samedi 8 janvier 2011

LA SCIENCE À BOUT DE SOUFFLE (RECENSION)


Le biologiste Laurent Ségalat, dans un pamphlet, La Science à bout de souffle ? (Seuil), tire à boulets rouges sur le système de recherche mondial, dont les dérives mènent les chercheurs sur une mauvaise pente.

Les bons connaisseurs de la vie des laboratoires ne seront sans doute pas surpris de la charge de leur collègue. En résumé, la compétition pour publier et pour aller chercher des crédits entraîne des effets pervers : tricheries, fraudes, articles inutiles, articles induisant des fausses-pistes (ça c'est plus original mais il n'y a pas d'exemples...). Et les idées neuves peinent à percer.
Le ton est vif et les critiques acerbes. Dans son collimateur, chapitres après chapitres : le financement sur projets et les appels d'offre, les indicateurs bibliométriques, la course aux publications, le pouvoir des grandes revues (et la connivence des éditeurs)... Il dénonce aussi la pipolisation des chercheurs par les grandes revues, Nature et Science (qui ont développé des pages "d'actualités" mettant souvent en avant les chercheurs-vedettes).
Son propos n'est pas franco-français mais il trouve, à raison, encore plus absurde chez nous le financement par appel d'offre. Des fonctionnaires doivent se battre entre eux pour récupérer une part du gâteau...
Il explique aussi que le dogme "plus de compétitivité égale plus d'efficacité" est idiot. Pour lui la courbe de la productivité en fonction du niveau de compétition n'est pas une fonction croissante mais en cloche. A un moment, le système est moins productif. Il y aurait alors plus d'effets négatifs que positifs. Malheureusement, il n'y a pas de sources étayant cette idée de bon sens (?).

Il cite une petite perle, trouvé dans un texte de Leo Szilard (qu'Isabelle This Saint-Jean reprend sur le site de Sauvons la recherche). Le physicien imagine un moyen de ralentir la recherche (!). Et la réponse est plus ou moins : créer des agences de moyens.... C'était en 1961. Pour ma part je conseillerai la(re)lecture du livre d'Erwin Chargaf, Les feux d'Héraclite, pour une critique systémique.

Curieusement, Laurent Ségalat, alors qu'il reprend des thèmes souvent présents dans les contestations récentes des réformes depuis 2003, n'a pas participé pleinement aux mouvements de lutte dans les laboratoires. Il ne partageait pas des revendications jugées trop catégorielles. C'est après une année sabbatique, qu'il a mis au clair ses idées et les a publiées.

En conclusion, le biologiste se demande comment expliquer la marche finalement lente du progrès. Il appartiendra aux historiens de vérifier ce constat mais paludisme, cancer, irréconciliation de la relativité et de la mécanique quantique sont toujours là..... Soit les chercheurs ont mangé leur pain blanc et il ne reste que du très dur à résoudre. Soit le système bride la créativité, l'imagination et l'innovation. On devine l'hypothèse préférée de l'auteur.

Ce dernier a sans doute bien écrit et bien dit ce que beaucoup pensent tout bas (ou tout haut dans certaines manifs). Les démonstrations pèchent néanmoins par l'absence d'éléments concrets ou de quantitatifs... Plus ou moins de fraudes ? Plus ou moins de belles idées ? A-t-on vraiment mesuré les coûts en temps et en argent de l'évaluation permanente, des rapports, des demandes d'appel d'offre... dont on dit qu'elle est si chronophage ?
Sur les propositions, le livre est aussi assez léger. L'auteur annonce cependant un second tome dédié à ce thème. Fin novembre, dans Sciences et Avenir, il livrera cependant l'une d'elle, que je trouve originale (suspens...).

Finalement, on se dit que peut être, le système va exploser. On ne cherchera plus demain comme on cherche aujourd'hui...


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