dimanche 21 novembre 2010

Formulaire de réception à la Société des Saisons


Le récipiendaire est introduit les yeux bandés.
Le président au présentateur. - Quel est le nom du nouveau frère que tu nous amènes ....
Au récipiendaire. - Citoyen (...), quel est ton âge ? ta profession ? le lieu de ta naissance ? ton domicile ? Quels sont tes moyens d'existence ? As-tu réfléchi à la démarche que tu fais en ce moment, sur l'engagement que tu viens de contracter ? Sais-tu bien que les traîtres sont frappés de mort ?
Jure donc, citoyen, de ne révéler à personne rien de ce qui se passera dans ce lieu.
Le président pose les questions suivantes.
- 1. Que penses-tu de la royauté et des rois ?
- Qu'ils sont aussi dangereux pour le genre humain que le tigre pour les autres animaux.
- 2. Quels sont maintenant les aristocrates ?
- L'aristocratie de naissance a été abolie en juillet 1830. Elle a été remplacée par l'aristocratie d'argent, qui est aussi vorace que la précédente.
- 3. Faut-il se contenter de renverser la royauté ?
- Il faut renverser tous les aristocrates, abolir tous les privilèges.
- 4. Que devons-nous mettre à sa place ?
- Le gouvernement du peuple par lui-même, c'est-à-dire la république.
- 5. Ceux qui ont des droits sans remplir des devoirs, comme maintenant les aristocrates, font-ils partie du peuple ?
- Ils ne devraient point en faire partie ; ils sont pour le social ce qu'est un cancer pour le corps humain : la première condition du retour du corps social à l'état juste est l'anéantissement de l'aristocratie.
- 6. Immédiatement après la révolution, le peuple pourrait-il se gouverner lui-même ?
- L'état social étant gangrené, pour passer à un état sain, il faut des remèdes héroïques ; le peuple aura besoin, pendant quelque temps, d'un pouvoir révolutionnaire.
- 7. En résumé, quels sont donc tes principes ?
- Qu'il faut exterminer la royauté et toutes les aristocraties, substituer à leur place la république, c'est-à-dire le gouvernement de l'égalité ; mais, pour passer à ce gouvernement, employer un pouvoir révolutionnaire, qui mette le peuple à même d'exercer ses droits.

Citoyen, les principes que tu viens d'énoncer sont les seuls justes, les seuls qui puissent faire marcher l'humanité vers le but qui lui est fixé ; mais leur réalisation n'est pas facile. Nos ennemis sont nombreux et puissants ; ils ont à leur disposition toutes les forces sociales : nous, républicains, notre nom même est proscrit ; nous n'avons que notre courage et notre bon droit. Réfléchis, il est temps encore, sur tous les dangers auxquels tu te voues en entrant dans nos rangs. Le sacrifice de la fortune, la perte de la liberté, la mort peut-être, es-tu décidé à les braver ?
Ta réponse nous est la preuve de ton énergie. Lève-toi, citoyen, et prête le serment suivant :
« Au nom de la république, je jure haine éternelle à tous les rois, à tous les aristocrates, à tous les oppresseurs de l'humanité. je jure dévouement absolu au peuple, fraternité à tous les hommes, hors les aristocrates, je jure de punir les traîtres ; je promets de donner ma vie, de monter même sur l'échafaud, si ce sacrifice est nécessaire pour amener le règne de la souveraineté du peuple et de l'égalité. »
Le président lui met un poignard à la main.
« Que je sois puni de la mort des traîtres, que je sois percé de ce poignard si je viole ce serment. je consens à être traité comme un traître, si je révèle la moindre chose à quelque individu que ce soit, même à mon plus proche parent, s'il n'est point membre de l'association. »
Le président. - Citoyen, assieds-toi ; la Société reçoit ton serment ; maintenant tu fais partie de l'association, travaille avec nous à l'affranchissement du peuple.
Citoyen, ton nom ne sera point prononcé parmi nous, voici ton numéro d'inscription dans l'atelier. Tu dois te pourvoir d'armes, de munitions. Le Comité qui dirige la société restera inconnu jusqu'au moment où nous prendrons les armes. Citoyen, un de tes devoirs est de répandre les principes de l'association. Si tu connais des citoyens dévoués et discrets, tu dois nous les présenter.
Le récipiendaire est rendu à la lumière.

Source : Auguste Blanqui, Textes Choisis, avec préface et notes par V.P. Volguine, Editions Sociales, Paris 1971.

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