la démocratie.
Pratiquement, répondre aux Espagnols indignés, c’est fermer les frontières financières de la démocratie à la barbarie. Les banques sises sur le territoire espagnol ne doivent plus effectuer aucun règlement en euro sans passer une provision sur l’indignité humaine de la transaction sous-jacente. Tous les contrats financiers issus de l’ancien régime politique et financier sont potentiellement iniques. Négociés en effet dans l’asymétrie d’information sur les risques encourus par les parties.
Tout Espagnol en situation sociale et économique délicate est déclaré virtuellement lésé par ses créanciers domestiques et étrangers. Cette déclaration s’applique aux dettes et créances de l’État et des services publics. Le financement de la démocratie réelle impose de distinguer la production publique de services, l’évaluation économique de ces services et le jugement de justice entre les citoyens et les pouvoirs publics. La démocratie réelle est en soi une règle et une organisation financières.

Faillite systémique

L’obligation faite aux banques espagnoles de mesurer le prix du crédit selon le bien commun les met immédiatement en faillite. Mais en faillite vis-à-vis des banques domiciliées hors d’Espagne dans la loi du profit maximal. La mise en faillite extérieure de l’Espagne marque la mise en faillite de la ploutocratie mondiale dans la nouvelle démocratie espagnole. Cette rupture est nécessaire pour refonder les rapports de solidarité entre les Espagnols. Elle est d’autant moins lourde à porter que les autres démocraties sont appelées à se financer réciproquement par la réalisation effective du bien commun.
S’il n’est d’obligation humaine que de droit réel, la fiscalité et le prix doivent servir le vivre ensemble et non rémunérer la prédation financière. Les prix dans un régime financier de démocratie réelle ne doivent pas pouvoir varier en dehors du droit objectivement vérifiable ; vérifiable par des biens et services réels. Tous les éléments du prix d’un objet comptant, d’un investissement ou d’un crédit doivent pouvoir être accessibles au jugement du pouvoir judiciaire. Tout prix non explicable, et par le droit et par une réalité visible, doit être présumé illicite par la règle financière. La banque qui effectue le règlement du prix entre un acheteur et un vendeur sans connaître le contrat qui les lie est réputée responsable du préjudice de désinformation potentiellement subi par les parties ou par la société civile.
La juridicisation des paiements dans l’espace démocratique de l’Espagne implique la perte du capital actuel des banques de droit espagnol. La comptabilisation des contrats financiers à leur valeur réelle prudente de droit implique la perte de tous les fonds propres bancaires représentant des non-valeurs. L’État devient garant par le budget et la justice des dettes bancaires dans l’attente de la reconstitution de leur capital. Il contrôle intégralement les directions bancaires. Les emprunts extérieurs du système financier espagnol deviennent immédiatement renégociables.
La négociation s’établit sur une évaluation concertée de l’effort réel que les parties peuvent fournir. L’Espagne doit alors vendre ses actifs à l’étranger. Cela signifie qu’il n’est plus possible à un Espagnol d’être propriétaire de quoique ce soit à l’étranger en vertu du droit et de la puissance publique de son pays. A l’inverse, aucun non-Espagnol ne peut s’approprier un objet en Espagne en dehors du principe d’égalité réelle devant la loi nationale espagnole. Tout contrat en euro ou en devise domicilier en Espagne est converti en peseta, unité de compte de la démocratie espagnole en Espagne. L’euro qui n’est pas contrôlé par la démocratie n’est plus la monnaie de l’Espagne.

Monnaie de démocratie

La peseta est de nouveau émise par la Banque Centrale d’Espagne sous le contrôle juridique du bien commun espagnol. La peseta est inconvertible en monnaie étrangère. Les importations sont payées en exportations ou en ventes d’actifs espagnols. Le pouvoir d’achat distribué aux Espagnols en peseta est de 20 ou 30 % inférieur à celui antérieurement distribué en euro. Mais les Espagnols de toute condition économique unis par la même démocratie partagent la dépréciation de leur monnaie. Dépréciation qui reflète ce qu’ils n’ont jamais produit.
L’inconvertibilité de la peseta oblige les banques espagnoles à n’emprunter sur l’étranger que la contrevaleur des ventes réelles anticipées de bien et services à l’étranger. L’unité de compte du crédit qui produit la liquidité monétaire se mesure en salaire à verser au travail qui transforme la valeur. L’unité de compte économique des Espagnols n’est plus abstraitement définie mais représente le travail qu’il faut acheter aux citoyens pour produire les biens qu’ils demandent par l’échange. Tous les salaires distribués aux Espagnols sont le crédit alloué au travail comme mesure et rémunération financières de ce qu’ils produisent effectivement.
La nouvelle démocratie espagnole a pour principe de ne pas demander ce qu’elle ne s’offre pas. Elle produit par elle-même tout ce qu’elle achète à elle-même ou aux étrangers. Elle s’organise donc pour identifier tous ses besoins et valoriser toutes ses compétences disponibles à servir ses besoins. Elle investit dans ses capacités humaines de production et n’emprunte en création monétaire que ce qu’elle sera capable de produire par son travail et l’accroissement de son capital d’humanité. Elle répartit les revenus et les financements selon les services réellement rendus ou promis.
Les banques espagnoles nationalisées sont restructurées en banques d’investissement, banques de crédit et de dépôt et banques de marché. Les banques de marché reçoivent la mission fondamentale de connaître et protéger les droits des citoyens ; de veiller à la couverture du risque d’injustice des prix financiers ; d’évaluer la conformité au droit de toutes les transactions financières. Les banques d’investissement achètent et vendent les primes de crédit, les primes d’investissement et les primes de justice. Elles règlent les préjudices de marché arbitrables par le juge
Les primes d’option financière de la démocratie garantissent la bonne fin en droit de toutes les transactions. Les banques de dépôt et de crédit établissent le prix de la liquidité. La liquidité résulte de la compensation financière effective de tous les droits échus de dépense et d’épargne. L’épargne est exclusivement la dépense différée d’un bien effectivement produit ; d’un bien effectivement prêté pendant la durée d’épargne de la valeur du travail qui l’a produit.

Capital de réalité humaine

Le nouveau système bancaire espagnol est l’agent financier de la démocratie. Il adosse tous les prix financiers à des biens réels visibles ; des biens dicibles en droit discuté par les citoyens. Un bien répond à un besoin exprimé et investi par le travail. Le capital mutualise le risque d’investissement dans les incertitudes de la valeur réelle du futur. La rente disparaît, des ploutocrates investis dans la spéculation sur l’opacité entretenue de la valeur. Les détenteurs du capital financier ne peuvent plus échapper à leur obligation de bien commun à garantir la livraison réelle de biens au prix de l’égalité de droit à la dignité.
La séparation du pouvoir de liquidité du prix, du pouvoir d’anticiper la réalité de la valeur par le crédit et du pouvoir d’assurer la contre-réalité du prix engagé en droit est la condition d’existence de la démocratie. La démocratie uniquement posée sur la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est juste une essence. Sans la séparation financière, elle ne peut pas exister dans la réalité concrète de tous les citoyens.
Le pouvoir de la finance est totalitaire qui n’est pas décomposable par la démocratie. La ploutocratie met la démocratie en coupe réglée en achetant la Loi, en dirigeant son exécution et en se soustrayant à la justice par l’opacité financière. Le pouvoir politique espagnol comme celui de toutes les autres démocraties formelles ne peut pas être réellement démocratique sans décomposer le pouvoir financier par la loi du marché transparent. Sans distinguer la négociation du prix, l’anticipation de la valeur et la garantie du réel.
Le gouvernement de la démocratie ne peut pas non plus exister sans financement libéré de la barbarie financière internationale ; sans se rendre indépendant de l’anarchie juridique au-delà de ses frontières. Pour que l’Espagne continue de commercer en tant que démocratie avec le monde qui choisit la barbarie, il faut qu’elle puisse soumettre les investisseurs et les produits étrangers à son droit et qu’elle établisse l’égalité de négociation financière entre l’État et le citoyen. Ces deux nécessités de la démocratie réelle impliquent une seconde monnaie distincte de la peseta.
Il faut que le crédit démocratique de l’État de droit puisse être évalué sans que varie la valeur de l’unité de compte des transactions entre citoyens. Il faut pouvoir convertir les prix de la démocratie en prix de la barbarie sans les mélanger. L’unité de compte objective de la conversion doit être soumise à l’État de droit ; mais sans représenter la valeur négociable sur un territoire particulier soumise à l’autorité d’un droit national unique.

Monnaie principale de démocratie

Pour que la démocratie existe réellement, elle doit avoir une double représentation monétaire. La monnaie nationale représente la réalisation démocratique de la valeur dans son périmètre de souveraineté particulier. La monnaie internationale représente l’évaluation du principe hors de la souveraineté sur le réel national et entre des formulations nationales du principe commun de la démocratie. Le gouvernement national de la démocratie définit, exécute et juge le droit qui détermine la valeur de la monnaie nationale. Sans une monnaie internationale de démocratie, le citoyen n’a pas d’indépendance à évaluer son gouvernement.
Dans la crise des subprimes, la finance offshore (shadow banking) a acheté la responsabilité démocratique des gouvernements. L’indistinction financière entre le risque, le crédit et la réalité abolit la réalité de la démocratie. Les principes de la démocratie financière nationale sont exactement applicables à la monnaie internationale de démocratie. Le pouvoir financier est séparé en intermédiation de l’investissement, intermédiation du crédit, et intermédiation du prix.
La solidarité internationale des démocraties implique que l’unité de compte monétaire change avec la nationalité du référentiel juridique de bien commun. La séparation bancaire des pouvoirs en monnaie internationale permet la vérification de la justice du prix en monnaie domestique. L’indépendance internationale du crédit et de l’investissement du risque de crédit finance l’indépendance du juge national. L’autonomie internationale du prix du crédit est vérifiable par le juge national indépendant du pouvoir exécutif et législatif. L’autonomie de jugement internationale est régulée par la loi nationale opposable aux étrangers comme aux résidents.
Pour que la monnaie principale de démocratie reflète l’engagement à l’égalité universelle des droits dans n’importe quel système national, elle doit être comptabilisée dans des institutions financières qui lui soient exclusivement dédiées. La prime de change en monnaie principale de démocratie garantit la parité à terme de la monnaie nationale. La prime de crédit international garantit la solvabilité du gouvernement et des services publics. La prime de capital international garantit la justesse du prix du capital investi par les étrangers dans le bien commun domestique national.

Réduire la ploutocratie

Les indignés de la Puerta del Sol de Madrid ont déclaré le 15 mai dernier la nullité démocratique du système politique espagnol, européen et occidental. Ils appellent l’Europe et le monde à prononcer l’indignité de la ploutocratie. Pour passer d’un acte formel de démocratie à une réalité humaine, il faut réconcilier le principe démocratique de la dignité humaine avec la réalité économique. L’outil de cette réconciliation est la finance de la monnaie régulée par l’égalité des droits contrôlable par le citoyen libre de sa nationalité.
Depuis le 15 mai 2011, l’Union Européenne est en faillite financière et politique. Les plans de redressement financier imposés à la Grèce, à l’Irlande, au Portugal et implicitement aux autres démocraties européennes en surendettement sont iniques. Économiquement irrationnels, politiquement suicidaires et parfaitement contraire à l’équilibre financier entre créanciers et débiteurs. Le Parlement Européen est de fait depuis le 15 mai une assemblée européenne constituante.
Ou bien il prononce la déchéance de la ploutocratie et engage avec le Conseil et la Commission Européens l’instauration d’un ordre financier démocratique. Ou bien les citoyens ordinaires devront s’insurger pour construire la démocratie réelle en Europe. Ou mal la ploutocratie mondialisée renverra les Européens et les Américains à leur servage d’origine.
Les indignés de la Puerta del Sol réclament la seule restructuration financière digne de ce nom : la réalisation de la démocratie. Les monnaies nationales régulées par l’étalon international d’égalité des droits entre les hommes sont le seul moyen d’équilibre durable des échanges de solidarité humaine dans les limites objectives de la planète terrestre. L’homme ne se réduit pas à la monnaie. Sa dignité implique qu’il réduise la monnaie par la démocratie.

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